Références

"Nous allons nous entretenir aujourd'hui d'une époque [à laquelle] nous devons tout ce que nous avons : je veux parler de la Révolution de 1789 [...]
Je pense ne surprendre personne ici en déclarant que moi, enfant du peuple comme vous tous, je suis un admirateur de cette Révolution, qui a tout fait pour la classe à laquelle nous appartenons. Partisan résolu des principes ineffaçables contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, je ferai tout mon possible pour arriver à les faire connaître, ces principes devant former le catéchisme de tout républicain [...]
[La République] a fait de grands efforts pour rendre les lois plus justes, et pour que les charges soient également réparties entre tous les citoyens. Elle a surtout cherché à améliorer le sort du peuple, de l'ouvrier, de ce qu'on a l'habitude d'appeler le petit."
Conférence populaire prononcée par l'instituteur d'une commune du Loir-et-Cher (167 habitants) en 1899, publié par J. OZOUF, Nous les maîtres d'école, Paris 1967.

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Bienvenue !

Citoyen, citoyenne,

Vous trouverez ici quelques contributions visant à participer humblement aux débats concernant la "chose publique" et la vie de la "cité".

Pourquoi ? Parce que la politique n'est pas une activité abstraite réservée à une élite, mais bien un processus démocratique aboutissant à des décisions qui influencent la vie quotidienne de chacun d'entre nous.

Participez vous aussi, et enrichissez le débat en laissant vos commentaires.

Salut et Fraternité

Dimanche 15 juin 2008

Lorsqu'un peuple vote dans un sens contraire à celui escompté, les dirigeants européens le refont voter jusqu'au moment où ce peuple vote dans le sens attendu : on connaît la vieille rengaine !
Elle a déjà été entonnée au moment de Maastricht. Les danois avaient refusé le texte (approuvé par leur Parlement le 12 mai 1992, soutenu par tous les grands partis et la presse, mais refusé le 2 juin suivant par le peuple) ..., alors les dirigeants européens avaient mis en place un deuxième service.  Après avoir concédé des exemptions spécifiques pour le pays, concernant la défense commune, la monnaie unique, la citoyenneté de l'UE et la mise en application des lois, un second referendum avait été organisé sur le traité de Maastricht le 18 mai 1993.
Elle a été reprise lors de la ratification du traité de Nice : les Irlandais, déjà en résistance, avaient dit "non" en 2001. Un taux d'abstention élevé avait servi de prétexte pour refaire voter les Irlandais en 2002.
Le gouvernement français pense sans doute que c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe, car il en train de nous réchauffer ce vieux refrain ...
La preuve ? d'après une dépêche AFP "Le secrétaire d'Etat français [M. Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat charté des Affaires européennes] a estimé samedi qu'il n'y avait "pas d'autre solution" pour sauver le traité européen de Lisbonne qu'un nouveau vote des Irlandais, mais que celui-ci pourrait avoir lieu après une "adaptation" du texte pour ce pays".
Le "souci", c'est que les Irlandais n'aiment pas du tout qu'on leur dicte ce qu'ils doivent faire : ils viennent de le prouver ... et le président de Libertas, Declan Ganlay, présenté par Le Monde [1] comme "Mister No" affirme que "Nous voulons une renégociation totale de ce traité antidémocratique".
Alors, non seulement ce traité est antidémocratique - et je l'ai montré dans Riposte Laïque du 20 janvier 2008 [2] - mais encore les pratiques des européistes frôlent constamment le déni démocratique, en reproposant systématiquement chaque texte retoqué par les citoyens à ces mêmes citoyens après l'avoir seulement retouché à la marge.
Conclusion : il faut toujours savoir garder confiance dans les peuples. En poursuivant ce petit jeu, les "élites" européistes vont se discréditer encore plus ...

[1] Marion Van Rentergheim, "Un second vote difficile à imposer", in Le Monde, daté du mardi 17 juin 2008, p. 8
[2] vous trouverez l'article repris sur ce blog : http://saintongejacobine.over-blog.com/article-15940780.html

par Serge MAUPOUET publié dans : Europe
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Mercredi 4 juin 2008

En mai 2006, Amnesty international publiait ses "Commentaires sur la proposition de directive relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier" [1], pour exprimer ses "préoccupations" concernant "l’impact de cette directive sur les demandeurs d’asile déboutés et les personnes à qui le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été retiré".

Pour nos lecteurs pressés, une analyse (beaucoup) plus courte (et avec les fautes d'orthographe en prime) est disponible sur le site du PS de sciences-po [2].

En outre, dans une brève, l'hebdomadaire La Vie [3] pointe le doigt sur un changement majeur que la directive pourrait entraîner dans notre pays : "Le texte prévoit l'expulsion et le bannissement des demandeurs d'asile déboutés. Il entend aussi fixer la durée de rétention des sans-papiers à six mois, voire à dix-huit mois dans certains cas. En France, où la rétention ne peut dépasser trente et un jours, la directive suscite d'ores et déjà une levée de boucliers." RFI [4] rectifie en indiquant que les immigrés clandestins, de manière générale, sont concernés par la mesure.

RFI nous apprend aussi le pourquoi de cette mention dans l'hebdomadaire chrétien : le président du Parlement européen, Hans Gert Pöttering, a en effet reçu, le mercredi 20 février 2008, les représentants des églises européennes qui s'opposent non seulement à cette mesure, mais aussi à une seconde, qui prévoit que les refusés seraient bannis de tout retour dans l'Union européenne pendant une durée minimale de 5 ans. En fait, et de manière plus large, des ONG qu'elles soient confessionnelles ou laïques [5], ont lancé une pétition contre cette directive.

Evidemment, le délai de rétention proposé est incommensurablement trop long et disproportionné par rapport au simple constat d'une situation irrégulière. Même évidence pour la peine de "bannissement", dont le terme même est choquant. Ces dispositions sont tout simplement inhumaines. Je prends la peine de l'écrire clairement ici. J'invite d'ailleurs, et plus largement, "certains" affiliés au RESF saintais - qui ne sont pas toujours bien informés sur le positionnement de la gauche républicaine au sujet des sans-papiers - à se référer à la prise de position d'Eric FERRAND, porte-parole du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen) au Conseil Régional d’Ile de France, et ancien adjoint au Maire de Paris chargé de la vie scolaire, sur la question des enfants de sans-papiers scolarisés [6] ... ils pourront constater que la gauche républicaine est attentive à la situation de ces enfants.

Pour en revenir à notre propos. Le débat au parlement européen, sur cette directive a été plusieurs fois repoussé, mais il est désormais fixé au 18 juin. Ce sera une sorte de prélude à la présidence française de l'Union, qui a placé la régulation de l'immigration comme une question prioritaire pour la présidence européenne qu'elle doit exercer à partir du 1er juillet [7]. De mauvaises surprises sont donc encore certainement à redouter.

notes :
[1] source : Amnesty international; http://www.amnestyinternational.be/doc/IMG/pdf/directive.retour.pdf
[2] source : site du PS-sciences-po; http://ps-scpo.over-blog.com/article-14967300.html
[3] "La menace. De plus en plus dur pour les sans-papiers", in La Vie, 29 mai 2008, p. 14
[4 ]source : RFI; http://www.rfi.fr/actufr/articles/098/article_63054.asp
[5] une liste en est donnée sur http://www.directivedelahonte.org/, mais la LDH est aussi signalée comme signataire sur le site du RESF http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article9577
[6] source : RESF,   http://www.educationsansfrontieres.org/IMG/doc/communique_d_eric_ferrand_4_mai-2.doc
[7] Communiqué des services du Premier ministre, du 17 novembre 2007 :  "Le Premier ministre a rappelé les grandes priorités politiques de la présidence française définies par le président de la République lors de la conférence des ambassadeurs du 27 août 2007 :  [...] l’immigration, pour laquelle la France proposera un pacte européen, il reviendra aussi à la France d’organiser la prochaine conférence ministérielle euro-africaine sur les migrations et le développement", consultable à l'adresse http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/communiques_4/seminaire_gouvernemental_sur_presidence_58043.html

par Serge MAUPOUET publié dans : Europe
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Mercredi 23 janvier 2008
D'abord paru dans Riposte laïque, dimanche 20 janvier 2008.
Version d'origine consultable à l'adresse
http://www.ripostelaique.com/De-la-signature-a-la-ratification.html

Le 13 décembre 2007, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays membres de l’Union Européenne ont signé à Lisbonne un nouveau traité européen, institutionnel à défaut d’être constitutionnel. Les observateurs, journalistes, hommes politiques, spécialistes du droit relèvent que ce traité reprend certes sous une forme différente – redécoupée, tronçonnée et lisible uniquement en se référant à des textes antérieurs – le défunt « traité établissant une Constitution pour l’Europe » (TECE) rejeté par référendum le 29 mai 2005 en France et le 1er juin suivant aux Pays-Bas , mais qu’il en conserve l’esprit et même le fond, à quelques retouches près. Valéry Giscard d’Estaing et Henri Guaino sont d’accord sur ce dernier point : les principales différences résident dans le fait que le texte ne prétend plus être une « Constitution européenne » d’une part, et que la charte des droits fondamentaux n’y est plus insérée d’autre part .

Le processus de ratification du traité dans l’Union Européenne

Le processus de ratification du traité est en marche. Deux voies sont possibles : la voie référendaire ou la voie parlementaire. Le premier Etat à avoir ratifié le texte dès le 17 décembre, 4 jours après la signature, est la Hongrie. Les autres ratifications doivent intervenir courant 2008, afin que le traité puisse s’appliquer au 1er janvier 2009. Néanmoins, deux pays – au minimum – éprouveront des difficultés pour obtenir cette ratification : la Grande-Bretagne, d’une part, où le Premier ministre Gordon Brown a certes annoncé qu’il ferait adopter le traité par voie parlementaire, mais doit affronter une campagne d’opinion puissante exigeant un référendum et, d’autre part, l’Irlande, qui est contrainte par sa Constitution à utiliser la voie référendaire : le référendum devrait y être organisé mi-2008, et seuls 25% des Irlandais seraient actuellement prêts à voter « oui ».

Ces difficultés, dues à des différences d’appréciation entre les dirigeants et les opinions publiques, expliquent que, seul parmi tous les dirigeants requis pour l’occasion, le premier ministre britannique Gordon Brown n’était pas présent à la cérémonie de signature du traité. Il était officiellement retardé par des obligations liées à une réunion parlementaire à Londres et n’a signé le traité qu’en catimini, après tous les autres. Or, si un seul Etat échoue à mener à bien le processus de ratification, le traité sera caduc.

En France

Le Président de la République a choisi – par prudence – la voie parlementaire pour la ratification du traité. M. Sarkozy n’a pas caché qu’un référendum organisé dans notre pays conduirait, en effet, à un nouveau rejet populaire.

Un premier obstacle s’est toutefois dressé sur le chemin de la ratification : le Conseil constitutionnel a jugé que, le traité actuel conservant quasiment le même contenu que le projet de Constitution européenne, le texte était en l’état contraire à la Constitution française. En outre, la modification constitutionnelle votée en 2004 pour permettre l’adoption de la Constitution européenne ne faisait référence, en un article unique, qu’à ce seul texte, et à aucun autre. Par conséquent, cette précédente modification ne peut concerner le nouveau traité de Lisbonne. Le processus a donc été jugé comme étant à reprendre à ce stade : une nouvelle révision de la Constitution française est indispensable.

Par conséquent, le Conseil constitutionnel s’étant prononcé, l’Assemblée nationale et le Sénat doivent examiner à partir du 15 janvier 2008 le projet de révision de la Constitution, afin qu’il soit adopté par le Congrès à Versailles, le 4 février suivant. Or, le résultat du vote par le Congrès n’est pas acquis. En effet, une modification constitutionnelle doit obtenir les trois cinquièmes des suffrages exprimés pour être validée et les députés de gauche représentent presque à eux seuls ce seuil de blocage. Ils peuvent en outre compter sur l’appoint des derniers véritables gaullistes. L’enjeu est donc ici de savoir si les consignes données par la direction du PS pour un boycott du Congrès et en faveur de l’adoption du traité seront individuellement suivies par les députés et sénateurs de ce parti. Au 21 décembre 2007, 93 parlementaires – droite et gauche confondues – avaient laissé entendre qu’ils soutenaient l’organisation d’un référendum ; on peut en déduire qu’ils pourraient tenter de bloquer la réforme constitutionnelle. Ils devraient être environ 360 sur cette position pour y parvenir.

Une fois l’obstacle de la révision constitutionnelle franchi, le second obstacle sera le vote par le Parlement d’une loi autorisant la ratification du traité, la soumission d’un projet de loi à référendum ayant été délibérément écartée. Notons ici que l’intervention du Parlement n’est pas obligatoire dans la procédure de ratification : des traités d’alliance ou de règlement de différends internationaux se passent ainsi de toute approbation parlementaire . Néanmoins, selon l’article 53 du Titre VI de la Constitution de 1958 : "Les traités de paix, les traités de commerce, les traités ou accords relatifs à l’organisation internationale, ceux qui engagent les finances de l’État, ceux qui modifient des dispositions de nature législative, ceux qui sont relatifs à l’état des personnes, ceux qui comportent cession, échange ou adjonction de territoire ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi". Le traité de Lisbonne affectant certaines de ces catégories, le Parlement doit ici se prononcer, en accordant une habilitation à ratifier. Le vote de cette loi autorisant la ratification devrait intervenir le 7 février pour l’Assemblée Nationale et le 8 février pour le Sénat.

L’habilitation ne sera pas ensuite contraignante pour le gouvernement ou le Président de la République. En effet, l’Exécutif pourra très bien, à partir de ce moment, ratifier ou non le traité, ou même assortir la ratification d’éventuelles réserves. Mais il semble acquis que le traité sera ratifié tel quel, le Président ayant fortement contribué à son élaboration.

Faire pression sur les parlementaires présents au Congrès pour qu’ils s’opposent à la révision constitutionnelle est donc l’enjeu crucial en France. En cas d’échec des défenseurs de la souveraineté populaire, il faudra penser à s’investir dans la campagne référendaire en Irlande, puisqu’au moins dans ce pays les citoyens seront obligatoirement consultés …

par Serge MAUPOUET publié dans : Europe
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Mercredi 23 janvier 2008
D'abord publié dans Riposte laïque le dimanche 20 janvier 2008,
version de Riposte laïque consultable à l'adresse
http://www.ripostelaique.com/Traite-de-Lisbonne-et-souverainete.html

nota bene : signalons que sur Riposte laïque, nous avons pu constater une petite erreur de mise en forme des titres au milieu du texte, que nous avons ici corrigée ..

Le traité de Lisbonne s’inscrit dans un processus d’intégration européenne visant à créer « une Union sans cesse plus étroite » entre les pays membres de l’Union Européenne. Union économique, mais aussi politique. Or, l’Union européenne ne s’est pas construite comme un Etat démocratique : en fait, elle n’est ni un Etat, ni une démocratie. Dans la tradition politique française, c’est le peuple (ou la nation selon l’article 3 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen) qui est la source de toute autorité légitime. Puisque la souveraineté désigne la source du pouvoir légitime, on conçoit que respect de la souveraineté populaire – ou nationale –, démocratie et République soient indissociables.

Or, voici que nous participons à la construction d’une Union européenne qui n’est pas républicaine et qui ne fonctionne pas démocratiquement puisqu’elle tient trop peu compte de la souveraineté populaire : la seule institution élue est un Parlement aux prérogatives limitées. Se poser la question de la compatibilité entre la souveraineté populaire et le traité de Lisbonne qui modifie les institutions européennes est donc une question centrale, essentielle, vitale.

Permanences et différences entre le TECE et le traité de Lisbonne

Le traité de Lisbonne est un avatar du défunt traité européen instituant une Constitution pour l’Europe (TECE). Or, le Conseil constitutionnel constate dans son communiqué de presse du 20 décembre 2007 que « Le traité de Lisbonne comprend des dispositions relatives aux compétences et au fonctionnement de l’Union parfois identiques et parfois différentes de celles figurant dans l’ancien TECE. » Essayons de cerner d’abord quelques permanences et ensuite quelques différences entre les deux traités, en nous limitant aux institutions.

Permanences

Le schéma institutionnel, « décalque » de celui du TECE, favorise les instances non élues dans le circuit décisionnel, comme la Commission, pièce centrale des institutions. Le Parlement est peu renforcé – droit théorique de censure, co-décision avec le Conseil – mais il n’intervient pas dans les domaines primordiaux de la politique étrangère, de la politique monétaire ou fiscale, de la politique agricole ou commerciale, etc. Il se contente de contrôler et d’exercer des « fonctions consultatives » ; un droit de pétition des citoyens européens existe, mais limité au domaine de « l’application des traités », et sans caractère contraignant. Certaines dispositions – jugées, lors de l’examen du TECE, contraires à la Constitution de la Ve République par le Conseil constitutionnel– sont reprises, comme le passage de l’unanimité à la majorité qualifiée. On retrouve les dispositions permettant aux parlements nationaux de s’opposer à une révision simplifiée des traités.

Différences

Dans le domaine politique, la volonté de rompre avec l’Europe des Nations n’est plus affichée, et quelques droits et pouvoirs sont reconnus aux parlements nationaux : droit d’être informé des projets d’actes législatifs européens et des demandes d’adhésion à l’Union, pouvoir de s’opposer à ce que le droit de la famille soit régi seulement à la majorité qualifiée, ou pouvoir de veiller au respect du principe de subsidiarité. La Constitution de la Ve République doit être complétée pour que le Parlement français puisse exercer ces droits. Dans le domaine juridique, d’une part la Charte des droits fondamentaux, adoptée le 7 décembre 2000, ne figure plus dans le traité de Lisbonne, même si ce dernier lui reconnaît une égale valeur ; d’autre part le principe de primauté du droit de l’Union sur le droit national, n’est plus inscrit dans le traité de Lisbonne. Enfin, certaines compétences importances concernant « l’espace de liberté, de sécurité et de justice » sont transférées des Etats à l’Union, à tel point qu’elles modifient « les conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale » (cf. décision du Conseil constitutionnel, en date du 20 décembre 2007). 

Respect ou non de la souveraineté populaire ?

… dans les dispositions du traité sur l’Union européenne, tel qu’il sera rédigé après les modifications apportées par le traité de Lisbonne 

Les institutions européennes ne feront qu’organiser les relations entre Etats membres ou organiser la représentation de ces Etats : l’Union européenne ne sera pas encore un Etat.

Posons-nous quelques bonnes questions

Première question : est-ce que les personnes intervenant dans le processus de décision seront démocratiquement élues par les peuples ?

Oui pour les parlementaires. L’élection des membres du Parlement européen devra se faire « au suffrage universel direct, libre et secret ». Toutefois, on sait seulement que le nombre de députés ne devra pas dépasser 750, que chaque Etat disposera au minimum de 6 sièges et qu’aucun ne pourra en avoir plus de 96. Mais le nombre des parlementaires à élire – ainsi que le processus électif - ne sont pas précisés : une décision devra être adoptée par le Conseil européen « sur initiative du Parlement européen et avec son approbation » pour définir ces points. En outre, le Parlement, bien qu’élu par l’ensemble des citoyens de l’Union, accueillera certes des élus issus de partis politiques des Etats membres, mais recomposés en courants européens, ce qui accentuera les risques de décalage avec l’opinion publique. Dans ces conditions, le Parlement continuera à être l’Union européenne des partis.

Réponse positive, mais plus ambigüe pour le Conseil européen. Certes, il sera composé de chefs d’Etats et de chefs de gouvernement élus nationalement. Mais certains chefs d’Etat accèdent à cette fonction de manière héréditaire et certains chefs de gouvernement sont nommés ! En outre, le Président du Conseil européen – élu par les chefs d’Etat ou de gouvernement – « ne peut pas exercer de mandat national » : ce ne sera pas une personnalité issue du suffrage universel. Le Conseil européen, comme le Conseil (cf. infra) continueront ainsi à être l’Union européenne des dirigeants.

Réponse tendant nettement au négatif pour la Commission. Tout d’abord, le Président de la Commission ne sera pas élu en tant que tel par les citoyens de l’Union, mais par le Parlement, et seulement sur proposition du Conseil européen. Or, le Parlement ne s’exprimera qu’en fin de course sur la personnalité pressentie. Plus encore, concernant les autres membres de la Commission, il s’agira seulement de nominations proposées par le Conseil et le Président de la Commission, le Parlement votant in fine pour l’ensemble du collège de commissaires : il prendra tout ou il rejettera tout. On voit donc ici clairement que si le Parlement sera consulté, c’est le Conseil qui prendra la part la plus grande dans le choix des commissaires.

Réponse tendant nettement au négatif pour le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité – remplaçant du ministre des Affaires étrangères prévu par le TECE – nommé par le Conseil européen, avec l’accord du Président de la Commission. Ce n’est que comme membre du collège des commissaires – puisqu’il sera vice-président de droit de la Commission – que cette nomination sera validée par le Parlement. Clairement non pour le Conseil, qui comprendra des représentants de « niveau ministériel » – un pour chaque Etat –, nommés par les chefs d’Etat ou de gouvernement : ce ne seront donc pas nécessairement des élus.

Clairement non pour la Cour de justice, puisque les juges et avocats seront nommés par les gouvernements des Etats membres, ce qui, pour une haute juridiction, n’est pas atypique. De même les membres de la Cour de Comptes, ou ceux de la Banque centrale seront nommés. Néanmoins, il n’est jamais prévu qu’au moins une partie d’entre eux puissent être élus.

Deuxième question : les pouvoirs seront-ils séparés ?

Non pour le l’exécutif et le législatif, puisque le Parlement devra agir conjointement avec le Conseil ! La co-décision est une disposition contestable puisqu’elle permet à l’exécutif d’empiéter sur le législatif ; même remarque pour la disposition qui établit qu’« un acte législatif ne peut être adopté que sur proposition de la Commission » européenne. Le Parlement ne disposera donc d’aucune initiative : il se contentera de débattre des textes proposés par la Commission ! Qu’est-ce qu’un Parlement duquel ne peut émaner aucune proposition de loi ? Une chambre de débats et d’enregistrement, assortie d’un droit de rejet.

Imparfaitement, pour l’exécutif et le judiciaire : les deux pouvoirs seront parfois imbriqués puisque l’application du droit de l’Union sera surveillé par la Commission. S’il est admis que le judicaire surveille la légalité des actes de l’exécutif, ou que l’exécutif puisse être à la source d’une action judicaire, il est assez curieux que l’exécutif « surveille » l’application du droit.

Troisième question : les règles de fonctionnement des institutions, les rapports entre ces institutions, font-ils penser à ce qui existe dans les Etats démocratiques ?

Tendance positive pour le Parlement, avec des réserves. Le régime proposé par le traité prend une coloration « parlementaire », au sens juridique, c’est-à-dire qu’il établit une responsabilité collective de la Commission devant le Parlement. Néanmoins, une motion de censure ne sera adoptée qu’« à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés et à la majorité des membres » du Parlement européen. Il sera par conséquent plus difficile aux députés européens de censurer la Commission, qu’aux députés français de censurer leur propre gouvernement !

Non pour le Conseil européen et non pour le Conseil. Le traité de Lisbonne donne un cadre, mais les règles de fonctionnement seront librement modifiables par les membres de ces deux institutions, sans contrôle des citoyens. En outre, les membres du Conseil européen, ou du Conseil, absents lors d’un vote, pourront déléguer leur pouvoir à un autre membre de leur Conseil : le président de la République française pourra donner pouvoir au chef d’Etat maltais, curieuse conception de la représentativité démocratique.

Non pour la Commission européenne qui est l’organe central dans l’organigramme des institutions, puisque le processus de décision passe plusieurs fois par elle. Or, cet organe n’a et n’aura rien de démocratique. Il sera simplement investi collégialement par le Parlement après audition des postulants, mais il ne s’agira pas d’une élection. En outre, la Commission adoptera elle-même les règles de son fonctionnement, sans contrôle.

Dans le processus de ratification

L’article 2, titre premier, de la Constitution de 1958 le rappelle avec force : « Son principe [de la République] est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » La souveraineté populaire constitue donc à la fois le fondement de la République française, tout autant que sa raison d’être, et le socle de la légitimité démocratique. Cette souveraineté peut s’exercer assurément de deux manières : de manière directe par l’expression du suffrage – en particulier lors de référendums, en répondant « oui » ou « non » à une question posée – ou de manière indirecte par l’intermédiaire de représentants – députés et sénateurs. Ces représentants du peuple, mandatés par le processus électoral qui a conduit à leur élection, votent la loi et le budget, modifient éventuellement la Constitution si la voie du référendum n’a pas été choisie.

Dans le cas qui nous intéresse, la question est ici de savoir si la voie parlementaire retenue pour mener à bien le processus de ratification du traité de Lisbonne est autant, plus, ou moins légitime que ne le serait la voie référendaire. Pour trancher la question, et puisque le Conseil constitutionnel a considéré qu’une révision de la Constitution était indispensable avant le vote de l’habilitation à ratification, il est nécessaire de décomposer le raisonnement en deux points : d’abord savoir si la voie choisie pour cette révision constitutionnelle est la plus légitime, ensuite savoir si la voie choisie pour délivrer l’habilitation à ratification est aussi la plus légitime.

Premier point :

Concernant la révision de la Constitution de la Ve République, son article 89 prévoit que le mode normal est la voie référendaire, ce qui semble logique puisque la Constitution qu’il s’agit de modifier a été initialement adoptée par ce processus. Ce qu’un référendum a fait, un autre référendum peut le modifier. La voie parlementaire est par conséquent un second choix, lié soit à une certaine urgence, soit à des difficultés prévisibles pour obtenir la révision souhaitée par le moyen du suffrage universel. On se trouve ici confronté au décalage entre l’opinion publique et la représentation du peuple induit d’une part à l’Assemblée Nationale par le scrutin majoritaire – qui conduit à une surreprésentation des grands partis favorables à la ratification finale du traité – et d’autre part au Sénat par le scrutin indirect. L’Assemblée représente l’opinion des partis majoritaires, le Sénat l’opinion des notables. Clairement : lorsque le Président sait qu’il n’aura pas le soutien de la majorité des citoyens pour réviser la Constitution, mais qu’il peut compter sur le soutien de la majorité des députés et sénateurs, il choisit la voie parlementaire. C’est ce qui se produit aujourd’hui. Néanmoins, puisque députés et sénateurs ont été élus sur des thématiques générales, et non pas concernant leur positionnement spécifique sur un traité qui n’avait pas encore été renégocié à la date de leur élection, il est manifeste que la voie parlementaire choisie est moins légitimement démocratique que ne l’aurait été la voie référendaire.

Second point :

Concernant l’habilitation à ratification d’un traité, les deux possibilités sont offertes : la voie parlementaire, ou la voie référendaire, toutes deux utilisées dans le passé. Toutefois, si le référendum peut être utilisé en cas de cession de territoire ou de décolonisation, il peut aussi être proposé lorsque le traité « aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions », ce qui est le cas du traité de Lisbonne. Ainsi, cette voie référendaire a été préférée aussi bien en 1972 pour le Traité de Bruxelles sur l’élargissement des Communautés européennes, que pour le Traité de Maastricht en 1992, mais encore pour la Constitution européenne en 2005. On constate par conséquent que pour les traités européens d’importance majeure, l’habitude est prise, depuis trente ans, de suivre la voie référendaire. Il faut ajouter, qu’en toute logique, si le traité de Lisbonne est bien à 90% le même que la Constitution européenne rejetée en 2005, ce qu’un référendum a rejeté, seul un autre référendum pourrait l’accepter. La souveraineté populaire n’est pas suffisamment respectée en faisant adopter le traité de Lisbonne par la voie parlementaire : la voie référendaire aurait dû s’imposer.

Au final, constatons d’une part que les institutions instaurées par le traité de Lisbonne manquent de légitimité démocratique, fonctionnent autour d’un exécutif peu contrôlé par le Parlement, et ne respectent pas bien la séparation des pouvoirs. Constatons d’autre part que tant pour la révision constitutionnelle que pour l’habilitation à ratification c’est la voie la plus éloignée du peuple qui a été choisie, la moins directement démocratique, et par conséquent la moins légitime. Le traité de Lisbonne n’est pas issu de la souveraineté populaire, ne sera pas validé par elle, et instaurera un régime peu respectueux de cette même souveraineté.

Serge MAUPOUET

http://saintongejacobine.over-blog.com/

Sources principales :

Traité sur l’Union Européenne consolidé, Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne consolidé, documents de travail – Conseil constitutionnel ; communiqué de presse et décision du Conseil constitutionnel du 20 décembre 2007 in :

http://www.conseil-constitutionnel.fr

Constitution de la Ve République ; Alain Pellet, « Le droit international et la Constitution de 1958 » in :

http://www.conseil-constitutionnel.fr (consulté le 30 décembre 2007)

l’Humanité, 26 novembre 2007.

Le Monde dossiers et documents, n° 371, janvier 2008.

par Serge MAUPOUET publié dans : Europe
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Jacobins

Un instituteur...

Discours de Gambetta à la réunion des Comités républicains à Bordeaux (le 26 juin 1871) :

 "Il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du pôle républicain.

 Il ne faut pas nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, sur toutes les questions posées que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de l'intelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques uns.

 Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! c'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains : c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu.

 Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre."

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