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"Nous allons nous entretenir aujourd'hui d'une époque [à laquelle] nous devons tout ce que nous avons : je veux parler de la Révolution de 1789 [...]
Je pense ne surprendre personne ici en déclarant que moi, enfant du peuple comme vous tous, je suis un admirateur de cette Révolution, qui a tout fait pour la classe à laquelle nous appartenons. Partisan résolu des principes ineffaçables contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, je ferai tout mon possible pour arriver à les faire connaître, ces principes devant former le catéchisme de tout républicain [...]
[La République] a fait de grands efforts pour rendre les lois plus justes, et pour que les charges soient également réparties entre tous les citoyens. Elle a surtout cherché à améliorer le sort du peuple, de l'ouvrier, de ce qu'on a l'habitude d'appeler le petit."
Conférence populaire prononcée par l'instituteur d'une commune du Loir-et-Cher (167 habitants) en 1899, publié par J. OZOUF, Nous les maîtres d'école, Paris 1967.

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Salut et Fraternité

Mardi 8 avril 2008

Les 3 fausses "bonnes idées" en école primaire sont la suppression du samedi matin, les heures de soutien pour les élèves les plus en difficultés, les stages de remise à niveau pendant les vacances. Mais le cumul des 3 fausses "bonnes idées" conduit directement à une aberration !

La suppression du samedi, contrairement à ce que pensent beaucoup de nos concitoyens, va augmenter la fatigue des écoliers. En effet, les pédagogues savent bien que le samedi matin était un temps d'enseignement profitable : les élèves savaient que la journée, réduite à une demi-journée, n'était pas lourde pour eux, qu'elle débouchait sur la liberté du week-end; et par conséquent, ils arrivaient dans de bonnes dispositions. Par contre, des études, bien connues des enseignants (parce que présentées à bon nombre d'entre eux lors de leur formation en IUFM), ont démontré que lorsqu'il n'y avait pas cours le samedi matin, une part non négligeable des enfants libérés soit passaient leur mâtinée au supermarché le plus proche en compagnie de leurs parents, soit partaient plus souvent en week-end, participaient plus à des fêtes de famille, ce qui aurait été profitable s'ils n'en étaient revenus d'autant plus fatigués. C'est-à-dire que, paradoxalement, travaillant le samedi matin, les enfants étaient moins fatigués en revenant le lundi matin que s'ils avaient été libérés.
Ce qui est advenu dans les études menées jusqu'à aujourd'hui, est appelé à se répéter de manière systématique à partir de l'année prochaine : avec la suppression du samedi matin travaillé, les écoliers auront non seulement perdu deux heures de cours par semaine, mais ils seront moins disponibles pour les apprentissages.
Certains parents trouveront peut-être à redire sur ce premier point que je développe, mais je les invite à être attentifs aux activités qu'eux-mêmes ou que d'autres parents qu'ils peuvent connaître, proposeront à partir de septembre à leurs enfants sur ce temps libéré. Nous pourrons alors en rediscuter ici à l'automne prochain ...

Les heures d'école supprimées pour tout le monde vont être "redonnées" à quelques-uns, choisis par les enseignants, pour participer à des cours de soutien. Il s'agira de séquences de remédiation, organisées de manière variable selon les académies, les départements, les circonscriptions. En Saintonge, il semblerait que l'on se dirige soit vers une demi-heure de plus chaque jour à la fin des cours (hypothèse la moins probable), soit vers une demi-heure de plus chaque jour sur la pause du midi (hypothèse la plus probable). Première incohérence : les deux heures supprimées le samedi pour tous, ne sont redonnées en semaine qu'à quelques-uns. Deuxième incohérence : ce sont les élèves les plus fragiles qui doivent participer à ces séquences de remédiation, et qui vont par conséquent avoir des journées plus chargées, plus fatigantes que les autres élèves. Les bons élèves se reposeront - s'il s'agit de la pause du midi - ou rentreront chez eux - si le créneau choisi se positionne à la fin de la journée, tandis que les élèves les plus en difficulté auront une pause du midi rognée, ou bien devront rester en plus le soir. Aucun compte n'est ici tenu du rythme biologique des enfants. Il ne viendrait à l'idée de personne de rajouter encore un temps de travail à un adulte en plus de la journée de travail que l'on demanderait à d'autres. Mais, pour les enfants, cela est possible ! Quel bénéfice sera retiré de ces séquences placées à des moments où les enfants, ayant déjà affronté une demi-journée ou une journée entière de cours, seraient demandeurs d'un temps de repos, et non pas d'une fatigue intellectuelle supplémentaire ? A mon avis : aucun.
A ceux qui ne seraient pas en accord avec ce développement, je propose un test : prenez vous-mêmes des élèves en état de fatigue intellectuelle avancée, et essayez de leur faire apprendre ou réviser quelque chose à ce moment-là. Le résultat ne sera pas éloigné de zéro. Vous aurez passé du temps, vos élèves auront passé du temps, mais ils n'auront rien appris ou retenu du plus. Apprendre quelque chose demande, en effet, un certain état de fraîcheur.
Enfin quoi, cela ne relève-t-il pas de l'incohérence, sinon même de l'absurde, pour le gouvernement en place, que de dénoncer la longueur des journées d'école tout en augmentant cette longueur pour les élèves les plus en difficulté !

Les stages de remise à niveau pendant les vacances sont organisés à partir des vacances de printemps 2008, à raison de trois heures par jour sur cinq jours. Les enfants sont choisis par les enseignants, l'accord des familles doit être obtenu, et il s'agit d'organiser des activités d'apprentissage sous une forme ludique et agréable. Soit. Mais voilà, le lieu d'accueil n'est pas forcément l'école de l'élève, l'enseignant n'est pas - sauf exception - son enseignant habituel, et surtout les vacances sont normalement échelonnées dans l'année de manière à instaurer 2 semaines de repos toutes les 5 à 7 semaines de travail ! Deux semaines de repos car c'est le temps nécessaire à un enfant pour se reposer, se ressourcer, repartir du bon pied ! Or, on va supprimer une semaine de repos aux enfants en difficulté ! Donc, ces enfants-là vont reprendre plus fatigués que les autres ! Ils vont donc reperdre très rapidement l'éventuel bénéfice tiré du stage ... puisque pour apprendre, il faut être en capacité de se concentrer intellectuellement. Et un enfant fatigué - comme un adulte fatigué - n'est pas en mesure de se concentrer suffisamment.

Vous cumulez maintenant les trois fausses "bonnes idées", et vous arrivez à une aberration :
- on supprime deux heures hebdomadaires pour tous;
- on supprime la classe du samedi matin qui était un temps d'apprentissage profitable;
- on sait que beaucoup d'enfants, avec un week-end de deux jours pleins vont, paradoxalement, revenir plus fatigués le lundi suivant que s'ils avaient eu cours le samedi matin;
- on redonne les deux heures hebdomadaires supprimées seulement à quelques-uns, à ceux qui sont le plus en difficulté, mais à des moments où les enfants ne seront pas disponibles intellectuellement pour apprendre, en stigmatisant éventuellement les enfants qui devront rester en classe alors que les autres seront déjà chez eux !
- on propose des stages de remise à niveau pendant les vacances, sur des temps de vie qui devraient être consacrés à la récupération, au ressourcement, au repos intellectuel; on propose ces stages à nouveau aux enfants les plus en difficultés, peut-être même à ceux qui auront déjà eu du temps en plus pour des heures de soutien, et donc seraient déjà ceux qui auraient eu le plus besoin de véritables vacances !

Bref : on marche sur la tête, c'est ubuesque !

par Serge MAUPOUET publié dans : éducation
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Commentaires

Bravo, Serge, pour cette excellente argumentation !
commentaire n° : 1 posté par : C.Tasin (site web) le: 08/04/2008 15:59:35

Je te remercie. Ca fait quand même du bien de se sentir soutenu !


réponse de : Serge MAUPOUET (site web) le: 08/04/2008 17:31:00
Bonsoir,
CQFD : votre raisonnement simple et pratique met en exergue ce pensent bons nombres de personnes, sans oser le dire. A afficher à la sortie des classes.
commentaire n° : 2 posté par : Gromhard le: 11/04/2008 21:53:58
Merci de votre compliment.
Il faudrait effectivement que beaucoup de personnes osent prendre la parole, et s'expriment concrètement et véritablement ... car seul ce qui est dit peut être entendu !
réponse de : Serge MAUPOUET (site web) le: 11/04/2008 22:22:02

Jacobins

Un instituteur...

Discours de Gambetta à la réunion des Comités républicains à Bordeaux (le 26 juin 1871) :

 "Il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du pôle républicain.

 Il ne faut pas nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, sur toutes les questions posées que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de l'intelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques uns.

 Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! c'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains : c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu.

 Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre."

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