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"Nous allons nous entretenir aujourd'hui d'une époque [à laquelle] nous devons tout ce que nous avons : je veux parler de la Révolution de 1789 [...]
Je pense ne surprendre personne ici en déclarant que moi, enfant du peuple comme vous tous, je suis un admirateur de cette Révolution, qui a tout fait pour la classe à laquelle nous appartenons. Partisan résolu des principes ineffaçables contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, je ferai tout mon possible pour arriver à les faire connaître, ces principes devant former le catéchisme de tout républicain [...]
[La République] a fait de grands efforts pour rendre les lois plus justes, et pour que les charges soient également réparties entre tous les citoyens. Elle a surtout cherché à améliorer le sort du peuple, de l'ouvrier, de ce qu'on a l'habitude d'appeler le petit."
Conférence populaire prononcée par l'instituteur d'une commune du Loir-et-Cher (167 habitants) en 1899, publié par J. OZOUF, Nous les maîtres d'école, Paris 1967.

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Salut et Fraternité

Mardi 3 juillet 2007

La croissance économique ne profite pas à tous. Le taux de pauvreté ne se réduit plus : on peut considérer que 6,9 millions de personnes sont pauvres en France. En consultant l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (publications de 2000 puis de 2006[1]) ou bien l’Observatoire des inégalités (publication du 17 octobre 2006[2]), on obtient une vision un peu différente de la situation. Comment le note bien le second Observatoire : « Définir la pauvreté est toujours une question de normes, une construction statistique. L’écart entre les seuils de 50 et 60 % [du revenu médian (voir plus bas)] le montre bien : le taux de pauvreté va du simple au double selon que l’on utilise la première ou la seconde définition. » Pour l’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale (publication de 2000), si l'on compare les taux de pauvreté en 1970 et 1996, on constate qu’ils n’ont que légèrement diminués, mais qu'en outre les jeunes sont plus fréquemment pauvres en 1996 qu'en 1970. Pour l’Observatoire des inégalités (publication de 2006), la pauvreté se serait réduite entre 1970 et le milieu des années 1990 avant de ne plus baisser. Toutefois, pour les deux sources (publications les plus récentes des deux Observatoires), il apparaît nettement que depuis 1996  la situation au minimum ne s’améliore plus, sinon même se dégrade : hausse du travail à temps partiel, difficultés accrues pour accéder au marché de l’emploi depuis 2001, augmentation du nombre de travailleurs pauvres, multiplication des familles monoparentales.  

En fait, l’INSEE a fait le constat de la persistance de la pauvreté depuis longtemps. Prenons cette étude sur la pauvreté en région Centre réalisée en 1998 ; la pauvreté y touchait  11% des citadins[3] dans les 14 agglomérations concernées par la politique de la ville et étudiées : Bourges, Vierzon, Chartres, Dreux, Châteauroux, Tours, Orléans, Pithiviers, Châteaudun, Amboise, Blois, Vendôme, Romorantin. Le recensement avait été effectué grâce aux fichiers de la CAF , en excluant les étudiants et les personnes de plus de 65 ans – ce qui est contestable, ces deux catégories étant particulièrement touchées par la pauvreté. Pour avoir une vision complète du phénomène, il aurait été nécessaire d’intégrer ces personnes, au même titre que celles qui se trouvent en situation d’exclusion. Parmi ces populations se placent les sans-abri, les marginaux se livrant à la mendicité, mais aussi ceux qui vivent chaque jour avec des revenus extrêmement faibles. 46 000 ménages vivaient dans ces villes, à la date de l’étude, avec des ressources inférieures au seuil de bas revenu, fixé à 3650 francs par mois et par unité de consommation, soit 3650 francs pour une personne seule, 5475 francs pour un coupe sans enfant, 7665 francs pour un couple avec deux enfants. Au total, cela représentait 100 000 personnes, dont 28 000 enfants de moins de 14 ans et 11% de la population urbaine étudiée. Des disparités régionales très sensibles étaient révélées : la proportion de bas revenus variait du simple au double selon que l’on se situait à Châteaudun, Vendôme ou Romorantin (9%) ou à Dreux (17%). Dans l’intervalle se plaçaient des villes comme Chartres, Tours ou Orléans (10%), ainsi que Bourges, Blois et Montargis (12 à 13%). Les ménages à bas revenus pouvaient constituer un quart de la population des quartiers défavorisés : majoritairement des personnes seules, souvent âgées de moins de 25 ans, ou des familles monoparentales (un tiers de l’ensemble à Chartres ou à Amboise). On trouve surtout des familles nombreuses en difficulté dans les populations étrangères, qui représentent un allocataire sur six. Dernier enseignement, la possession d’un travail ne protégeait déjà plus de la pauvreté. Un tiers des 46000 allocataires à bas revenus étaient des actifs, souvent des personnes travaillant en temps partiel imposé. Un couple avec un seul salaire au niveau du SMIC tombait aussi dans la pauvreté. Le constat était fait que seules alors les allocations permettaient aux familles de bénéficier des services indispensables. Evidemment, les bénéficiaires du RMI ou les actifs au chômage étaient particulièrement touchés par la pauvreté. A ce propos, on peut trouver une carte des bénéficiaires du RMI par départements au 31/12/2002 sur le site du journal Les Echos à l’adresse : http://www.lesechos.fr/regions/atlas/pop.htm?images/0414083i.gif

Avant de terminer, rappelons que la pauvreté est mesurée par rapport au revenu médian. Le revenu médian partage les Français en deux groupes égaux : 50% touchent plus que cette somme, 50% touchent moins que cette somme. Ce revenu médian était égal à 7300 francs par mois en 2000 : chiffre peu élevé, mais permettant de mener une vie correcte. Or, sont considérées comme pauvres les populations qui ont des revenus inférieurs à la moitié du revenu médian, soit 3650 francs par mois à cette date. Aujourd’hui le seuil est fixé à 645 euros (4230 francs environ : on notera au passage l’ampleur de l’impact de l’inflation consécutive au passage du Franc à l’Euro, puisqu’en 4 ans un citoyen qui a augmenté ses revenus de 16% reste toujours pauvre !).  Vivre avec moins de 645 Euros par mois relève de l'exploit dans un pays développé, dominé par la société de consommation et ses tentations incessantes. Pourtant 6,2 % de la population française doit encore se contenter de cela pour vivre. Et si l’on place le seuil non plus à 50%, mais à 60% du revenu médian, alors c’est 11,7 % de la population qui est dans la pauvreté. Par conséquent, les discours sur l'accès aux nouvelles technologies de l'information, à l'Internet pour tous, ou bien les incitations à épargner pour préparer soi-même sa retraite, etc., sont des leurres quand on voit que tant de personnes ont déjà si peu de moyens pour vivre au quotidien et élever leurs enfants dignement.

 


 

 

 

 

 

 

[1] Rapport 2005-2006 disponible à l’adresse : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000163/0000.pdf

[2] Observatoire des inégalités, La pauvreté en France, le 17 octobre 2006, avec comme tête d’article : «  La France compte 3,6 millions de pauvres selon la définition la plus restrictive de la pauvreté... »

[3] « La pauvreté touche 11% des citadins », in La Nouvelle République du Centre-Ouest, édition du Loir-et-Cher, mercredi 28 octobre 1998, reprenant les Indicateurs de l’économie du Centre, revue trimestrielle de l’INSEE Centre, n°23.

par Serge MAUPOUET publié dans : social
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Jacobins

Un instituteur...

Discours de Gambetta à la réunion des Comités républicains à Bordeaux (le 26 juin 1871) :

 "Il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du pôle républicain.

 Il ne faut pas nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, sur toutes les questions posées que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de l'intelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques uns.

 Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! c'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains : c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu.

 Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre."

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