Je ne peux que vous inviter, en cette période électorale, à relire L'Europe contre la gauche de Georges Sarre [1] et La Faute de M. Monnet de Jean-Pierre Chevènement
[2].
La Faute de M. Monnet pour le portrait utile de Jean Monnet que dresse Jean-Pierre Chevènement. Le retour sur la volonté de Jean Monnet de créer une Fédération européenne, en
mettant en place dès le projet de CECA une évolution ancrée sur la libéralisation et la supranationalité [3]. Jean-Pierre Chevènement y développe aussi ses propres propositions d'un
recentrage européen, d'un gouvernement économique de la zone euro, sa volonté de consentir à des délégations de compétence mais en des domaines précisément ciblés, avec un
véritable contrôle démocratique et en conservant toujours une possibilité de révocation, ou bien encore l'idée que "l'idée républicaine et l'idée européenne ne sont pas incompatibles
dans la durée [4]", mais à condition de suivre une autre voie de construction. De nombreux passages de l'ouvrage méritent qu'on s'y attarde, mais c'est aussi le cas pour la citation de
Dominique Strauss-Kahn qui y est insérée, et qui fait le constat d'une "Union européenne malade de son déficit démocratique [5]" ...
L'Europe contre la gauche en ce que Georges Sarre affirme : "Nous ne sommes pas anti-européens, mais ce que nous avons toujours refusé, car cela ne date pas de 1992,
c'est que le mythe de l'Europe nous empêche de penser, de vouloir et d'agir à gauche [6]"; puis qu'après avoir retracé les combats qu'il a mené depuis son adhésion à la SFIO en 1964, la
création du CERES, la fondation du MDC et du MRC, il invite les républicains de gauche à la mobilisation.
Je ne vous cache pas, avant d'aller plus avant, que j'en aime le style, car Georges Sarre a une plume de qualité, associée au sens de la formule qui fait mouche. C'est un essai
politique mais que l'on goûte aussi pour sa forme.
Ensuite, et surtout, il y a incontestablement du fond. Et, ce fond, avec le recul, s'est même sans doute bonifié. On aurait pu croire, que depuis 2005, une partie du contenu de
l'ouvrage paraitraît daté. En réalité, il n'en est rien, hormis le fait que certains acteurs ont été remplacés par d'autres. Mais le théâtre est le même, et, bien des traits se sont
trouvés encore confirmés par l'expérience politique ouverte en 2007.
La réflexion sur "Le discours de l'identité : un discours de compensation" développé comme paliatif pour "combler les inquiétudes des Français relatives à la perte de
la souveraineté nationale" a trouvé, depuis, une plus grande justification avec l'exacerbation de ce discours identitaire. Les artifices de la "gouvernance"
ou de la rhétorique de la "proximité", sont, déjà, clairement dénoncés comme masquant en réalité le refus de gouverner réellement - en particulier au niveau européen
- mais de se comporter en gestionnaires, ou bien encore un défaut de véritable représentation politique. Le passage sur "L'ère du mensonge et du renoncement", ouverte en
1983, à l'époque de la "parenthèse libérale" et du choix fait par François Mitterrand de privilégier le projet européen sur le programme socialiste, n'a rien à voir avec la langue de bois et
vaut le détour ...
On trouve, dans ce petit livre, quelques remarques plus communes, sans doute, sur l'Europe servant d'alibi aux politiques libérales, mais aussi des rappels revigorants sur ce qu'est la
gauche, sur ce qu'est la nation, sur les liens intrinsèques entre la France et la gauche, sur l'évolution menant du CERES au MRC, etc.
L'ouvrage fait le constat que l'Europe puissance n'est souhaitée que par la France - constat partagé par beaucoup - mais aussi que "La construction européenne"
[on peut sans doute indiquer : telle qu'elle a été conçue] "interdit définitivement le progrès social", puisque même lorsque des socialistes ont été au pouvoir, ils n'ont pu
réorienter cette construction dans un sens social.
Enfin, on trouve une clé de lecture à prendre en considération à propos de ce qui s'est passé depuis l'automne dernier autour de la gauche républicaine (on rappelle que
le texte date de 2005 mais que je le cite pour les mêmes raisons précisées plus haut, c'est-à-dire qu'il reste d'actualité) : "On lit, ici et là, que le créneau du républicanisme de
gauche serait enfin libéré [...] certains ne se cachent même pas de vouloir l'occuper, [...]" [7] Certains événements que l'on constate depuis l'automne dernier
ne prennent-ils pas sens en relisant ces mots ?
Georges Sarre poursuit son propos par cette invite : "La gauche républicaine est l'avenir de la gauche. C'est une belle idée, une grande ambition, qui permettra à la France de renouer
avec son Histoire ! Oui, décidément, rien n'est perdu ! Tout est à faire ... [8]"
[1] Jean-Pierre Chevènement, La faute de M. Monnet, coll. "L'idée républicaine", Fayard, 2006
[2] Georges Sarre, L'Europe contre la gauche, Eyrolles, 2005
[3] Jean-Pierre Chevènement, La faute de M. Monnet, coll. "L'idée républicaine", Fayard, 2006, pp. 27-28
[4] idem, p. 145
[5] idem, p. 42
[6] Georges Sarre, L'Europe contre la gauche, Eyrolles, 2005, p. 87
[7] Georges Sarre, L'Europe contre la gauche, Eyrolles, 2005, p. 164
[8] Georges Sarre, L'Europe contre la gauche, Eyrolles, 2005, p. 178
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