Références

"Nous allons nous entretenir aujourd'hui d'une époque [à laquelle] nous devons tout ce que nous avons : je veux parler de la Révolution de 1789 [...]
Je pense ne surprendre personne ici en déclarant que moi, enfant du peuple comme vous tous, je suis un admirateur de cette Révolution, qui a tout fait pour la classe à laquelle nous appartenons. Partisan résolu des principes ineffaçables contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, je ferai tout mon possible pour arriver à les faire connaître, ces principes devant former le catéchisme de tout républicain [...]
[La République] a fait de grands efforts pour rendre les lois plus justes, et pour que les charges soient également réparties entre tous les citoyens. Elle a surtout cherché à améliorer le sort du peuple, de l'ouvrier, de ce qu'on a l'habitude d'appeler le petit."
Conférence populaire prononcée par l'instituteur d'une commune du Loir-et-Cher (167 habitants) en 1899, publié par J. OZOUF, Nous les maîtres d'école, Paris 1967.

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histoire républicaine

Jeudi 8 mai 2008

Emile Mayer est encore méconnu du grand public, mais de moins en moins des spécialistes de l'histoire contemporaine. Un ouvrage collectif paru à la fin de l'année 2007 en témoigne. Il aura néanmoins fallu plus de dix ans pour qu'un second ouvrage soit consacré à ce militaire républicain, politiquement proche de la gauche modérée. 
Un premier ouvrage de Jacques Schapira et Henri Lerner - ce dernier mon professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris XII-Val de Marne - lui avait en effet été consacré en 1995 (Emile Mayer, un prophète baillonné, éditions Michalon, avec une préface de Jean Lacouture). La parution d'un second ouvrage sur Emile Mayer m'a donné envie de lire le premier, ce que je n'avais pas pu faire pendant mes études. Voici, non pas un résumé, ni même un compte-rendu de l'ouvrage, mais ce que j'ai pu en tirer concernant le positionnement républicain de Mayer, que Henri Lerner propose de voir comme exemplaire d'une époque en qualifiant le personnage de "pur produit de l'esprit républicain". J'espère ne pas trahir en ces lignes ce que Henri Lerner et Jacques Schapira ont cru pouvoir indiquer sur ce point. J'invite les lecteurs de cet article à se documenter plus avant pour faire éventuellement les précisions ou rectifications qui s'imposeraient, en lisant l'ouvrage collectif plus récent paru fin 2007.

Emile MAYER passe son enfance et son adolescence à Angoulême, son père étant directeur de la poudrerie sise dans cette ville. Il est cependant issu d’une famille juive de Nancy.
Au lycée, il se contente du strict minimum, mais se forge quand même une culture littéraire et historique, se concentrant sur le monde antique, l’époque moderne, et l’épopée napoléonienne.
Après un bref détour par Nancy, il monte finalement à Paris pour passer au lycée Charlemagne son baccalauréat es-science, en prélude à la préparation de l’X. Nous sommes alors vers les derniers temps du Second Empire. Et, en complément de sa tradition familiale – sa mère étant la fille de Michel Goudchaux, deux fois ministre des Finances sous la Deuxième République – c’est particulièrement là qu’il est plongé dans une atmosphère pénétrée d’esprit républicain.
Les leçons particulières qu’il reçoit alors d’Emile Boutmy – le fondateur de l’Ecole libre des sciences politiques – lui apprennent d’une part à mettre en œuvre une méthode d’analyse, axée sur la prise en compte des faits mais cherchant à expliquer les choses, les hommes, les faits sociaux, en introduisant des éléments de psychologie, et d’autre part à adopter un état d’esprit libre, dégagé de tout système. On peut trouver ici la source du non-conformisme qui lui cause ensuite bien des soucis pour sa carrière militaire, mais qui fait la richesse de sa pensée.
Le jeune Mayer s’abstient de prendre parti pour ou contre la Commune de Paris, et, d’une manière générale, il évite ensuite, tout au long de sa vie, de trop s’engager politiquement : la carrière militaire vers laquelle son père l’a dirigé, initialement à son corps défendant, le contraint à une attitude de réserve. Néanmoins, ses convictions indéfectiblement républicaines, l’amènent à fréquenter à plusieurs reprises des figures politiques majeures de la gauche : il collabore avec Jean Jaurès de 1900 à 1904, le documentant sur tout ce qui concerne l’armée française de l’époque, puis il a l’occasion de s’entretenir fréquemment, dans les années 1930, avec Léon Blum : il est en famille avec lui suite à une alliance matrimoniale. Le gendre d’Emile Mayer n’est, en effet, autre que Paul Grunebaum-Ballin, un juriste social déjà collaborateur d'Aristide Briand lors de l’élaboration de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, appelé plus tard à présider l'office des HBM puis des HLM sous la Troisième et encore au début de la Quatrième République. La femme de Paul Grunebaum-Ballin est la cousine de la seconde femme de Léon Blum. Le salon que Mayer anime dans les années 1920 et 1930, et où Blum est venu à titre privé alors même qu'il était aux affaires, s’enrichit encore du passage d’autres politiques, comme le député Philippe Serre – secrétaire d’Etat des gouvernements Chautemps et Blum – membre de la Jeune République – parti catholique social fondé par Marc Sangnier –, et peut-être, même si cela semble moins sûrement établi, de Léo Lagrange …

Le salon du boulevard Beauséjour, que Mayer anime, est encore fréquenté par Charles de Gaulle. Le point commun entre Mayer et de Gaulle ? Ce sont deux militaires non-conformistes, qui tentent de balayer les idées toutes faites en matière de doctrine, et confrontent leurs idées sur la nécessité de préparer la guerre suivante en tenant compte de la modernisation des armements … au lieu de se contenter, comme le font les chefs militaires de l’entre-deux-guerres, de croire que le conflit prochain se gagnerait en réitérant les options du précédent. Dès les années 1920, Mayer imagine une aviation capable de mener une guerre aérochimique, ce qui permettrait, en vient-il même à penser, de se passer d'une armée de terre; dès 1932, de Gaulle plaide pour la création d’un corps de blindés. Leurs propos sont ignorés en France, se heurtant à l’impéritie du haut commandement et au pacifisme ambiant, alors qu’au même moment, en Allemagne, Guderian théorise l’action combinée de l’aviation et des chars qui permet finalement à l’Allemagne de mener avec succès la guerre-éclair en Pologne en 1939, puis en France en 1940. 

Tentons maintenant de mettre en relief, autant qu’il est possible de le cerner, ce qu’est pour Mayer l’esprit républicain.
Tout d’abord un attachement viscéral à la république parlementaire. Attachement non seulement aux institutions démocratiques – et il influence en ce sens considérablement Charles de Gaulle pendant les années 1930 – mais aussi à un ensemble de valeurs morales et civiques.
La tradition laïque lui importe particulièrement, même s’il a désapprouvé la politique combiste, la considérant comme excessive, et confondant laïcisation et anticatholicisme. Mayer souhaite, comme son gendre, Paul Brunebaum-Ballin – chargé par Aristide Briand d’étudier les modalités d’application de la loi avec Léon Parsons et Louis Méjean – une loi dépourvue d’esprit combattif, qui soit ferme sur la Séparation tout en restant respectueuse du culte.
Israélite, Mayer n’est cependant pas pratiquant, et ne donne pas d’éducation religieuse particulière à ses enfants, ceux-ci se mariant civilement le moment venu. Anatole France est même présent au mariage de sa fille aînée, Cécile, et de Paul Brunebaum-Ballin, ce qui donne à cet événement, aux dires de Michel Lerner une « figure de cérémonie républicaine ».
N’oublions pas de souligner que Mayer est une victime des contrecoups de l’affaire Dreyfus, elle-même issue de la grande vague d’antisémitisme venue d’Europe centrale et qui touche la France à la fin du XIXe siècle : militaire, comme Dreyfus, israélite, comme Dreyfus, ses supérieurs et deux ministres de la Guerre (Krantz, antidreyfusard notoire, aggravant même de manière tout à fait contestable une sanction moins forte décidée par son prédécesseur Freycinet) tirent prétexte de la parution dans une revue suisse, sous l’impulsion de Mayer, d’une note à diffusion restreinte, et ce sans autorisation préalable, pour le placer en retrait de l’armée en 1899. Il est réintégré en 1907, suite à une intervention du président de la Ligue des Droits de l’Homme, Francis de Pressensé, auprès du ministre de la Guerre du gouvernement Clemenceau, le général Picquart.
La laïcité est donc une nécessité pour la communauté israélite qui, avant l’affaire Dreyfus n’est pas traversée par un phénomène communautariste, mais souhaite au contraire sa complète intégration dans la société. L’attitude du père de Mayer à Angoulême, suite au décès de sa fille aînée, est bien révélatrice de cet état d’esprit : il obtient que soit abattu, à l’intérieur du cimetière, le mur qui sépare les sépultures catholiques des autres …
Ainsi, le sentiment d’appartenance à la France, chez Mayer, passe avant toute autre considération. Pour autant, son patriotisme ne va pas jusqu’à l’esprit de revanche contre l’Allemagne, partagé par nombre de ses contemporains. Attachement à la France par la raison, mais sans exacerbation du sentiment national : du patriotisme, mais pas de nationalisme. A l’opposé, il est capable de recevoir les propos antimilitaristes et pacifistes de Roger-Martin du Gard, avec lequel il est en relation suivie à partir de 1922, mais sans les partager.
L’esprit de tolérance va de pair, chez Emile Mayer avec l’esprit libéral, entendu dans le sens du libéralisme politique. En ce qui concerne le libéralisme économique, Mayer souhaite une politique réformiste, mais s’il a le cœur a gauche, il ne va pas jusqu’à être favorable à l’instauration du socialisme tel qu’on l’entendait à l’époque : le collectivisme lui semble une illusion. Par contre, il conçoit qu’une véritable politique républicaine doive mener à accomplir les réformes nécessaires. C’est aussi en ce sens qu’il soutient l’action du Bloc des gauches, au début du XXe siècle, même s’il investit spécifiquement le domaine du militaire en créant une revue au titre éloquent, L’Armée et la nation, avec pour objectif de réconcilier la première et la seconde, au sortir de l’affaire Dreyfus. Le général André, militaire qui a toujours mis en avant ses convictions républicaines, devenu ministre de la Guerre, lui accorde même une subvention initiale de 400 francs. Cette revue paraît jusqu’en 1908. Plus tard, dans les années 1930, Mayer publie dans des revues proches de la mouvance radicale, comme l’Œuvre ou La Lumière

Alors, que tirer de cet article né d’une circonstance ? Il permet d’attirer l’attention sur le positionnement républicain d’une personnalité – restée largement méconnue du grand public de son vivant, sauf à un moment particulier de la Grande guerre non évoqué ici, mais que l’on redécouvre aujourd’hui – et sur les caractéristiques de ce positionnement républicain : attachement à l’esprit critique, à la liberté de pensée, à la laïcité, à la tolérance, au libéralisme politique, à une politique réformiste et à la république parlementaire, à un patriotisme qui refuse le nationalisme, à un refus encore du communautarisme et ce alors que Mayer appartient à une minorité.
Il y a sans doute des réflexions à en tirer, mais je laisse cela à la méditation des lecteurs.

Par Serge MAUPOUET
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Lundi 1 septembre 2008

(suite de l'article publié ci-dessus). Merci de participer à l'amélioration de l'article en laissant vos commentaires.

2ème moment : la seconde vague en 1958

Il s’agit de personnalités attirées par l’esprit progressiste du Général, et qui pensent que lui seul est capable de faire rentrer l’armée dans le rang suite aux événements d’Algérie. On trouve parmi elles Maurice Clavel, Jean-Claude Servan-Schreiber, Jacques Dauer, Louis Vallon, Léo Hamon et de manière moins engagée, le général Billotte (chef d'état-major du général de Gaulle à Londres en 1942, puis, en 1943, secrétaire du Comité de la défense nationale[15]), Gilbert Grandval, ancien résident général au Maroc, ou Philippe Dechartre.

Ces personnalités ne parviennent pas à mettre sur pied un mouvement politique unifié, mais se répartissent entre le Centre de la Réforme Républicaine, le Front du Progrès et l’éphémère Union Travailliste. Confirmant la boutade d’Alexandre Sanguinetti,  tant que ces gaullistes s’affichent nettement de gauche du mouvement, ils rencontrent généralement peu de succès : ainsi, Jean de Lipkowski, candidat du CRR, est battu aux élections législatives du 30 novembre 1958 ; mais il est ensuite continuellement élu député de Charente-Maritime de 1962 à 1995 ...

Le Centre de la Réforme Républicaine est la tentative la plus aboutie. Fondé après l’acceptation du retour du général de Gaulle, dès le début du mois de juin 1958[16], avec le soutien du Général, et à l’instigation de Jean-Nöel de Lipkowski, Frenay, Barberot, Geneviève de Gaulle et Philippe Dechartre. le secrétaire général en est Jean-Claude Servan-Schreiber, assisté de Maurice Clavel. En plus de ces fondateurs, on compte dans les rangs du mouvement, des gaullistes de la première heure comme André Weil-Curiel, d’anciens élus mendésistes et socialistes comme Pierre Clostermann, Paul Alduy, Georges Juskewiensky, des journalistes de gauche comme Georges Altman ou Charles Ronsere. Le parti présente 80 candidats aux élections législatives d’octobre 1958, dont 25 dans le département de la Seine, mais subit un échec électoral qui met fin à son existence effective.

Refusant de se fondre dans une UNR jugée trop conservatrice, les militants du Centre de la Réforme Républicaine créent, le 14 avril 1959, avec l’assentiment du Général, l’Union Démocratique du Travail, dirigée par Louis Vallon (inquiet de sentir le Général prisonnier de la droite[17]), et comptant aussi Léo Hamon, devenu gaulliste de gauche en 1959 après avoir quitte le MRP[18] (il avait tenté d’aider l’abbé Pierre en 1954, le rejet de l’amendement qu’il proposait ayant entraîné la mobilisation que l’on sait), mais encore Maurice Clavel et Jean-Charles Servan-Schreiber (le seul de sa famille a avoir rejoint le gaullisme).

L’UDT, qui veut faire contrepoids à l’UNR (Union pour la Nouvelle République), mais s’associe à elle pour les élections, reste autonome jusqu’à la fin de la Guerre d’Algérie et dispose de quelques élus. Ainsi, Louis Vallon, qui s’est présenté à la députation en Seine-et-Oise et est devenu rapporteur général du budget, sur l’insistance de de Gaulle[19], afin de surveiller le ministre de l'Économie et des Finances, Valéry Giscard d'Estaing, perçu comme trop conservateur par certains députés gaullistes.

L’UDT se fond ensuite dans l’UDR, mais en conservant une attitude critique envers Georges Pompidou, ce qui conduit ce dernier à refuser aux gaullistes de gauche le groupe parlementaire qu’ils souhaitaient former à l’automne 1967. En conséquence, seul Léo Hamon se rend au Congrès de sa formation politique, à Lille, en 1967, René Capitant et ses amis faisant de la résistance. Léo Hamon, finalement élu député de l’Essone en juin 1968, devient secrétaire d’Etat en juin 1969, auprès de Jacques Chaban-Delmas puis porte-parole du gouvernement jusqu’en 1972 et enfin secrétaire d’Etat chargé de la Participation et le l’Intéressement[20]. Quant à Louis Vallon, battu en Seine-et-Oise en 1967, il est réélu l'année suivante dans le XVIIIe arrondissement à Paris[21].

 

D’autres tentatives d’organisation partisane se révèlent moins probantes.

Ainsi, d’une part, le Mouvement pour la Communauté, qui devient par la suite, en 1964, le Front du Progrès dirigé par Jacques Dauer[22]. Jacques Dauer est entré au RPF dès sa fondation en 1947, et il est devenu responsable des jeunes de ce mouvement pour la région parisienne. Il fonde en 1953 Paris-Jeunes, appelé à devenir, après 1958, un des principaux organes de presse du gaullisme de gauche[23]. En mai 1968, Jacques Dauer prend parti pour les étudiants, en dénonçant « la dérive conservatrice du pouvoir[24] »

 

Mais encore, d’autre part, l’Union Travailliste [ou Union Démocratique du Travail] animée par Gilbert Grandval, le général Billotte et Yvon Morandat – qui a rejoint Londres dès 1940.

 

Après son retrait de l’armée en 1950, et « Pour défendre une certaine idée de la France indépendante[25] », le général Billotte adhère initialement au Rassemblement du peuple français (R.P.F.), étant élu député de Côte-d'Or en 1951. Après avoir soutenu le gouvernement Pinay et s'être battu contre la Communauté européenne de défense, il devient ministre de la Défense nationale du cabinet Edgar Faure (oct. 1955-janv. 1956). Engagé contre la pratique de la torture par l'armée en Algérie, il est cofondateur de l'Union démocratique du travail en 1958. Gaulliste de gauche, il est maire de Créteil de 1965 à 1977 – et il inscrit sa commune dans la politique de villes nouvelles – député U.N.R.-U.D.T. de la Seine de 1962 à 1966 et du Val-de-Marne de mars à juin 1967 et sous l'étiquette U.D.R. de juin 1968 à mars 1978, Ministre d'État, il est chargé des D.O.M.-T.O.M. de 1966 à 1968, dans les troisième et quatrième gouvernements Pompidou[26].

Ces mouvements, ainsi que  Centre de la Défense Républicaine et divers groupements ayant refusé de se laisser absorber par l’UNR, intègrent finalement la Convention de la Gauche – Ve République en octobre 1966, sous la direction du secrétaire général Philippe Dechartre. Le ministre Louis Joxe « prête intérêt » au mouvement, mais les résultats se laissent attendre.

Au final, les gaullistes de gauche n’étant pas parvenus à former une formation politique unifiée basée sur leur positionnement, n’ont pas su attirer les 3 millions d’électeurs qui, pourtant, en 1965, avaient voté pour de Gaulle sur son nom sans toutefois se satisfaire de la politique sociale menée par son gouvernement.

(A suivre …)



[15] Charles-Louis FOULON, article « Pierre BILLOTTE » (1906-1992) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[17] Christian SAUVAGE, article « Louis VALLON » (1901-1981) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[18] Charles-Louis FOULON, article « Léo HAMON » (1908-1993) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[19] Christian SAUVAGE, article « Louis VALLON » (1901-1981) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[20] Charles-Louis FOULON, article « Léo HAMON » (1908-1993) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[21] Christian SAUVAGE, article « Louis VALLON » (1901-1981) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[22] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994

[24] idem

[25] Charles-Louis FOULON, article « Pierre BILLOTTE » (1906-1992) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[26] Charles-Louis FOULON, article « Pierre BILLOTTE » (1906-1992) in Encyclopaedia Universalis, 2004


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Lundi 1 septembre 2008

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Les gaullistes de gauche – 1ère époque : 1945-1970 ou le gaullisme de gauche au temps de de Gaulle.

L’histoire du gaullisme de gauche peut se diviser en quatre moments. Dans ce premier article - en fait coupé en deux car notre blog ne nous permettait pas de le publier en une fois, donc vous trouverez la suite ci-après (voir le gaullisme de gauche : la seconde vague en 1958) -, nous proposons de traiter des deux premiers moments, correspondants aux lendemains de la Libération, puis au retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958, jusqu’à la disparition de ce dernier, en nous référant à l’ouvrage d’Henri LERNER, De Gaulle et la gauche[1], à des articles de l’Encyclopaedia Universalis et aux notices biographiques présentes sur le site de l’Assemblée Nationale. Pourtant, par rapport au propos d’Henri LERNER nous tentons ici d’inverser la relation : ce qui nous intéresse n’est pas tant les relations de de Gaulle avec la gauche, que les relations d’hommes de gauche avec la politique du Général.

Dans un second article, nous nous pencherons sur l’évolution du gaullisme de gauche après la disparition du général de Gaulle, en évoquant l’acceptation de certains principes gaullistes par une partie notable de la gauche – et même parfois, chose surprenante, à l’extrême-gauche – dans le courant des années 1970 et au début des années 1980, puis d’autre part l'affiliation d’un nombre conséquent de gaullistes de gauche aux mouvements se posant – à tort ou à raison – comme les héritiers du gaullisme traditionnel, mais aussi le ralliement de gaullistes de gauche à Jean-Pierre Chevènement, vraiment à gauche de l’échiquier politique dans les années 1980 et 1990. Pour cet article, ne disposant pas d’étude historique spécifique, nous nous référerons essentiellement aux ouvrages historiques généraux et aux notices biographiques de l’Assemblée Nationale. L'article n'est pas prêt, nos lecteurs devront être patients ...

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D’emblée, précisons qu’il a longtemps existé une relation ambiguë entre la gauche et de Gaulle, faite de répulsion et de séduction.

En fait, la gauche de son temps et de Gaulle n’évoluent pas dans les mêmes univers, ne partagent pas les mêmes références intellectuelles, mais, ceci étant posé, malgré tout, entre leurs univers respectifs, des recoupements sont possibles, des visions communes sont partagées. Le charisme du grand homme vient en outre perturber tout positionnement purement idéologique de ses interlocuteurs vis-à-vis de lui : beaucoup adhèrent à l’homme d’action, capable d’impulser le mouvement salvateur, à la geste gaullienne, celle de la lutte pour la Libération d’abord, puis celle conduisant à une politique étrangère autonome à l’égard des Blocs, une politique qui permet la décolonisation puis qui prend en compte le Tiers-Monde, enfin qui valorise un concept né à gauche : la Nation. En résumé, une politique étrangère brillante, celle que la gauche n’a pas su mener sous la IVe République, mais qu’elle aurait globalement aimé faire. Une indication en ce sens ? Les grands axes de cette politique n’ont pas été infléchis après l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981. Et il aura fallu attendre la victoire de la « droite de l’argent[2] » avec Nicolas Sarkosy pour que les invariants hérités du gaullisme gaullien en politique étrangère soient sérieusement infléchis …

Pour autant, même si le Général a eu de la sympathie pour les qualités intellectuelles de Jaurès, même s’il a fréquenté dans l’Entre-deux-guerres le salon d’Emile Mayer[3] où il a pu rencontrer des hommes de gauche proches de Léon Blum, même s’il a eu des entretiens avec Léon Blum en personne pendant la même période, même s’il a dirigé après la Libération un gouvernement très orienté à gauche, même s’il a souhaité après 1965 une politique de participation et par conséquent un axe plus social, les personnalités politiques de la gauche française n’ont jamais pu se départir de certaines réserves à son égard.

Suivant Henri LERNER, on peut certainement dire que « Tous les hommes de gauche qui l’ont approché, servi et souvent aimé, ont éprouvé, peu ou prou, la réaction de Jean Gaulmier, authentique Français libre et fervent républicain, qui ne s’est jamais senti à l’aise avec lui, tout en acceptant de le suivre, aussi longtemps qu’il lui a paru se conformer à l’idée qu’il se faisait de la Démocratie et de la République. On sait que ce radical de vieille souche, gaulliste de guerre, alla jusqu’au bout de sa pensée et fit son mea culpa, à la veille de l’élection présidentielle de 1965 en invoquant l’exemple de ces républicains, une poignée il est vrai, qui s’étaient ralliés au Consulat, mais avaient su dire non à l’Empire. Réaction typiquement révélatrice d’un esprit de gauche authentique[4]. » Cela n’a pas empêché que des hommes de gauche persistent à soutenir son action, voyant en de Gaulle non seulement le libérateur de 1944, mais aussi celui capable de donner des institutions stables à la France, le seul homme en mesure de ramener l’armée à la raison suite aux événements d’Algérie, et même, espéraient-ils, celui qui serait capable de mettre en œuvre la grande réforme sociale à condition de rallier à lui une partie notable de la gauche. Ce dernier point ne s’étant pas réalisé, le gaullisme de gauche, du temps du vivant du général, n’a jamais été plus qu’une modeste force … Citons ici la boutade du gaulliste, Alexandre Sanguinetti – qui penchait pourtant vers un certain jacobinisme – à propos de ceux qui choisissaient vraiment de franchir le pas en s’affichant ouvertement  gaullistes de gauche : « C'est un luxe que je ne peux, quant à moi, me payer[5] ! »

1er moment : la première vague en 1945

En 1945, les gaullistes de gauche sont des antifascistes et/ou des résistants. Parmi les premiers, René Capitant – qui a rencontré de Gaulle en Alsace dès 1939 puis est devenu en novembre 1943 le commissaire à l’Education nationale du Comité Français de Libération Nationale (C.F.L.N.) à Alger, avant de devenir Ministre de l’Education nationale du Gouvernement Provisoire de la République Française (G.P.R.F.) en novembre 1944[6]  –, ou Louis Vallon – qui, lui, l’a rencontré en 1942, avant de siéger à l’Assemblée consultative d’Alger et d’être le directeur adjoint de son cabinet de Président du gouvernement provisoire de la République.

Parmi les seconds, André Weil-Curiel – un des premiers gaullistes de 1940[7] –, Léo Hamon – professeur de droit, membre de « Ceux de la résistance », vice-président du Comité parisien de la Libération – Jacques Debu-Bridel – passé de la droite au Front national communiste, puis au gaullisme –, Jean de Lipkowski – un des rares Français à avoir entendu, de Royan, le message du 18 Juin du général de Gaulle, qu’il est parvenu à rejoindre à Londres, après plusieurs échecs, en passant par l’Espagne[8].

Au lendemain du discours de Bayeux, en juillet 1946, René Capitant et Léo Hamon rallient des hommes de gauche favorables aux idées constitutionnelles du Général et fondent une Union gaulliste qui obtient 17 élus[9] aux élections de novembre 1946 : trop peu pour impulser une dynamique au mouvement. L’Union est dissoute lors de la création du RPF en avril 1947[10], et René Capitant entraîne alors ses amis dans ce parti[11], devant lui-même le premier président du groupe d’Action démocratique et sociale, émanation parlementaire du R.P.F[12], puis le président du Conseil national du R.P.F. Il n’est pas réélu en 1951, ayant choisi de ne plus se présenter dans le département de la Seine mais en Isère. Il n’hésite pas à soutenir publiquement Pierre-Mendès France en 1953 et 1954, puis devient Garde des Sceaux, ministre de la justice du 31 mai 1968 à juin 1969[13]

Pendant ce temps, Louis Vallon, devenu directeur de l'Administration des monnaies et médailles (1946-1951), a participé au lancement du R.P.F. Il en devient le délégué général pour la région parisienne en 1947, et assure alors conjointement le secrétaire général de l'Action professionnelle ouvrière et sociale, l'aile gauche du gaullisme. Elu député R.P.F. de la Seine en 1951, il quitte pourtant en 1953 le groupe gaulliste à l’Assemblée nationale[14] face aux dérives droitières d’autres élus de sa formation.

(A suivre dans l'article publié ci-dessous …)



[1] Henri LERNER a été professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-XII Val de Marne) au milieu des années 1990. Il a écrit plusieurs ouvrages autour des relations et amitiés de de Gaulle, dont Emile Mayer, un prophète bâillonné, dont est tiré un autre article disponible sur ce blog, mais aussi Catroux, Albin Michel, 1990, et a rédigé des articles de l’Encyclopaedia Universalis.

[2] Notons ici qu’il y a plusieurs droites, comme l’a noté si bien René Rémond, et que parmi elles existent parfois des oppositions notables. La famille du général de Gaulle s’inscrit dans la tradition de la droite catholique et monarchiste, la droite de l’honneur et de l’ordre, de l’Eglise et de l’Armée, qui éprouve un certain mépris pour la droite de l’argent. Ces lignes de fracture, le monarchisme en moins, se retrouvent encore aujourd’hui, comme le met en évidence un article récent du Monde commentant la mauvaise perception de la réforme de l’armée par une partie de la droite, celle-là même qui est héritière de la droite de l’honneur et de l’ordre évoquée précédemment dans cette note.

[3] Voir à ce propos l’autre ouvrage d’Henri LERNER, dont nous avons donné un compte-rendu de lecture sur ce blog, Emile Mayer, un prophète bâillonné, Editions Michalon, 1995

[4] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994, p. 8

[5] Pierre DABEZIES, article « Alexandre SANGUINETTI » (1913-1980) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[6] A l’adresse http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/capitant-rene-marie-alphonse-charles-19081903.asp on peut lire  « en 1939, [René Capitant] est affecté à l'Etat major de la 4e armée française. Dans ces fonctions, il rencontre, à Wangenbourg, le colonel Charles de Gaulle »

[7] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994

[11] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994

[14] Christian SAUVAGE, article « Louis VALLON » (1901-1981) in Encyclopaedia Universalis, 2004


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Jeudi 26 mars 2009

Poursuivant mon exploration des ouvrages historiques d'Henri Lerner, et après avoir déjà proposé un "avis" de lecture de son ouvrage sur Emile MAYER (1851-1938), un « pur produit de l’esprit républicain » (selon les propres dire d'Henri LERNER), puis avoir réinvesti un certain nombre de passages de son De Gaulle et la Gauche dans des articles sur les gaullistes de gauche, je me penche désormais sur son Catroux[1], publié en 1990 chez Albin Michel, avec une préface de Jean Lacouture. Pour le contenu historique, j'ai assez pu apprécier l'enseignement d'Henri Lerner en tant qu'étudiant pour savoir la solidité de l'érudition, mais ici je constate, après une première lecture en diagonale, que la qualité purement littéraire de l'ouvrage est elle aussi excellente.

La présentation du père de Georges Catroux est déjà fort intéressante :
"Le père [2] du général [Catroux] fut sans nul doute un bon officier, pourvu des plus belles qualités militaires, ayant acquis de bonnes manières et complété son instruction élémentaire par un travail acharné. Homme de principes sévères, intelligent, exigeant beaucoup de lui-même, mais aussi des autres, ne plaisantant jamais avec les obligations de service, il poussait l'énergie jusqu'à la rudesse et pratiquait, non sans excès, le culte du devoir [...] En revanche un certain penchant pour la sociabilité l'amena parfois à s'intéresser à la vie mondaine : en garnison à Limoges, cet homme, chez qui on s'attendait à trouver un ours mal léché, se révéla un hôte accompli.
Son caractère était celui d'un militaire républicain aux fermes convictions. Intellectuellement, c'était un esprit curieux qui, peu sensible à la culture artistique et littéraire, était plutôt attiré par les sciences et les mathématiques, comme en témoigne le soin qu'il prit de meubler ses loisirs par l'étude de la physique, et la passion qu'il apportait à résoudre des problèmes de mathématiques. Politiquement, c'était un Bleu de l'Ouest qui détestait les Bonaparte et vouait une hostilité foncière à l'Eglise catholique, sans que sa carrière ait eu à souffrir de ses opinions. Le moins qu'on puisse dire est qu'il n'appartenait pas à la même famille spirituelle que celle du professeur Henri de Gaulle et, s'il avait lui aussi une certaine idée de la France, celle-ci restait inséparable de la République et de la démocratie. Cependant, l'un comme l'autre auraient pu se réclamer de la même intransigeance quant au sens du devoir et au culte de la patrie, mais le colonel Catroux n'eût pas songé à se référer à la France glorieuse, transcendant l'histoire au-dessus de toutes les discordes civiles, telle que pouvait la concevoir un monarchiste de regret. Sa France à lui était celle de la Liberté, de l'Egalité, de la Fraternité, et pour lui ces trois vertus patriotiques se confondaient avec la République."

Le premier chapitre de l'ouvrage, intitulé "Un grand seigneur de la République" présente l'intérêt de la carrière de Georges Catroux. Quelques extraits significatifs :
"Compagnon de Lyautey et de De Gaulle [3]
En dépit des différences de tempérament, de milieu familial et de formation intellectuelle qui le séparaient de Lyautey comme de De Gaulle, il put se flatter d'être un de ceux qui les ont le mieux compris, et ce fut assurément un de ses plus beaux titres de gloire que d'avoir réussi à se faire apprécier de l'un comme de l'autre, et à devenir leur collaborateur et ami.
Avec Lyautey, les rapports, sans être faciles - mais comment auraient-ils pu l'être ? - , furent, vingt-cinq années durant, scandés par l'alternance de brouilles à répétition et de démonstrations d'amitié. [...] Non que Catroux ait fait partie des collaborateurs qui entourèrent constamment le Maréchal [...] Il fut à ses côtés aux deux extrémités de sa carrière marocaine [...] Mais Lyautey, qui savait pouvoir se faire comprendre de Catroux en qui il avait toute confiance, le considéra comme l'un de ses disciples dont il se sentait le plus proche, et souligna lui-même "la véritable joie intellectuelle" qu'il éprouvait à travailler avec lui. Cette intimité du coeur et de l'esprit dura jusqu'à la mort du Maréchal en 1934, si l'on en juge d'après les lettres empreintes de confiance et d'abandon, que ce dernier continua à lui adresser du fond de sa retraite lorraine.
De Lyautey, brièvement servi mais attentivement suivi, Catroux retint l'exemple et proclama hautement la dette qu'il avait contractée envers celui "qui avait versé quelques gouttes de son cerveau dans son esprit." [...]
Pour avoir été aussi mouvementées, les relations qu'il entretint avec De Gaulle furent d'une autre nature. Pouvait-on rêver au début du siècle deux jeunes officiers plus dissemblables, l'un tourné vers la métropole, tandis que l'autre semblait le type accompli de l'officier colonial ? Il fallut les hasards de la captivité en Allemagne durant la guerre de 1914-1918 au camp d'Ingolstadt pour les réunir, mais s'ils apprirent alors à se connaître et à s'estimer assez pour maintenir leurs relations, au moins par la pensée jusqu'en 1939, tous deux restaient encore fort éloignés l'un de l'autre [...]
Tout se noua entre eux pendant l'été 1940, lorsque leur réaction commune devant le drame national forgea un lien indestructible. A l'heure où l'Armée française était profondément imprégnée du mythe Pétain, Catroux comprit que de Gaulle incarnait la légitimité française et, de tous les chefs militaires de haut rang, il fut le seul à se rallier aussitôt et à se mettre spontanément à ses ordres. Ce général d'armée habitué aux grands commandements sut alors s'élever assez haut pour faire passer les intérêts de la France avant sa situation personnelle en se mettant sous la direction de celui qui lui était hiérarchiquement inférieur mais "qui était investi à ses yeux d'une mission qui ne se hiérarchisait pas". Comme il l'expliqua en vain à Giraud pour l'inciter à suivre son exemple, il avait reconnu que de Gaulle étant la France, avait reçu une délégation nationale pour rassembler et unir les Français dans la guerre. Son comportement fit alors de lui, au sens le plus noble du terme, un gaulliste authentique et un fidèle compagnon. Jamais de Gaulle n'oublia ce geste exceptionnel qui scella la "déférente amitié" qu'il lui porta jusqu'à la fin de la vie."

"Aristocrate de style, républicain de formation [4]
S'il fut, par ses manières et son allure, sinon par sa naissance, un homme de haute qualité, il n'en demeura pas moins formement attaché à la République [...] Eut-il vraiment des convictions politiques nettement affirmées ? Bien que certaines de ses amitiés eussent nom Herriot [5], Painlevé [6] et Paul Boncour, il n'avait rien d'un général politicien. Tout en sachant bien qu'un chef militaire avait intérêt à pouvoir compter sur des appuis politiques, les rapports qu'il entretint avec ces milieux se situaient exclusivement sur le plan de l'amitié personnelle, et il serait absurde de voir en lui un général de gauche, politicien radical et franc-maçon. Mais sa fréquentation des hommes politiques lui permit d'acquérir une vaste expérience du gouvernement et peut-être même en tira-t-il un certain scepticisme. En somme, ce républicain très sûr, capable de nouer des amitiés éclectiques dans tous les milieux, hormis ceux de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite, ne formulait aucune réserve à l'égard du régime et pratiquait la loyauté envers un pouvoir civil dont il admettait la primauté. On serait plus près de la réalité en le classant parmi les libéraux, indéfectiblement attachés aux valeurs démocratiques et à la société égalitaire issue de la Révolution."

En attendant un véritable article, qui viendra remplacer ces courtes citations, je vous invite à vous pencher sur votre encyclopédie historique préférée pour, déjà, en savoir un peu plus ...

[1] Henri LERNER, Catroux, Albin Michel, Paris, 1990
[2] idem, pp. 38-39
[3] idem, pp. 26-27
[4] idem pp. 22-23
[5] D'après le Petit Mourre : "Militant radical, Herriot fut élu maire de Lyon en 1905 et conserva cette charge jusqu'à sa mort. Sénateur "1912/19) puis député du Rhône (1919-57), il dirigea le Cartel des gauches, qui l'emporta sur le Bloc national aux élections de 1924 [...] Herriot constitua un troisième cabinet qui ne dura que quelques mois, après la victoire de la gauche aux élections de 1932. Elu président de la Chambre après la victoire du Front populaire [...] Elu à l'Assemblée constituante de 1945, il redevint président de l'Assemblée nationale (1947/54)"
[6] D'après le Petit Mourre : "Il fut attiré dans la vie politique par Briand, qui le prit comme ministre de l'Instruction publique (1915/16). Ministre de la Guerre dans le cabinet Ribot (mars/sept. 1917), Painlevé devient président du Conseil (sept./nov. 1917) mais fut renversé à la suite des campagnes de Clemenceau [...]. Républicain socialiste, Painlevé participa en 1924 à la fondation du Cartel des gauches. Président de la Chambre (1924/25), il revint à la tête du gouvernement en avr. 1925. [...] Il fut ensuite ministre de la Guerre presque sans interruption de 1925 à 1929, fit voter la loi du 31 mars 1928 fixant à un an la durée du service militaire et prit les premières décisions concernant la ligne Maginot."


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Un instituteur...

Discours de Gambetta à la réunion des Comités républicains à Bordeaux (le 26 juin 1871) :

 "Il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du pôle républicain.

 Il ne faut pas nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, sur toutes les questions posées que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de l'intelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques uns.

 Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! c'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains : c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu.

 Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre."

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