Références

"Nous allons nous entretenir aujourd'hui d'une époque [à laquelle] nous devons tout ce que nous avons : je veux parler de la Révolution de 1789 [...]
Je pense ne surprendre personne ici en déclarant que moi, enfant du peuple comme vous tous, je suis un admirateur de cette Révolution, qui a tout fait pour la classe à laquelle nous appartenons. Partisan résolu des principes ineffaçables contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, je ferai tout mon possible pour arriver à les faire connaître, ces principes devant former le catéchisme de tout républicain [...]
[La République] a fait de grands efforts pour rendre les lois plus justes, et pour que les charges soient également réparties entre tous les citoyens. Elle a surtout cherché à améliorer le sort du peuple, de l'ouvrier, de ce qu'on a l'habitude d'appeler le petit."
Conférence populaire prononcée par l'instituteur d'une commune du Loir-et-Cher (167 habitants) en 1899, publié par J. OZOUF, Nous les maîtres d'école, Paris 1967.

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Citoyen, citoyenne,

Vous trouverez ici quelques contributions visant à participer humblement aux débats concernant la "chose publique" et la vie de la "cité".

Pourquoi ? Parce que la politique n'est pas une activité abstraite réservée à une élite, mais bien un processus démocratique aboutissant à des décisions qui influencent la vie quotidienne de chacun d'entre nous.

Participez vous aussi, et enrichissez le débat en laissant vos commentaires.

Salut et Fraternité

Vendredi 9 mai 2008

Suivant une brève de Combat républicain, numéro 117, daté du jeudi 1er mai 2008, "L'indice mondial des prix alimentaires, établi par la FAO (Nations Unies), indique que la forte hausse actuelle est sans précédent depuis 1978". En fait, on peut penser que les rédacteurs ont jeté un oeil sur Le Monde Economie du mardi 29 avril 2008 consacré au "Six crises qui bousculent l'ordre économique mondial". En page III, on y trouve un article intitulé "La plus forte hausse des prix alimentaires depuis 1978" ...

Combat républicain, sans donner sa source, mais laquelle est certainement celle que nous venons d'indiquer, reprend les données suivantes :
- hausse du prix du blé : doublement du prix entre mars 2007 et mars 2008;
- hausse du prix du maïs : doublement du prix sur deux ans;
- hausse du prix du riz : augmentation d'un quart en quelques mois (en fait, depuis la fin 2006);

La brève se termine ainsi : "Mais où va tout cet argent ? Toutes les caisses ne doivent pas être vides ..."

On ne peut que partager cette remarque de bon sens, et supputer la part de spéculation dans cette hausse si forte survenue en si peu de temps. En effet, la population mondiale n'a pas subitement augmenté : au contraire, sa croissance est moins rapide qu'on aurait pu le croire il y a dix ou quinze ans. D'ailleurs Le Monde Economie, par la plume d'Antoine REVERCHON, évoque bien la spéculation comme facteur contribuant à la hausse des prix : "La perspective d'une hausse durable des prix alimentaires attire les fonds spéculatifs fuyant les placements immobiliers et financiers devenus incertains, ce qui renforce la volatilité des cours."

Néanmoins, la brève de Combat républicain n'évoque pas de pistes pour résoudre le problème.
En réalité, le problème est assez simple à poser et pas si difficile à résoudre. 
Si la hausse est due à la spéculation, elle-même causée par l'anticipation d'une pénurie alimentaire devant aller en s'aggravant, il faut casser la spéculation.
Pour casser la spéculation, il faut agir sur deux leviers : d'une part augmenter la production (on dispose des moyens techniques pour le faire à l'échelle mondiale, sauf à subir des aléas climatiques graves qui détruiraient les cultures avant récolte) et d'autre part empêcher ou limiter le stockage des denrées alimentaires dans une visée spéculative (soit par des mesures coercitives forcément lourdes à mettre en place et difficiles à appliquer, soit en persuadant les spéculateurs qu'ils n'ont pas raison d'attendre pour vendre, c'est-à-dire qu'ils vendront moins cher demain qu'aujourd'hui).

Je ne suis pas un spécialiste de la question, mais je crois qu'il est possible de tracer quelques pistes relevant du bon sens. Si de véritables spécialistes passent sur ce blog, je les invite à laisser des commentaires pertinents qui me permettront de compléter ou de rectifier avantageusement les propos ci-dessous ...
Pour augmenter la production, on peut tabler sur une seconde révolution verte, plus respectueuse des écosystèmes que la première, mais permettant de généraliser de meilleurs rendements, on peut remettre en culture des terres qui ne l'étaient plus - l'Union Européenne a levé temporairement l'obligation de mettre en jachère 10% de la surface agricole utile -, on peut lever les quotas de production - l'Union Européenne a augmenté ses quotas laitiers -, mais on devrait aussi mettre fin aux constructions anarchiques sur les meilleures terres arables.
En effet, en France, comme en Chine, pour ne prendre que deux exemples, les villes se sont naturellement situées près des meilleurs terroirs ... et aujourd'hui elles s'étendent au détriment des meilleures terres agricoles. Rappelez-vous qu'il y a peu, en France, on a bâti un grand parc de loisirs internationalement connu sur les meilleures terres de la Brie, et qu'on développe toujours autour de lui une ville nouvelle : une aberration ! Il faut penser à construire sur les espaces agricoles les moins productifs, en épargnant les meilleures terres ! Je vous renvoie à ce propos à l'article du Monde "ENVIRONNEMENT : Ces villes qui étouffent la campagne", édition datée du samedi 19 avril 2008, p. 19.
Il est possible, encore, de substituer des productions à d'autres : est-il bien utile que la Chine soit un des principaux producteurs de tabac ? Ne serait-il pas préférable, pour l'autosuffisance alimentaire de ce pays, que les cultures de tabac soient remplacées par des plantes destinées à l'alimentation ? Même raisonnement en France : à quoi bon continuer à produire du tabac, alors que l'on est confronté à une augmentation ahurissante des prix du blé ? En Afrique, des raisonnements similaires peuvent être menés : le Sénégal ne ferait-il pas mieux de produire plus de riz et moins d'arachides ? D'ailleurs c'est l'avis de Mamoudou Dème, directeur général de la Société d'aménagement et d'exploitation des terres de la vallée du fleuve Sénégal, cité dans "Le riz sénégalais devient rentable" in Le Monde Economie (cf. supra) : "Nous disons depuis des décennies que les importations [de riz] ne garantissent pas la sécurité [alimentarie]. On nous écoute enfin !"
Mais encore, il faut arrêter de vouloir détourner une partie de la production vers la filière des biocarburants; entre deux priorités, il faut choisir la plus absolue : nourrir les hommes me semble être cette priorité absolue. Evidemment, on ne peut pas demander au Brésil de renoncer à une filière qu'il a si durement mise en place ... mais nous ne sommes pas obligés, en Europe, de suivre cette voie à un moment où les terres doivent visiblement être employées à un meilleur usage.
Enfin des politiques de soutien aux agriculteurs, des coopérations régionales peuvent encore être mises en place.

Pour lutter contre la spéculation, il faut soit mettre en place un maximum des prix (difficile à concevoir vu le libéralisme ambiant), ou encore empêcher le stockage des denrées dans une visée spéculative (mesure coercitive difficile à exécuter), soit convaincre les spéculateurs qu'ils ont intérêt à vendre aujourd'hui au lieu d'attendre demain ... et cette prise de conscience n'interviendra que si l'on a résolu la question précédente de la production ...

Il s'agit donc de prendre des décisions politiques au niveau international. Le veut-on ?

par Serge MAUPOUET publié dans : économie
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Samedi 26 avril 2008
La théorie libérale classique affirme que pour sortir d'une crise, il faut essentiellement agir sur 4 leviers :
- la baisse des taux d'intérêts
- la baisse du coût du travail
- la réduction du coût moyen de production
- l'innovation
Jouer sur ces 4 facteurs permettrait de redonner aux investisseurs confiance en l'avenir; le redémarrage net de l'investissement assurant le réamorçage de la machine économique.

L'Etat a un rôle dans ce schéma libéral : il doit agir pour favoriser le retour de la confiance des investisseurs.
Comment ?
En pratiquant l'orthodoxie budgétaire : en équilibrant son budget, afin de ne pas vivre pas au-dessus de ses moyens.
En assainissant la situation économique par une politique de déflation.
En mettant en place une politique de baisse des salaires : les pouvoirs publics doivent notamment réduire les salaires des fonctionnaires et des militaires de carrière, pour donner le bon exemple.
En défendant la monnaie, base de la stabilité et de la confiance, suivant en cela les préceptes du philisophe Alain : "Je conseille une monnaie de plomb et une vie rustique" !
En créant les conditions du retour à un excédent de la balance commerciale.

Une rhétorique classique accompagne cette théorie libérale :
- les salaires trop élevés nuisent à la compétitivité
- des rémunérations trop rigides empêchent les adaptations "indispensables" visant à réduire les coûts de production
- les syndicats de salariés sont une force d'opposition aux "nécessaires" adaptations
- des allocations-chômage trop généreuses empêchent les salaires de fléchir (d'où les attaques virulentes contre l'"assistanat")

Si certains d'entre vous, en lisant cet article, trouvent des points communs avec la politique actuelle menée par le gouvernement français, je les rassure : c'est logique ! Sa politique est essentiellement néo-libérale.
Mais, pour plus de clarté, je vous renvoie, à titre de comparaison, à la politique de déflation menée par M. Doumergue : à qui demandait-on, en 1934, des sacrifices ?
A. aux fonctionnaires, avec réduction de leurs effectifs à concurrence de 10% et mise à la retraite anticipée des agents en surnombre;
B. aux pensionnés civils et militaires d'ancienneté
C. aux bénéficiaires d'allocation diverses :
D. aux collectivités, avec, par exemple, une réduction de la contribution de l'Etat aux dépenses de personnels des préfectures et sous-préfectures.

Vous constaterez donc que les cibles de la politique gouvernementale actuelle sont globalement les mêmes que celles de M. Doumergue en 1934.
Je pourrai aussi vous renvoyer aux principaux décrets-lois de Laval, du 16 juillet 1935, quoique ceux-ci diffèrent en partie de la politique actuelle : en effet, d'une part, une contribution excepttionnelle touchait les revenus les plus élevés, et, d'autre part,  l'on abaissait les prix de l'électricité; alors qu'aujourd'hui on prend tant bien soin de préserver les revenus des plus riches de l'impôt, que d'augmenter les bénéfices des sociétés d'Etat (dans l'optique de pouvoir mieux les vendre ensuite ...)

Seulement, voilà : cette politique libérale permet-elle de sortir d'une crise économique ?

La réponse est non. Toutes les expériences tentées dans les années 1930, lors de la Grande crise, ont été des échecs indiscutables.

Pourquoi ?
Parce que ce n'est pas en réduisant les salaires et les pensions qu'on favorise la consommation. Au contraire, on la contracte tellement que cela approfondit la crise.
Parce que plus l'on réduit les ressources des citoyens, plus les contibutions rentrent mal : les recettes fiscales sont amenuisées par la contraction des revenus, de la production et des échanges. Il devient très difficile d'équilibrer le budget, même en réduisant drastiquement les dépenses.
Parce que la politique de déflation fait peser les sacrifices sur les plus démunis ou sur les classes moyennes.
Elle est donc source de crises sociales, qui nuisent à l'activité économique, et par conséquent réduisent encore par contrecoup les contributions prélevées sur elle par l'Etat.

En outre, nous vivons aujourd'hui une situation paradoxale : la politique libérale classique conduit à un phénomène de déflation, alors qu'aujourd'hui nous assistons, en parallèle à la mise en place de la politique néo-libérale en France, à une aggravation de la hausse des prix (celle-ci ayant débuté lors de la dévaluation masquée réalisée lors de la mise en place de l'Euro au début de ce XXIe siècle, mais étant désormais entretenue soit par des pratiques spéculatives sur les marchés des matières premières, soit par l'accroissement des marges de certains distributeurs).
En clair : bien que nos concitoyens disposent de moins en moins de ressources disponibles, ils sont confrontés à une hausse massive des prix.

La question essentielle est donc de savoir, dans les mois qui viennent, et si le phénomène paradoxal se poursuit, si le niveau de vie de nos concitoyens se maintiendra à un point acceptable pour eux, ou s'il baissera à un point tel qu'il ne sera plus acceptable pour le plus grand nombre. Dans le premier cas, tout mouvement social, même d'ampleur sera contenu. Dans le second on pourrait assister à une véritable explosion sociale, avec des risques conséquents pour notre régime démocratique et républicain fragilisé.

Comment donc sort-on donc d'une crise ?
Par une politique néo-keynésienne associée à la recherche d'une organisation plus efficace de l'outil de production, par la mise en place de nouvelles règles du jeu économique (limitant, par exemple, les dangers nés d'une spéculation excessive, ou les prêts usuriers consentis à des gens n'ayant pas de ressources suffisantes pour emprunter), par une redéfinition des fondamentaux économiques (voir à ce propos l'opinion de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix et concepteur du microcrédit, dans Le Monde 2 du samedi 20 avril 2008), par l'intervention positive de l'Etat (et non pas seulement comme un pompier ou un policier économique, mais comme un véritable acteur de développement social, industriel, de services), par une politique de redistribution des richesses qui permet même aux plus démunis de continuer à vivre décemment.

En tout cas, une chose est sûre, et il faut le répéter. On ne sort pas d'une crise par la paupérisation généralisée : je me demande pourquoi, en haut lieu, on ne semble pas prendre en compte cette simple évidence ?


par Serge MAUPOUET publié dans : économie
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Jeudi 19 juillet 2007

Un nouvel exemple concret illustre bien le fait que la libéralisation d'un service auparavant rendu par un monopole public conduit à une augmentation considérable des prix. Il s'agit en l'espèce du tarif des renseignements téléphoniques. La consultation du "12" coûtait 0,90€ en novembre 2005. Aujourd'hui, la consultation des numéros "118", qui ont succédé au "12" est facturée au minimum 1,20€. Soit une augmentation de plus de 30% ! Pour l'UFC-Que Choisir, "Le consommateur paie pour les centaines de millions d'euros que les nouveaux venus ont dépensé en publicité pour se faire connaître". (source : Le Monde, daté 19 juillet 2007, citation reproduite moins une faute d'orthographe !). En fait, le numéro qui reste le moins onéreux correspond au service héritier du "12", désormais accessible par le "118 711". Pourquoi est-il encore le moins cher ? Parce que ses tarifs sont encadrés du fait de la mission de service public que doit assumer France Telecom !

Conclusion : pour que le citoyen paye moins cher un service d'utilité publique, il faut revenir à un monopole public ! Et ce qui est vrai pour le téléphone est vrai pour le gaz, pour l'électricité, pour le courrier, etc.

Serge MAUPOUET

par Serge MAUPOUET publié dans : économie
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Mardi 3 juillet 2007
 

Les délocalisations industrielles alimentent périodiquement le débat politique français. Ainsi, M. Laurent Fabius, depuis 2005, a plusieurs fois pris appui sur des délocalisations en cours pour prôner des mesures de protection afin de retenir l’activité en France. Le problème, c’est qu’il n’est pas crédible : comment un ancien ministre de l’Economie ayant servi la cause des marchés financiers et du grand patronat – par exemple avec l’introduction de l’Euro – peut-il désormais proposer des mesures antilibérales, ou des mesures protectionnistes antidélocalisations ?

Pour autant, le diagnostic de M. Fabius est juste : les délocalisations ont fait et vont faire encore beaucoup de mal. Seulement, d’une part il fallait penser à la probabilité d’une telle vague de délocalisations avant de faire entrer la Pologne , les pays baltes, et encore la Roumanie dans l’Union, et d’autre part, il fallait agir – en étant au pouvoir jusqu’en 2002 – pour freiner les délocalisations industrielles déjà en cours vers le Maghreb, la Turquie ou l’Asie orientale. Une telle réflexion n’a pas été conduite, ou bien les conséquences de ces phénomènes ont alors été considérées comme négligeables par les ténors du parti socialiste. L’argument majeur de ceux qui ne souhaitent pas freiner les délocalisations est que le mouvement est inéluctable, qu’il ne concernera que les secteurs les plus basiques, tandis que l’avance technologique des grands pays industrialisés leur permettra de garder sur leur territoire les activités à plus forte valeur ajoutée.

En fait, ce qui est nouveau n’est donc pas le phénomène « délocalisation » en lui-même, mais l’accélération, la mondialisation et les conséquences du processus. En effet, d’une part des pans entiers de l’économie française tombent en lambeau (l’industrie a été la première touchée, mais les services sont désormais menacés), d’autre part la Chine populaire est depuis 2004 économiquement plus puissante que la France , achète des entreprises françaises (branche téléviseurs de Thomson majoritairement passée sous contrôle chinois), et commence même à rivaliser avec les Etats-Unis dans le domaine informatique (achat des activités PC d’IBM par un géant chinois), enfin l’Inde qui a basé une partie de sa croissance sur l’accueil d’activités délocalisées a développé des entreprises suffisamment puissantes et fait surgir des fortunes suffisamment grandes pour qu’elles puissent s’offrir des fleurons de l’industrie française (prise de contrôle d’Arcelor par Mittal en 2006). Ce n’est qu’un début.

En réalité, les firmes transnationales occidentales – dont les françaises – scient elles-mêmes la branche qui les soutient : en délocalisant massivement en Chine populaire ou en Inde, en y transférant massivement des activités, elles permettent un développement exponentiel de firmes chinoises ou indiennes qui se cantonnent d’abord à un rôle de sous-traitance, mais deviennent ensuite des concurrentes puis des prédatrices ! Le scénario a fonctionné sans conséquences trop graves pour les firmes occidentales à Taiwan ou en Corée du Sud, mais il y a un vrai risque d’emballement avec la Chine ou l’Inde qui sont des Etats d’une autre ampleur : ces puissances disposent de dirigeants habiles, de cadres bien formés, d’habitants prêts au travail et d’une main d’œuvre inépuisable. Ce cumul est peut-être encore plus dangereux pour l’avenir que la simple perte des emplois en Europe. Trivialement, la Chine , devenue première puissance économique mondiale devant les Etats-Unis dans un délai de quinze ans, consentira-t-elle à laisser simplement des miettes du gâteau aux firmes européennes ou françaises dès lors qu’elle contrôlera la cuisine ? L’Inde n’est pas encore aussi avancée que la Chine , et on parle moins d’elle en France car les délocalisations qui s’y produisent viennent surtout des pays anglo-saxons, mais il faudrait quand même considérer avec sérieux ses capacités, en particulier parce qu’elle prendra peut-être le relais du géant chinois lorsque les conditions de production y seront devenues moins attractives par la conséquence du développement économique en cours.

Signalons enfin qu’il est souhaitable que de l’industrie ou des activités de services se créent dans les pays du Sud qui en ont cruellement besoin pour trouver à employer leur main-d’œuvre et afin de soutenir d’abord leur développement économique et d’offrir ensuite des conditions de vie acceptables à l’ensemble de leur population. Mais on ne peut admettre que cela se produise sans qu’un minimum de protection sociale ou environnementale ne soit mise en place, c’est-à-dire que le dumping social ou environnemental utilisé là-bas pour attirer les investisseurs étrangers ait pour conséquence directe la suppression d’emplois ici et la remise en cause de notre propre modèle social. La solution du problème réside dans un développement économique régit par un minimum de garanties sociales (durée hebdomadaire du travail, salaires, congés, assurances sociales, etc.)  et environnementales qui pourrait être défini par les organisations internationales ou mondiales (ONU, OMC) et applicable dans tous les pays en développement. En attendant une telle définition, il n’est pas absurde de vouloir protéger notre système social en freinant des délocalisations qui détruisent des emplois ici en apportant seulement du travail là-bas, mais rien d’autre : ni protection sociale, ni amélioration généralisée du niveau de vie.

Le débat actuel concernant les délocalisations porte essentiellement sur trois secteurs : le textile, les centraux téléphoniques, la contrefaçon (une manière de délocalisation clandestine, mais qui revient à fabriquer des produits d’aspect identiques à ceux de grandes marques mondiales dans des pays émergents). D’autres secteurs sont touchés, mais ne font pas la « une » des médias : les équipements du foyer, les équipements électriques et électroniques, les composants électroniques pour l’industrie, le back-office bancaire et l’informatique ou l’ingénierie pour les services.

Posons-nous une question simple : quelle est l’ampleur du mouvement de délocalisation en France ?

Nota bene : Les éléments donnés ci-dessous permettent de se faire une idée de la situation début 2006. Une année a passé, mais nous ne disposons pas encore des données nécessaires pour actualiser ce qui suit : nous le ferons dès qu’une nouvelle étude nous sera parvenue. Néanmoins, le tableau dressé ci-dessous est suffisamment éloquent, et la tendance suffisamment nette, pour que le constat dressé reste valable.

Selon l’Observatoire Français des conjonctures économiques, 650 000 emplois ont été délocalisés de France vers l’étranger depuis 20 ans ; et d’après l’Analyse mensuelle de la situation économique réalisée par la Société Générale , et datée de juin 2005, 6 000 emplois industriels ont encore été détruits au premier trimestre de l’année citée. Si l’on effectue une comparaison avec des estimations publiées pour le Royaume-Uni et qui projettent 700 000 emplois (rapport Désindustrialisation, délocalisations, La Documentation française, 2005) encore à délocaliser à terme, on peut avancer que la France peut elle aussi encore perdre autant d’emplois par délocalisation dans le futur proche qu’elle n’en à perdu dans les 20 dernières années.

Quelle est la situation dans le domaine du textile ?

De nombreux pays en voie de développement ont créé une industrie textile en profitant de leur avantage comparatif en termes de main-d'œuvre. Ils se sont d’abord tournés vers le secteur de l'habillement, qui nécessite des investissements initiaux modérés. Puis ils ont investi dans le secteur du textile (fils, tissus, etc.) en suivant une stratégie de remontée de filière. Les pays industrialisés sont désormais sinistrés dans deux secteurs : l’habillement et le textile.

Les pays industrialisés, en effet, sont confrontés depuis le 1er janvier 2005 à la levée des quotas d'importation et des tarifs douaniers. Au sein de l'Union européenne, les produits textiles du tiers monde ne pouvaient dépasser en 2003 le seuil de 18 % du volume de celui de la zone sous peine de payer une forte surtaxe. Mais les accords de Marrakech en avril 1994, conclus sous l'égide de l'OMC ont prévu un cadre spécifique de déréglementation appelé Accords multi-fibres (AMF) qui a prévu une totale libéralisation à l’échéance de la décennie suivante. Et en effet, depuis le début de l’année le marché des pays occidentaux a été inondé de produits textiles en particulier chinois. Car la Chine devient l’usine textile du monde, et ce même aux dépens des autres pays en voie de développement comme le Bangladesh, le Mexique, la Tunisie ou encore le Maroc qui ne peuvent soutenir la concurrence avec elle.

Les pays industrialisés peuvent mettre un œuvre des clauses de sauvegarde prévues par l'OMC et destinées à atténuer les effets brutaux de la libéralisation, lesquelles permettent de limiter à 7,5 % la hausse de ses importations en provenance d'un pays tiers. Les Etats-Unis sont les premiers à avoir déclenché cette procédure dès 2003 auprès de l'OMC, afin de contrer les exportations chinoises sur quelques créneaux bien précis et totalement libéralisés (tissu en mailles, robes de chambre, soutiens-gorge).

Quelle est la situation pour les centres d’appels téléphoniques ?

Le secteur emploie 191 000 salariés en France, en croissance, pour un marché évalué a 1,5 milliard d'euros dont trois acteurs (Teleperformance, Arvato. SNT) se partagent 27 %. Malgré une forte polarisation sur l'Ile-de-Françe (32,6 %), de nombreuses collectivités locales et agents économiques de province utilisent cet essor pour tenter de redynamiser des pôles d emplois en difficultés et reconvertir des friches industrielles : Whirlpool à Amiens, Lu a Calais, Thomson à Angers ... La difficulté réside désormais dans le fait que la concurrence s’étend à des pays du Sud à faible coût de main-d’œuvre, et ce alors que les salaires représentent 65 % des coûts de fonctionnement d’un centre d’appel qui fournit des prestations par  lignes téléphoniques aux grandes entreprises et à leurs clientèles (relation client, facturation, marketing, comptabilité, vente en ligne). Les délocalisations vers les pays a bas salaires des centres d'appels se développent depuis deux ans environ : un client résidant en France peut très bien dialoguer avec une firme française par l’intermédiaire d’un employé d’un sous-traitant au Maroc sans s’en apercevoir. Le client croit appeler un service parisien, en réalité il dialogue avec Rabat ! La France échappe encore partiellement à des délocalisations massives dans le secteur grâce à la faible compétitivité de l'offre ou à l'instabilité géopolitique des pays du Sud francophones (risque islamiste au Maroc, coups d’Etats fréquents en Afrique noire). Néanmoins, le câblo-opérateur Noos confie un tiers de son activité support client à Multilingues Conseil implanté en Tunisie.

Après la mode des délocalisations, y aura-t-il des relocalisations ?

Certaines expériences de délocalisation de centraux téléphoniques au Maghreb, comme pour les Taxis bleus, s'avèrent des échecs patents et obligent aux rapatriements des opérations en France métropolitaine

Quelles solutions ? 

D’abord, mettre fin à la surévaluation de l’Euro par rapport au dollar, qui provoque un déficit de compétitivité d’environ 30% pour les entreprises localisées en France, par le simple mécanisme de l’effet de change ; ensuite modifier les missions de la Banque Centrale Européenne, afin qu’elle n’établisse plus ses taux directeurs avec pour seul objectif de maintenir une inflation basse, mais aussi au regard des intérêts de l’industrie européenne avec pour optique le maintien en France et en Europe des activités ; mais encore changer de politique commerciale : il faut une préférence commerciale pour les produits européens au sein de l’Union Européenne ; en outre, la France et l’Union Européenne doivent faire pression à l’OMC pour que la clause environnementale soit prise en compte, et que le problème de l’impact des modes de production sur l’environnement soit évoqué aussi dans les pays en développement, qui doivent aussi participer à l’effort de réduction d’émission des gaz à effet de serre : il est sinon trop facile de fermer des unités de production polluantes dans les pays développés pour les rouvrir dans les pays du Sud; enfin, il faut obtenir que le droit du travail soit discuté à l’OMC et que des règles communes garantissant une protection sociale aussi haute que possible soit adoptées, afin que les conditions de production deviennent plus équitables, et que les conditions de travail et de vie s’améliorent dans les pays du Sud.

Aucune de ces actions n’est suffisante seule, mais le cumul de toutes serait un moyen efficace pour mettre un terme aux délocalisations compétitives intempestives qui mettent à genoux notre industrie et notre modèle social.

Serge MAUPOUET

par Serge MAUPOUET publié dans : économie
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Jacobins

Un instituteur...

Discours de Gambetta à la réunion des Comités républicains à Bordeaux (le 26 juin 1871) :

 "Il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du pôle républicain.

 Il ne faut pas nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, sur toutes les questions posées que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de l'intelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques uns.

 Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! c'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains : c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu.

 Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre."

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