Mercredi 18 juin 2008
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Selon une dépêche de l'AFP, "le Sénat a refusé mercredi d'inscrire la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution, revenant sur une disposition votée en ce sens par les
députés en première lecture du projet de réforme des institutions." Une large majorité s'est dégagée contre cet amendement.
Prise de conscience après la mobilisation largement médiatisée de l'Académie française ? Sursaut républicain (on voudrait le croire ...) ? Quoiqu'il en soit, le Sénat a retoqué la
proposition pourtant adoptée à la quasi-unanimité à l'Assemblée nationale !
Il est souvent question de l'inutilité de l'Académie française ... il est souvent question de l'inutilité du Sénat ... Pour cette fois, les Républicains - dont les jacobins - doivent une
fière chandelle à l'existence de ces deux institutions pourtant fort conservatrices !
Soulignons que le vote a transcendé le clivage gauche-droite :
"La majorité UMP mais aussi les centristes, les communistes, les radicaux - dont l'ancien PS Michel Charasse - et quelques sénateurs PS, comme Robert Badinter ou Jean-Luc Mélenchon, ont voté la
suppression. La majorité du PS, les Verts et quelques UMP ont en revanche voté contre."[1] et [2]
[1] http://www.lefigaro.fr/politique/2008/06/18/01002-20080618ARTFIG00614-langues-regionales-le-senat-contredit-l-assemblee.php
[2] évidemment, l'article du Figaro (journal qui, je le précise, n'est pas du tout dans mes lectures préférées - une fois n'est pas coutume ...), ne mentionne pas le vote du
sénateur MRC. Mais François Autain a bien voté pour la suppression de la disposition ajoutée par les députés. Vous pouvez le vérifier sur le site du Sénat : http://www.senat.fr/scrupub/2007/scr2007-98.html
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Le 3 juin précédent, j'avais pu écrire sur "L'inquiétude légitime de Jean-Luc MELENCHON face à la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution" :
Fier d'être jacobin". Voilà une affirmation devenue rare face à la pression d'un politiquement correct qui favorise d'autres orientations et jette largement le discrédit a
priori sur celle-ci ... Mais Jean-Luc MELENCHON l'a bien dit, et nous le remercions chaudement. Cela fait vraiment du bien d'entendre un homme politique de premier plan affirmer
son jacobinisme !
C'est lors du débat au Sénat, mardi 13 mai 2008, "autour d’une question orale avec débat posée par Nicolas Alfonsi (sénateur rdse) à la ministre de la culture
et de la communication à propos de la sauvegarde et la transmission des langues régionales ou minoritaires" [1] que le sénateur PS a senti nécessaire de réaffirmer ce positionnement.
Alros que les députés ont souhaité, presqu'unanimement [2], inscrire dans la prochaine révision constitutionnelle que "les langues régionales font partie du "patrimoine" de la France""
[3], Jean-Luc MELENCHON a exprimé son inquiétude, et a évoqué les risques de dérives communautaires [4].
L'ensemble du discours mérite d'être consulté, mais je vous en donne un extrait, qui me semble significatif, concernant les implications de la Charte européenne des langues régionales
ou minoritaires, dont la ratification serait sans doute facilitée, dans un second temps, par l'adoption de la révision constitutionnelle [5] :
"Le fait de parler une langue différente ne suffit pas à instituer des droits particuliers en faveur de ses locuteurs ! Or c’est
ce que prévoit explicitement la charte : il s’agit d’encourager la pratique de ces langues « dans la vie publique et la vie privée ».
S’agissant de la vie privée, je rappelle que le caractère laïque de notre République interdit que les institutions gouvernementales et étatiques fassent quelque recommandation que ce soit
concernant la vie privée des personnes.
Quant à la vie publique, il est précisé que les États doivent « prendre en considération les besoins et les vœux exprimés par les groupes pratiquant ces langues ».
À l’évidence, ce texte [il s'agit ici de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires] a été écrit à
l’intention de pays où des secteurs entiers de la population parlent une autre langue que la langue nationale et seulement celle-là, comme c’est le cas des minorités hongroises ou autres, qui
existent dans divers pays de l’Union européenne. Mais en aucun cas il n’a été écrit pour la France, car dans quelles conditions peut-on désigner les représentants de ces groupes ? Va-t-on
maintenant élire des représentants des locuteurs de telle ou telle langue ? Non ! C’est en totale contradiction avec l’idée d’égalité républicaine !
Il ne peut être question de faire bénéficier de procédures en langues régionales devant les autorités judiciaires, comme le
prévoit l’article 9 de la charte, ou devant les services publics, comme le décide l’article 10. Témoigner, poursuivre en justice, signer des contrats dans une autre langue que la langue française
constituerait un recul par rapport à l’ordonnance de Villers-Cotterêts. Pourtant, c’est ce que prévoit cette Charte européenne des langues régionales ou minoritaires !
Le Conseil constitutionnel a donc eu raison de dire, en 1999, qu’en conférant « des droits spécifiques à des “ groupes ” de
locuteurs de langues régionales ou minoritaires, à l’intérieur de “ territoires ” dans lesquels ces langues sont pratiquées, [cette Charte] porte atteinte aux principes constitutionnels
d’indivisibilité de la République, d’égalité devant la loi et d’unicité du peuple français. »
[...]
Pour toutes ces raisons, la République française n’a donc rien à gagner à modifier sa
Constitution pour ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Elle ne pourrait que se renier en le faisant. Elle doit, tout au contraire, continuer sa politique
bienveillante et intégratrice, qui donne aux cultures et aux langues régionales toute leur place dès lors que la République est première chez elle !"
Merci M. MELENCHON de votre bel et courageux argumentaire.
Notes :
[1] présentation de son intervention par Jean-Luc MELENCHON lui-même, sur son blog. Voir l'article complet à l'adresse http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=592
[2] Jean-Louis ANDREANI, "La revanche des langues régionales, in Le Monde, daté mardi 3 juin 2008, p. 2
[3] idem
[4]"Il ne s’agit pas de dire que la sauvegarde des langues et cultures régionales nous pousse sur la pente qui conduit automatiquement à la
sécession, au particularisme et au communautarisme. Telle n’est pas mon intention ! Mais j’ai bien l’intention de dire que le risque existe." cf. http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=592
[5] Jean-Louis ANDREANI, "La revanche des langues régionales, in Le Monde, daté mardi 3 juin 2008, p. 2
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