Nous reprenons ici un constat, celui établi par les IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres) eux-mêmes.
Les deux ministères en charge du dossier, le Ministère de l'Education nationale et le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, ont présenté leurs projets le 13 novembre 2009 aux
organisations de représentants des personnels. Pour un directeur d'IUFM - s'exprimant dans le courriel d'accompagnement d'un Communiqué de son établissement -, "
Ces projets, en fait,
nient toute dimension professionnelle à la formation d'enseignant". Déjà, l'année précédente, les IUFM avaient couru le risque voir leur rôle réduit à la mise en place de modules
professionnalisants complétant ces masters.
Le projet de cadrage des masters enseignants a ensuite été présenté au CNESER (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche) le 21 décembre 2009. Seuls le MEDEF et l'UNI n'ont
pas rejeté le texte (
Pour, n°142, janvier 2010). Une motion a par contre été adoptée pour "un nouveau cadrage des masters garantissant l'articulation entre des éléments progressifs de
professionnalisation et une formation disciplinaire" (
Pour, n°142, janvier 2010).
Pour avoir une analyse critique de la réforme, on peut se référer utilement à l'entretien du "Café pédagogique" avec Jean-Louis Auduc, directeur-adjoint d'IUFM (
www.cafepedagogique.net/lexpresso/pages/2009/12/j-lauduc28122009.aspx) bon connaisseur du système éducatif, dont
j'avais suivi certaines interventions, il y a dix ans, lorsque j'étais moi-même en formation à l'IUFM de Créteil.
Sans aller aussi en profondeur que l'article précédent, et en puisant dans diverses sources, on peut, pour faire simple, poser que, dans ces projets, il y a un arbre, mais derrière il y a la
forêt.
L'arbre, c'est l'intention affichée d'élever le niveau de recrutement de la licence au master. Quasiment personne ne peut contester
a priori a légitimité d'une telle intention. C'est
justement l'habilité de l'ensemble du dispositif que de mettre en avant une proposition qui ne peut, en pratique, qu'être très largement acceptée.
Mais derrière l'arbre, il y a la forêt.
La forêt, c'est d'abord le fait que les masters qui conduiront au recrutement seront des masters disciplinaires et non pas des masters professionnels. Or, par exemple, les professeurs des écoles
n'ont pas vocation à être hyper-spécialisés dans une discipline, mais au contraire doivent acquérir des compétences d'enseignants polyvalents. Les nouveaux enseignants recrutés disposeront,
certes, d'une plus grande compétence dans une discipline, mais leur formation professionnelle sera réduite à des stages, au demeurant assez courts.
La forêt, c'est ensuite le schéma général adopté pour les conours, lequel ne permettrait pas de bien s'assurer des compétences des candidats pour accomplir réellement des missions d'enseignement.
C'est encore le fait que le temps de préparation des épreuves écrites de ces concours n'est pas clairement défini dans le cadre de la mise en place des masters.
La forêt, c'est encore le fait que la formation professionnelle des candidats ayant obtenu le concours se fera seulement sur 1/3 de leur temps de service, tandis que les 2 autres tiers seront
consacrés à leurs activités concrètes d'enseignement dans leur établissement d'affectation.
La forêt, c'est toujours qu'on tourne le dos à la possibilité de faire jouer la complémentarité IUFM-UFR, c'est à dire qu'on coupe les liens et échanges réciproques entre les lieux de diffusion
des savoirs universitaires (les UFR - cf.
fr.wikipedia.org/wiki/Unit%C3%A9_de_formation_et_de_recherche) et les
lieux de transmission des savoirs professionnels (les IUFM -
http://www.iufm.fr/).
La forêt c'est finalement qu'on va mettre devant des élèves de jeunes enseignants qui n'auront pas vraiment en main les outils pour gérer une classe, qui n'auront pas pu assez réfléchir, en
amont, sur le décalage qui peut exister entre leur représentation de ce qu'est une classe, et ce qu'une classe peut être dans la réalité ...
Et ces quelques remarques n'épuisent pas le sujet !
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