Références

"Nous allons nous entretenir aujourd'hui d'une époque [à laquelle] nous devons tout ce que nous avons : je veux parler de la Révolution de 1789 [...]
Je pense ne surprendre personne ici en déclarant que moi, enfant du peuple comme vous tous, je suis un admirateur de cette Révolution, qui a tout fait pour la classe à laquelle nous appartenons. Partisan résolu des principes ineffaçables contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, je ferai tout mon possible pour arriver à les faire connaître, ces principes devant former le catéchisme de tout républicain [...]
[La République] a fait de grands efforts pour rendre les lois plus justes, et pour que les charges soient également réparties entre tous les citoyens. Elle a surtout cherché à améliorer le sort du peuple, de l'ouvrier, de ce qu'on a l'habitude d'appeler le petit."
Conférence populaire prononcée par l'instituteur d'une commune du Loir-et-Cher (167 habitants) en 1899, publié par J. OZOUF, Nous les maîtres d'école, Paris 1967.

Un instituteur...

Discours de Gambetta à la réunion des Comités républicains à Bordeaux (le 26 juin 1871) :

 "Il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du pôle républicain.

 Il ne faut pas nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, sur toutes les questions posées que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de l'intelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques uns.

 Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! c'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains : c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu.

 Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre."

Texte Libre

Citoyen, citoyenne,

Vous trouverez ici quelques contributions visant à participer humblement aux débats concernant la "chose publique" et la vie de la "cité".

Pourquoi ? Parce que la politique n'est pas une activité abstraite réservée à une élite, mais bien un processus démocratique aboutissant à des décisions qui influencent la vie quotidienne de chacun d'entre nous.

Participez vous aussi, et enrichissez le débat en laissant vos commentaires.

Salut et Fraternité
Serge MAUPOUET


PS : les articles purement historiques sont regroupés désormais sur le blog http://pagesdhistoire.over-blog.com/

De nombreuses personnalités de droite et de gauche sont partisans d'une révision plus ou moins profonde de la loi de 1905, et prônent une "laïcité ouverte", qui s'est récemment déclinée en "laïcité moderne" puis en "laïcité positive" (comme s'il pouvait d'ailleurs exister une laïcité négative !). Le débat n'est pas neuf et il est relancé depuis le milieu des années 1980. Les tenants de la "laïcité ouverte" avaient remporté une victoire avec la mise en œuvre de la circulaire Jospin de 1989 qui a conduit aux excès que l'on a connu dans les établissements scolaires avec les problèmes de foulard islamique. Notons dès le début de cet article que ces excès ont disparu dès lors que le la loi de 2004 a, de fait, réaffirmé la laïcité à l'école telle qu'elle se pratiquait avant la circulaire Jospin.


Toutefois, malgré cet exemple qui aurait dû servir de leçon, les tenants de la laïcité ouverte (ou des appellations nouvelles "laïcité moderne" ou "positive") ne désarment pas. Ils trouvent des relais au plus haut niveau de l'Etat, puisque le Président de la République lui-même, M. Nicolas Sarkozy vient de déclarer à l'occasion d'une visite au Vatican : "j'appelle de mes vœux une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas les religions comme un danger, mais comme un atout." (discours du Latran, jeudi 20 décembre 2007). Notons qu'il est ici en opposition avec la ligne tracée par son prédécesseur, M. Chirac, lequel apparaîtra certainement avec le recul comme un des derniers grands défenseurs de la laïcité à la française, telle qu'elle se pratiquait jusqu'ici. Il faut savoir lui reconnaître ce mérite.
Mais, à gauche, certains ne sont pas sur une ligne très différente de celle de M. Sarkozy, même si le vocable n'est pas exactement le même.
Que signifient de telles prises de position, de personnalités de droite comme de gauche ? Elles laissent en fait entendre que la laïcité telle qu'elle se pratique aujourd'hui serait poussiéreuse, inadaptée aux réalités de notre temps, et aux nouveaux rapports que l'Etat doit instaurer avec les religions. 
Pour ma part, il me semble important de conserver une ligne de défense de la laïcité telle qu'elle a été définie par la loi de 1905 (voir mon long article à ce sujet dans ce même blog). Il faut en effet partir du principe qu'il vaut mieux ne pas toucher à un système qui a fait ses preuves pour maintenir la paix dans la société, et qui est accepté depuis longtemps par les fidèles des religions les plus anciennement implantées sur le territoire national : les juifs, les catholiques, les protestants – si l'on excepte les intégristes de chacune de ces religions – se satisfont pleinement de la situation actuelle. Les musulmans modérés ne trouvent non plus rien à redire à une loi qui leur permet de célébrer librement leur culte, alors que leur religion n'est implantée en France métropolitaine que depuis une cinquantaine d'années. Les bouddhistes, quand à eux, ne semblent pas non plus demander une révision de la loi, d'autant qu'il est vrai qu'un certain nombre d'entre eux pratiquent la philosophie du bouddhisme tout en restant compagnons de route de certaines des religions citées précédemment. Les agnostiques et les athées, demandent-ils une modification de la loi ? Nullement, car la loi permet aussi d'adopter librement ces positions philosophiques ! Ce constat est d'ailleurs posé par le Président de la République lui-même, M. Nicolas Sarkozy en personne, dans son discours du Latran du jeudi 20 décembre : "Il ne s'agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas".
Au final, et à bien y réfléchir, on se rend compte que seuls les intégristes, ou ceux qui sont manipulés par eux souhaitent une révision de la loi. Plutôt que d'ouvrir une boîte de Pandore, la sagesse voudrait donc qu'on reste ici sur des acquis désormais centenaires.
En outre, la position de M. Sarkozy est ambiguë ou bien relève du double langage. C'est un peu un "je vous ai compris" que chacun peut traduire à sa guise : aux croyants on dit que l'on va changer les choses, aux défenseurs de la laïcité que ce que l'on va faire ne changera rien !
Ce qui est rassurant, c'est que la condamnation a gauche a été unanime. Je renvoie ici les lecteurs à l'article du Monde (édition datée du samedi 22 décembre 2007) de Sylvia Zappi, intitulé "Tollé à gauche contre la "confusion entre le religieux et le politique". Mrs Hollande (PS), Braouzec (PCF), Mme Voynet (Verts) ont tous des mots durs – mais fondés en substance – pour critiquer la ligne du chef de l'Etat. Je ne résiste pas, pour conclure, au plaisir de vous donner ici le sentiment de Jean-Pierre Chevènement (MRC) : "M. Sarkozy s'aventure sur un terrain qu'il connaît mal. Il risque de blesser des consciences auxquelles il devrait prêter, en tant que président de la République, autant d'attention qu'à d'autres. La laïcité, c'est la croyance dans la capacité humaine à définir le bien commun dans l'espace public, en le soustrayant à l'empire des dogmes. Cela n'empêche ni la croyance, ni la transcendance à laquelle on peut croire ou pas." Simple, clair et net.

Extrait de George LEFEBVRE, in Maximilien Robespierre, 1758-1794, Beiträge zu seinem 200. Geburstag, Berlin 1958, pp. 7-14, repris dans Jean EHRARD et Guy PALMADE, L'Histoire, Armand Colin, Paris, 1965.

"A nos yeux, Robespierre est le plus éminent des premiers chefs de la démocratie française. Il le doit sans doute à la vénération que lui inspirait Jean-Jacques Rousseau, mais aussi à son origine et à son caractère. Connus aux confins de la Flandre et de l’Artois depuis le XVIe siècle, ses ancêtres apparaissent déjà détachés du travail de la terre, mais ne dépassant pas la condition de greffiers ou de notaires de village. Au début du XVIIIe siècle, le grand-père de Maximilien, installé à Arras et avocat au Conseil souverain d’Artois, semble appelé à se hausser dans la hiérarchie bourgeoise ; mais son fils, on ne sait trop pourquoi, laissa se dégrader la situation familiale et finalement disparut. Parents et amis prirent soin de ses enfants : Maximilien obtint à paris une bourse au collège Louis-le-Grand dont il fut un brillant élève et, devenu avocat, revient mener à Arras une existence honorable, mais de ressources modestes, en harmonie, semble-t-il, avec son tempérament, chaste et sobre, taciturne et méditatif, enclin à se plaire dans le cercle de la famille et d’un petit nombre d’amis. Un petit bourgeois, a-t-on dit. Sans doute, et même de mise toujours soignée, qui ne revêtit jamais la carmagnole et refusa le bonnet rouge ; dont la sympathie pour les travailleurs manuels n’alla jamais jusqu’à les fréquenter ; un homme de cabinet, un orateur d’assemblée nationale et de club, qui n’eut pas de contact avec les militants populaires. De là, en partie, sa popularité : la petite bourgeoisie, qui forma le gros du parti jacobin et sans-culotte, retrouva en lui sa probité, son application, sa dignité de mœurs et sa décence, sa méfiance à l’égard de la richesse excessive et du luxe ostentatoire. De sa nature, des circonstances de sa formation, des modalités de son existence, semblent toutefois résulter plusieurs des traits de sa physionomie qui le desservirent. Affectueux avec ses intimes, il ne souriant pas souvent en public : « je n’aimais pas Robespierre, a écrit Choudieu, car il n’était pas aimable. » Autoritaire et sévère, il écartait les compromis ; défiant et soupçonneux, il ne pardonnait pas facilement. Le commun des hommes put estimer l’Incorruptible, mais de lui n’attendit pas l’indulgence.
Il n’est pas défendu de présumer que le déclin familial et la précarité d’humble boursier aient favorisé en lui l’ambition et que l’élection des députés aux Etats généraux lui soit apparue comme l’occasion de s’ouvrir des perspectives qu’une ville de province ne pouvait lui offrir. S’il en fut ainsi, on ne saurait douter que cette ambition s’accorde avec la haute idée, l’orgueil si l’on veut, que, de ses efforts, de ses succès, de ses épreuves, il avait tirée de sa valeur intellectuelle et morale ; ainsi jaillissait de lui-même, renforçant l’enseignement de Rousseau, le sentiment profond que la naissance ni l’argent ne sauraient être la mesure du talent, de la dignité, des droits du citoyen, et tel est le principe de l’égalité civile et de la démocratie politique.
Aux Etats généraux, il ne se borne donc pas à combattre les privilégiés, à réclamer la libération des opprimés, – juifs, comédiens, hommes de couleur des colonies ; – pour le peuple, il fut avant tout l’avocat du suffrage universel contre le régime censitaire adopté par la Constituante.
Apôtre de la démocratie politique, il a fini par s’inscrire aussi, avec Saint-Just, parmi les protagonistes de la démocratie sociale.  Dans les premiers temps, toutefois, ce trait ne s’accuse pas ; de Rousseau, à la vérité, Robespierre avait bien retenu qu’à l’origine de l’inégalité parmi les hommes, on aperçoit non seulement la nature, mais aussi la propriété individuelle, telle que nous pratiquons ; mais rechercher à ce mal inévitable les correctifs empiriques qui pourraient se recommander à l’homme d’Etat, on ne voit pas que Robespierre s’y fut attaché. De par sa formation, purement littéraire et juridique, l’analyse de l’économie et de la structure sociale cédait le pas au rapport des forces politiques et, puisque les circonstances commandaient avant tout d’arracher le pouvoir à l’aristocratie au profit du Tiers Etat, on s’explique que, durant des mois, cette tâche accapara tous ses instants. Ce fut seulement à partir de 1792 et surtout en 1793, que, voyant une portion croissance de la bourgeoisie, - les « culottes dorées », – se ranger derrière les Feuillants, puis derrière les Girondins, dans l’intention de terminer la Révolution par un compromis avec ses adversaires et par une paix boiteuse avec les coalisés, la nécessité lui apparut de s’associer plus étroitement les classes populaires par des mesures qui les intéresseraient au salut de la République ; plus tard, le 8 ventôse an II (25 février 1794), Saint-Just dira lui aussi : « La force des choses nous conduit peut-être à des résultats auxquels nous n’avons pas pensé. »
Ce n’est pas que Robespierre en soit venu à l’idée de bouleverser l’organisation de la société et de retirer à la bourgeoisie la prédominance que la Révolution de 1789 lui avait assurée. « Il ne fallait pas une révolution sans doute, dit-il à la Convention, le 24 avril 1793, pour apprendre à l’univers que l’extrême disproportion des fortunes est la source de bien des maux et de bien des crimes ; mais nous n’en sommes pas moins convaincus que l’égalité des biens est une chimère. » Il condamnait ce qu’on appelait alors « la loi agraire », c’est-à-dire une redistribution de la propriété, ce qu’on dénommera en 1848 le socialisme des partageux. Mais il reconnaissait maintenant à la République le droit d’intervenir pour pallier les pires conséquences de l’inégalité qu’il déplorait. Alors que la Convention préparait une nouvelle Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui prendrait place en tête de la Constitution de 1793, on lit dans le même discours du 24 avril : « En définissant la liberté, le premier des besoins de l’homme, le plus sacré des droits qu’il tient de la nature, nous avons dit avec raison qu’elle avait pour bornes les droits d’autrui. Pourquoi n’avez-vous pas appliqué ce principe à la propriété qui est une institution sociale ? … Vous avez multiplié les articles pour assurer la plus grande liberté à l’exercice de la propriété et vous n’avez pas dit un seul mot pour en déterminer la nature et la légitimité, de manière que votre Déclaration paraît faite, non pour les hommes, mais pour les riches, pour les accapareurs, pour les agioteurs, et pour les tyrans. » Il proposait donc de lui adjoindre les quatre articles si souvent cités : « I° La propriété est le droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion des biens qui lui est garantie par la loi ; 2° Le droit de propriété est borné comme les autres par l’obligation de respecter les droits d’autrui ; 3° Il ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l’existence, ni à la propriété de nos semblables ; 4° Toute possession, tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et immoral. »
A ces déclarations de principe, les circonstances confèrent une signification concrète : Montagnards, Jacobins, Sans-Culottes venaient de s’entendre pour demander à la Convention d’ordonner la taxation du prix des grains, de rétablir l’obligation de ne les vendre qu’aux marchés publics, d’accorder aux administrations des districts la faculté de garnir ces derniers aux moyens de réquisitions. Les articles de Robespierre, spécialement le quatrième, justifiaient par avance le loi du 4 mai. Quelles autres conséquences en déduisait-il ? Il ne l’a pas dit, mais l’inspiration s’en retrouve dans les lois montagnardes qui suivirent. Tandis qu’un nouveau régime successoral préparait la fragmentation des fortunes, il fut prescrit au contraire de diviser les biens nationaux avant de les mettre en vente dans l’espoir de rendre l’acquisition plus facilement accessible ; on autorisa aussi le partage des communaux et, le 6 ventôse, Saint-Just fit attribuer aux « indigents » les biens des suspects. La loi du 29 frimaire (19 décembre 1793) institua un enseignement primaire, laïque, gratuit et d’ailleurs obligatoire. A l’égard des plus déshérités, la Constitution de 1793 avait érigé l’assistance en un devoir social ; le décret du 22 floréal (11 mai 1794) promit du travail aux chômeurs et organisa la « bienfaisance nationale », c’est-à-dire l’assistance médicale gratuite, des pensions d’infirmité et de vieillesse, une aide aux familles nombreuses ; en résumé : ce que nous appelons la Sécurité sociale. On ne doute donc pas que Robespierre se fît de l’idéal d’une société républicaine la même conception qui transparaît dans les Institutions républicaines et que Saint-Just résume en écrivant : « Il faut que l’homme vive indépendant. » Que chaque citoyen possède une terre, un atelier, une boutique suffisant à pourvoir sa famille, et, petit producteur, échange directement avec ses égaux le produit de son travail.
Conception de petit bourgeois, objectera-t-on de nouveau, et que la révolution elle-même rendait utopique, puisqu’en proclamant la complète liberté d’entreprise, elle ouvrait à la concentration capitaliste une perspective illimitée. Sans doute ! Mais elle concordait avec les souhaits du journalier agricole ou de l’ouvrier citadin et, à l’époque, les conditions ordinaires de la production ne repoussaient pas au rang des chimères l’espoir que la République démocratique, par son intervention, aiderait à la réaliser.
Un humanisme anime le dessein démocratique : il s’agit d’améliorer le sort de l’homme. Mais ce n’est pas l’intérêt seul qui l’engendre et qui l’entretient : il doit bien plus à la « vertu », c’est-à-dire au patriotisme sous sa forme généreuse et pure : « L’âme de la République, c’est la vertu, c’est l’amour de la patrie, le dévouement magnanime qui confond tous les intérêts dans l’intérêt général. Les ennemis de la République, ce sont les lâches égoïstes, ce sont les ambitieux et les corrompus. » Cette vertu civique, il ne la séparait pas de la vertu privée, et ainsi, comme chez Rousseau, le sentiment moral s’unit intimement au penchant démocratique. Tous deux sont de préférence l’apanage du citoyen que Robespierre appelle le pauvre, qui vit de son travail, échappe à la misère qui dégrade l’homme et à la richesse qui le détache de ses semblables et l’incline à l’indifférence à l’égard de la communauté s’il n’en est pas le maître. En ce sens, il existe des conditions sociales de la vertu civique et privée ; la démocratie, en les améliorant, favorisera le progrès moral et rehaussera ainsi la dignité de l’homme ; encore faut-il pour que la démocratie naisse, vive et prospère, que la vertu déjà soutienne ses initiateurs.
Une démarche dialectique se manifeste aussi quand on approfondit la pensée de Robespierre, et, impossible de s’y tromper, c’est son spiritualisme qui l’engendre. Comme la plupart de ses contemporains, l’éducation du collège ne lui avait valu aucune imprégnation de la culture scientifique ; l’intuition sentimentale qu’il tenait de Rousseau, lui rendait odieux le sensualisme de Locke et de Condillac, suspect l’intellectualisme cartésien, répugnants les philosophes que nous tenons pour matérialistes, particulièrement Helvétius dont il fit briser le buste aux Jacobins.
S’il ne désespère pas de l’homme, c’est qu’il le dote d’une âme que l’Etre suprême ou la nature a rendue capable de vertu. L’aboutissement de la démocratie est donc pour lui une flamme spirituelle qu’entretient la croyance religieuse. On a soutenu qu’il demeurait catholique : ce n’est pas exact ; car, dès le collège, il cessa de pratiquer ; on a représenté aussi qu’en instituant le culte de l’Etre suprême, il agit non par conviction personnelle, mais en homme d’Etat, soucieux d’offrir au peuple un succédané, qui ménageât ses habitudes et de consolider le prestige de la morale ; de fait, le pragmatisme de Robespierre ne peut se contester ; il s’exprime de manière frappante dans son rapport du 18 floréal (7 mai 1794) : « Aux yeux du législateur, tout ce qui est utile au monde et bon dans la pratique est la vérité … L’idée de l’Etre suprême et de l’immortalité de l’âme est un rappel continuel à la justice : elle est donc sociale et républicaine. »
Mais la déclaration de Robespierre aux Jacobins, le 26 mars 1792, ne laisse nonobstant aucun doute : si sa philosophie manquait de rigueur, comme il le reconnaît lui-même, il croyait à l’existence d’un dieu transcendant, d’une âme individuelle et d’une rémunération dans la vie future : « Invoquer le nom de la Providence et émettre une idée de l’Etre éternel qui influe essentiellement sur les destins des nations, qui me paraît à moi veiller d’une manière toute particulière sur la Révolution française, n’est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon cœur, un sentiment qui m’est nécessaire. Et comment ne me serait-il pas nécessaire à moi qui, livré dans l’Assemblée constituante à toutes les passions, à toutes les viles intrigues, et environné de tant d’ennemis nombreux, me suis soutenu seul avec mon âme ? Comment aurai-je pu soutenir des travaux qui sont au-dessus de la force humaine, si je n’avais point élevé mon âme à Dieu ? Sans trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m’a bien dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir le peuple. »
Jaurès a vivement ressenti la profondeur de la sympathie humaine qui inclinait Robespierre dans le même sens : un pessimisme qu’il tenait évidemment de son tempérament, ne lui permettait pas d’espérer que le progrès social pût jamais éliminer le malheur de l’existence individuelle, et il n’en était que plus attaché au sentiment religieux comme la seule consolation qu’il pût offrir aux victimes de la nature et du hasard […] De ce pessimisme, Robespierre n’en exemptait pas sa propre destinée : il ne comptait pas qu’on lui saurait gré de son dévouement à la Révolution et à la démocratie ; bien des fois, il laissa entrevoir qu’au contraire, il s’attendait au pire. Le 12 décembre 1791, il disait : « La guerre donne lieu à des terreurs, à des dangers, à des trahisons, à des pertes. Le peuple se lasse : On calomnie l’Assemblée nationale si elle est sévère, on lui attribue les malheurs de la guerre » ; et le 28 décembre 1792, plus sombre encore, il s’écrie : « La vertu a toujours été en minorité sur la terre. » Comme on l’a vu attester le 26 mars 1792, il trouvait dans sa croyance le rempart de son courage.
[…]

A Saintes, fin 2007, le MRC prend la décision de rejoindre le PRG sur la liste "Saintes Citoyenne 2008", dans une démarche d'ancrage à gauche et de rassemblement, et avec la volonté de "participer au modelage d'une ville moderne, attractive, qui réponde au plus près aux besoins des citoyens".

En ligne, au sein d'une présentation des candidats de la liste, sur le site "Saintes ma ville/journal des municipales 2008" (27 novembre 2007).

En 2003, un rapport du Conseil d'Etat constatait : 
"Le statut de la fonction publique a permis que se constitue en France une fonction publique intègre, professionnelle et impartiale, aussi bien au service de l'Etat que des collectivités territoriales et des établissements publics".

Le statut du fonctionnaire est à la fois, pour lui-même, une contrainte et une protection.
Le statut est une contrainte, puisque le fonctionnaire s'engage pleinement et exclusivement au service de l'Etat (il ne peut pas exercer un autre emploi en même temps que celui de fonctionnaire), qu'il doit accepter des mutations géographiques, et se contenter d'une grille de rémunération inférieure à celle du privé.

Mais le statut est aussi une protection, qui rend le fonctionnaire indépendant du pouvoir politique. D'abord, le fonctionnaire est recruté par concours, ce qui limite les phénomènes de clientélisme ou de cooptation; ensuite le fonctionnaire détient en propre son grade, lequel est distinct de son poste; mais encore l'Etat doit donner un poste au fonctionnaire qu'il a recruté, et si ce poste n'existe temporairement plus, l'Etat doit maintenir son traitement dans l'attente d'une affectation. Ces deux dernières dispositions visent clairement à empêcher que l'administration puisse supprimer un poste pour se débarrasser d'un fonctionnaire. Certes, le fonctionnaire encoure toujours le risque d'être muté, mais il ne sera pas du jour au lendemaine sans ressources. 
Or, il faut insister sur ce point, ces garanties ne sont pas là pour le bien-être personnel du fonctionnaire, mais bien pour que le fonctionnaire soit en mesure d'être indépendant du pouvoir politique d'une part, et de sa hiérarchie locale d'autre part. Cette indépendance garantit in fine
l'impartialité du fonctionnaire vis-à-vis des citoyens.
Il est donc important de mobiliser les citoyens pour la préservation du statut du fonctionnaire, et pour éviter que ne s'y substituent des contrats. Car, les employés du privé le savent bien, un contrat peut être rompu; un employé recruté par contrat peut être licencié, et en particulier s'il s'oppose - à un moment ou à un autre - à sa hiérarchie. 
On voit clairement que des fonctionnaires recrutés par contrat tomberaient irrémédiablement sous la coupe du politique, et devraient changer de comportement en fonction des alternances, ou pire encore favoriser ou défavoriser telle ou telle catégorie de citoyens ou tel ou tel individu en fonction des consignes qui leur seraient transmises  !
Pour citer Anicet LE PORS, ancien ministre de la Fonction publique, la conception française de la fonction publique repose sur "l'égalité, l'indépendance, la responsabilité. Ainsi, le fonctionnaire, citoyen à part entière, n'est pas un sujet du pouvoir politique, ni de l'administration, mais assume une responsabilité importante car il sert l'intérêt général." (Revue Pour, n°124, novembre 2007, p. 21).

Pourquoi nous propose-ton un service minimum dans les transports ?

Il y a bien l'argument-massue avancé par les promoteurs de la mesure : selon Matignon, "il n'y a pas de sujet interdit quand il s'agit de rendre le meilleur service aux usagers".
En réalité, comme le montre aujourd'hui l'incident de la rame de métro survenu sur la ligne 13, la plupart des retards ou annulations de service dans les transports publics sont liés non pas à des faits de grève mais à des problèmes de matériel, ou bien encore à des comportements incorrects d'une minorité de voyageurs (qui tirent les alarmes ou dégradent les rames ou les bus). Pour les premiers types d'incident, et en restant en région parisienne, il y a peu encore, les trains assurant à partir de la gare de l'Est la liaison avec Provins avaient la facheuse habitude de tomber en rade de bon matin : résultat, les passagers devaient parfois attendre plus d'une heure qu'un autre train soit disponible. Sur la ligne Bus du 393, ce sont les bus roulant au gaz qui refusent bien souvent de repartir après un arrêt ! Pour le second type d'incidents, ceux qui fréquentent, par exemple, la ligne de RER allant à Roissy-en-Brie savent bien que "certains"  (des élèves ou d'autres jeunes voulant embêter des élèves) prenant le train tirent fréquemment le signal d'alarme juste avant d'arriver à la station desservant un lycée, simplement pour que tout le monde soit en retard au premier cours du matin ... plus grave : sur la ligne du bus 182, à Vitry sur Seine, à la fin des années 90, les "incidents" étaient devenus tant fréquents que les chauffeurs ne souhaitaient plus desservir certains arrêts. Pour parler du train : évoquons les ruptures de caténaires sur les lignes TGV, les portions de lignes sur lesquelles la vitesse est limitée parce que les rails sont trop vétustes, le manque de personnel à bord des trains (parfois un seul contrôleur dans un train corail pour assurer la sécurité), etc., etc. ! Bref, arrêtons là une liste qui pourrait être longue ! Pour avoir fréquenté pendant 20 ans les transports parisiens (occasionnellement d'abord, puis quotidiennement de 1988 à 2004, avec juste une coupure pour cause de service national), pour avoir pris le train assidûment pendant plusieurs années sur des trajets Paris-Province (Paris-Blois, Paris-Tours, Paris-Saint-Maixent-L'Ecole en particulier), je peux témoigner que la plupart des annulations ou des retards sont bien liés à ce qu'on appelle de manière générique des "incidents" !
Mais, parlons statistiques : Bernard Thibault le précise, sans que la SNCF ni la RATP n'y trouvent à redire, «90% des perturbations dans les transports n'ont rien à voir avec la grève (et) sont le plus souvent liées à des incidents techniques» (source : 20 minutes, 18/07/2007) ! Par conséquent, dans les transports publics, les retards ou annulation pour faits de grève sont ultra-minoritaires. Ajoutons encore, que les paralysies totales des transports, même en cas de grève, sont l'exception ! De fait, et sans qu'il n'y ait besoin d'une loi, il y a toujours un minimum de trains, de métros, de bus qui circulent ...

Les promoteurs du service minimum travaillent sur des représentations, sur des préjugés, pas sur des faits. Ce service minimum n'est en fait qu'un prétexte qui masque un objectif bien réel : réduire autant que possible le droit de grève. C'est ce sur quoi insiste le communiqué de convergences-service public "Avec le projet sur le service minimum, voulu aujourd'hui dans les transports, évoqué pour demain dans l'éducation nationale et pourquoi pas ensuite étendu à l'ensemble du salariat, une attaque décisive contre le droit de grève est déclenchée."
En effet, lorsqu'une mesure constitue une régression sociale, et que la direction d'une entreprise publique ou un gouvernement ne souhaite pas négocier, la grève est le dernier recours possible. Or, c'est la multiplication de ces mesures de régression sociale qui a été à l'origine de plusieurs grèves importantes depuis 1995. Par le service minimum obligatoire, l'objectif est de pouvoir continuer la politique de régression sociale, mais en ne laissant plus aux salariés la possibilité de faire grève de manière efficace.
Une grève qui ne serait pas gênante pour les usagers - c'est malheureux à dire - ne sera pas prise en compte par le gouvernement ! Les salariés perdront des journées de salaire, mais puisque le service continuera à être rendu de manière plus ou moins convenable, il n'y aura plus de pression suffisante sur les décideurs. Les salariés s'épuiseront dans des mouvements qui ne déboucheront plus sur rien.
Les usagers seront peut-être satisfaits de ne pas avoir été gênés par la grève, mais sauront-ils ce qu'en fait ils auront perdu en sécurité, en qualité de service - et sur le long terme ! - parce que les salariés n'auront pas été en mesure de s'opposer à de mauvaises mesures ?

 

Un nouvel exemple concret illustre bien le fait que la libéralisation d'un service auparavant rendu par un monopole public conduit à une augmentation considérable des prix. Il s'agit en l'espèce du tarif des renseignements téléphoniques. La consultation du "12" coûtait 0,90€ en novembre 2005. Aujourd'hui, la consultation des numéros "118", qui ont succédé au "12" est facturée au minimum 1,20€. Soit une augmentation de plus de 30% ! Pour l'UFC-Que Choisir, "Le consommateur paie pour les centaines de millions d'euros que les nouveaux venus ont dépensé en publicité pour se faire connaître". (source : Le Monde, daté 19 juillet 2007, citation reproduite moins une faute d'orthographe !). En fait, le numéro qui reste le moins onéreux correspond au service héritier du "12", désormais accessible par le "118 711". Pourquoi est-il encore le moins cher ? Parce que ses tarifs sont encadrés du fait de la mission de service public que doit assumer France Telecom !

Conclusion : pour que le citoyen paye moins cher un service d'utilité publique, il faut revenir à un monopole public ! Et ce qui est vrai pour le téléphone est vrai pour le gaz, pour l'électricité, pour le courrier, etc.

Serge MAUPOUET

Cet article a été repris dans la lettre UFAL FLASH n° 25, du 17 juillet 2007.

Consternant !
Voilà le mot qui nous vient immédiatement à l'esprit. Consternant mais pas surprenant, car voici plus d'un an que cela était visiblement en préparation, à coup de changement de mode d'administration du vaccin, de congrès médicaux préparant les pédiatres à assouplir leur position, de conseils aux familles disant que ce n'était plus vraiment nécessaire de vacciner, etc.
Nous avions d'ailleurs informé par lettre le journal régional Sud-Ouest de ce qui se passait en Saintonge, et nous avions alors eu la confirmation orale, en nous rendant à l'accueil du journal - pour savoir si notre courrier était bien parvenu à destination - que ce que nous décelions à notre modeste niveau était véridique à plus grande échelle. Confirmation encore lorsque, contactant des amis qui résident en Alsace, ils nous avaient indiqué que là-bas, aussi, on commençait à expliquer aux familles qu'il n'était plus si nécessaire de vacciner !
"On" préparait le terrain ... Malgré le positionnement de l'Institut Pasteur - que nous avions alors fait contacter par une personne du corps médical afin d'être sûr qu'il recommandait toujours, lui, la vaccination - , malgré le positionnement clair de l'Académie nationale de médecine "Les risques accrus de tuberculose exigent de maintenir la vaccination autrement [à cause de la disparition du Monovax et du nécessaire recours à la vaccination intradermique]" (Le Monde daté 12 octobre 2005), malgré l'avis du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) préconisant "la plus grande prudence dans la démarche de suppression de la vaccination généralisée par le BCG" car "les conditions ne sont pas actuellement réunies" (Le Monde, daté 8 juillet 2006), malgré l'avis du Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF) considèrant encore en juillet 2006 que, la vaccination doit être administrée « dans les premières semaines de la vie chez les enfants à risque élevé et, lorsque cela est possible, retardée au-delà de l'âge de 6 mois chez les enfants à faible risque [toujours à cause du retrait du Monovax et du nécessairement recours à l'intradermique]", tout en restant clairement obligatoire pour l'entrée en collectivité." (Le Monde). "On" préparait le terrain ... D'ailleurs, le CSHPF esquissait déjà une évolution, puisqu'il se déclarait favorable à  une protection spécifique sur les populations les plus à risque dans l'avenir. Comme nous le montrons ci-dessous, tout le monde est à risque avec la tuberculose !
En fait, l'évolution, en France, était en cours depuis 2003 : un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH, 18 mars 2003), édité par le ministère de la santé et l'Institut de veille sanitaire, envisageait alors « l'abandon de la vaccination généralisée » par le BCG. L'auteur - le professeur Elisabeth Bouvet, du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat-Claude Bernard (Paris) - soulignait les « coûts considérables engendrés par la vaccination » obligatoire.
Jeudi 21 décembre 2007, la menace avait pris une forme plus concrète, avec la parution du rapport de la société française de santé publique (SFSP) préconisant de lever l'obligation de vacciner les enfants par le BCG (bacile Calmette-Guérin).
Et voilà, aujourd'hui, en pleines vacances d'été, bien sûr, la décision tombe. Mme Bachelot, ministre de la santé, annonce que le vaccin du BCG ne sera plus obligatoire, mais sera ciblé sur les populations à risque (entendu aujourd'hui sur France Info, mais déjà distillé la veille sur TF1 par PPDA, confirmé par Le Monde daté 12 juillet 2007). Consternant !
Consternant, car pour la tuberculose, il n'y a pas de population à risque : n'importe qui, n'importe où, n'importe quand, s'il n'est pas vacciné correctement, peut être en contact avec le bacille de Koch véhiculant la maladie et donc tomber malade. A l'école, dans le métro, en faisant ses courses, etc.
Tout le monde, tout un chacun est donc à risque ! Riche(s), pauvre(s), classe(s) moyenne(s), la tuberculose peut frapper toutes les couches de la société.
Si nous en sommes arrivés là, à cette décision qui déclasse le BCG des vaccinations obligatoires, c'est que nos dernières générations de médecins ont "oublié" ce qu'était la tuberculose, et pensent que la France n'est plus affectée que de manière tellement résiduelle qu'on peut baisser la garde. C'est aussi parce que ces mêmes générations de médecins ne maîtrisent pas bien la technique de la vaccination intradermique, qui est désormais la seule technique possible pour administrer le vaccin ! Plutôt que de former les médecins à cette technique - qui est très bien maîtrisée par les infirmières car elles connaissent précisément le geste à accomplir - on préfère ne plus vacciner !
Or la tuberculose a été et peut redevenir ici, en France, une maladie faisant des ravages : au début du XXe siècle, un décès sur huit, en France, était dû à la tuberculose. Oui, vous avez bien lu : un décès sur huit ! C'est aussi qu'on cherche à faire des économies de bouts de chandelles. Une vaccination en moins à rembourser. Oui, mais quel coût pour la collectivité si l'épidémie de tuberculose reprenait ! Surtout lorsqu'on sait qu'aujourd'hui le bacille est devenu plus résistant qu'hier aux antibiotiques (voir là aussi des articles récents du journal Le Monde), et que les nouveaux traitements ou vaccins promis mettront une dizaine d'années encore avant d'être au point (toujours cf. Le Monde) !
Nous reprenons ici un slogan d'une affiche de sensibilisation à la lutte contre la tuberculose, datée du début du XXe siècle : "La tuberculose est un péril national. La combattre est un devoir patriotique." Aujourd'hui, pour faire des économies, pour équilibrer les comptes de la sécurité sociale, pour éviter d'avoir à (re)former les médecins, et parce qu'on considère à tort que la tuberculose ne concerne que certains types de populations (en clair : les exclus, les marginaux, les migrants, les plus pauvres), on cesse de vacciner systématiquement contre la tuberculose. Alors, nous le crions aussi fort que possible : c'est consternant, c'est ridicule, c'est anti-patriotique (pour reprendre le slogan ci-dessus) et on le regrettera bientôt.
En effet, chaque année des cas de tuberculose sont toujours relevés en France. 5 374 cas en 2005 (source : Le Monde daté 12 juillet 2007). Chaque année des groupes scolaires sont touchés. Début décembre 2000, par exemple, une élève de terminale du lycée parisien Jules-Ferry avait été hospitalisée pour une tuberculose pulmonaire à un stade avancé (Le Monde, daté 29 décembre 2000). Mais ce n'est pas un cas isolé. Chaque année des jeunes garçons, des jeunes filles, qui n'étaient pas particulièrement à risque, contractent la maladie. Et ce alors que jusqu'ici on vaccinait massivement ! Alors, qu'est-ce que cela sera dès qu'on aura cessé de protéger systématiquement nos jeunes et que des générations entières ne seront plus couvertes ?

Serge MAUPOUET

Comment obtenir une eau du robinet de meilleure qualité et moins chère ? Par la mise en place de régies municipales ou départementales de l’eau. Pourquoi ? Parce qu’un régie municipale ou départementale dispose des mêmes compétences qu’une entreprise privée, mais qu’elle poursuit un but différent : rendre un service au public dans l’intérêt du public, et non pas vendre un service à des clients dans l’intérêt des actionnaires.

Il s’ensuit qu’une régie municipale ou départementale offre forcément un service de meilleure qualité pour un coût moindre : en effet, elle ne cherche pas à dégager des profits, mais simplement à équilibrer ses comptes d’une part et à dégager la marge nécessaire aux investissements futurs d’autre part. L’entreprise privée doit, elle équilibrer ses comptes, dégager la marge nécessaire aux investissements futurs, mais en plus dégager une marge bénéficiaire nette correspond aux profits escomptés. Or, depuis la présence parmi l’actionnariat des grandes entreprises françaises de fonds de pensions états-uniens, l’habitude a été prise de prévoir des marges bénéficiaires nettes d’environ 10 %.

Il en découle logiquement que lorsqu’une mairie délègue son service de l’eau à une entreprise privée, cela coûte au moins 10% de plus aux citoyens consommateurs que si elle avait délégué ce même service à une régie municipale. Une preuve ? Selon Sud-Ouest du samedi 2 juillet 2005 : « les opérateurs privés sont plus chers que les régies publiques (+ 0,65 € du mètre cube en moyenne, soit pour être plus partant + 4,26 francs). Rapportez vous-même ce coût supplémentaire sur le prix moyen d’1 mètre cube en 2004 : 2,91 € et vous constaterez aisément que les compagnies privées facturent dans les faits environ 20% plus cher !

En outre, pour maintenir sa marge bénéficiaire nette, en cas d’imprévus, l’entreprise privée est naturellement tentée de rogner sur les investissements nécessaires à l’entretien. En effet, elle doit préserver chaque année sa marge d’environ 10%, sinon les fonds de pension risquent de vendre massivement leur participation et de faire chuter le cours des actions de la firme. La régie municipale, elle, n’a pas d’actionnaires à satisfaire ; elle doit simplement rendre des comptes aux citoyens ou à leurs représentants. Si des investissements sont indispensables au maintien du réseau et à la sécurité des citoyens consommateurs, elle fera naturellement passer l’intérêt général avant le sien propre et mettra en œuvre le montage financier nécessaire pour réaliser ce qui doit l’être.

Voilà pour la théorie. Mais qu’en est-il dans la pratique ? Hé bien, la pratique confirme généralement la théorie. Depuis une vingtaine d’année, lorsque la droite accédait à la gestion des affaires municipales, la mode était de supprimer des régies pour les remplacer par des concessions aux entreprises privées. L’argument invoqué était de transférer des charges supportées par les municipalités aux compagnies privées. Faux argument, puisque la charge est en réalité au final transférée sur l’usager : ce que le consommateur ne donne plus à la commune, il le paye à la société privée, majoré du bénéfice qu’elle prend au passage ! Résultat ? En quinze ans, le prix de l’eau a doublé !

Les compagnies privées se dédouanent de cette hausse en affirmant qu’elles ont dû investir pour rendre l’eau distribuée conforme aux normes sanitaires de consommation. Qu’en est-il vraiment ? Prenons en exemple le respect de la directive européenne (CE 98-83), qui définit les critères de qualité des eaux destinées à la consommation humaine. Elle prévoit un abaissement de la valeur paramétrique à moins de dix microgrammes de plomb par litre avant 2013. Cela nécessite de remplacer les branchements – du compteur de l’usager jusqu’à la canalisation principale – en plomb par du polyéthylène. A Saintes, une compagnie privée détient la concession de l’eau : elle entreprend les travaux de remplacement des branchements en plomb, mais prévoit d’étaler ceux-ci jusqu’à la dernière limite, en 2013 ! Conclusion : la compagnie améliore le réseau uniquement si la loi lui en impose la contrainte, et encore prend-elle le maximum du temps imparti pour le faire. Or, respecter dans les délais les plus courts la norme serait préférable pour la santé des consommateurs. Ajoutons que la qualité de l’eau délivrée par cette compagnie privée n’est pas entièrement conforme à la réglementation : des pesticides s’y trouvent en trop grande proportion. Preuve encore meilleure des mérites d’une régie : même des mairies détenues par la droite et ayant concédé la gestion du réseau à une compagnie privée envisagent de revenir à une régie municipale ! Ainsi à Périgueux. L’eau est en concession depuis 1986, mais le maire Jean-Paul Daudou (UMP) étudie un retour en régie de l’assainissement parce qu’il pense que les investissements seraient réalisés plus régulièrement et pour un coût moindre. Il a en effet constaté que le concessionnaire privé n’investissait pas, et que la commune devait se substituer à lui ! Autant revenir à une régie qui investit réellement et ne prélève pas de profits : au final, c’est moins onéreux.

Mais encore, le prix de l’eau délivrée par une régie est-il réellement plus avantageux ? Daniel Lozano, conseiller municipal délégué à la régie des eaux de Bayonne le confirme à Sud-Ouest (samedi 2 juillet 2005) : « Nous n’avons aucune raison d’abandonner notre régie : si ce fonctionnement nous permet de fournir un service de qualité à un prix inférieur à celui des communes voisines, c’est aussi parce qu’une collectivité locale n’a pas vocation à faire de bénéfices, contrairement à une entreprise. »

Défendre et promouvoir le service public sous toutes ses formes, y compris les régies municipales en charge de l’eau, c’est donc l’intérêt bien compris du citoyen consommateur.

Serge MAUPOUET

 

Les délocalisations industrielles alimentent périodiquement le débat politique français. Ainsi, M. Laurent Fabius, depuis 2005, a plusieurs fois pris appui sur des délocalisations en cours pour prôner des mesures de protection afin de retenir l’activité en France. Le problème, c’est qu’il n’est pas crédible : comment un ancien ministre de l’Economie ayant servi la cause des marchés financiers et du grand patronat – par exemple avec l’introduction de l’Euro – peut-il désormais proposer des mesures antilibérales, ou des mesures protectionnistes antidélocalisations ?

Pour autant, le diagnostic de M. Fabius est juste : les délocalisations ont fait et vont faire encore beaucoup de mal. Seulement, d’une part il fallait penser à la probabilité d’une telle vague de délocalisations avant de faire entrer la Pologne , les pays baltes, et encore la Roumanie dans l’Union, et d’autre part, il fallait agir – en étant au pouvoir jusqu’en 2002 – pour freiner les délocalisations industrielles déjà en cours vers le Maghreb, la Turquie ou l’Asie orientale. Une telle réflexion n’a pas été conduite, ou bien les conséquences de ces phénomènes ont alors été considérées comme négligeables par les ténors du parti socialiste. L’argument majeur de ceux qui ne souhaitent pas freiner les délocalisations est que le mouvement est inéluctable, qu’il ne concernera que les secteurs les plus basiques, tandis que l’avance technologique des grands pays industrialisés leur permettra de garder sur leur territoire les activités à plus forte valeur ajoutée.

En fait, ce qui est nouveau n’est donc pas le phénomène « délocalisation » en lui-même, mais l’accélération, la mondialisation et les conséquences du processus. En effet, d’une part des pans entiers de l’économie française tombent en lambeau (l’industrie a été la première touchée, mais les services sont désormais menacés), d’autre part la Chine populaire est depuis 2004 économiquement plus puissante que la France , achète des entreprises françaises (branche téléviseurs de Thomson majoritairement passée sous contrôle chinois), et commence même à rivaliser avec les Etats-Unis dans le domaine informatique (achat des activités PC d’IBM par un géant chinois), enfin l’Inde qui a basé une partie de sa croissance sur l’accueil d’activités délocalisées a développé des entreprises suffisamment puissantes et fait surgir des fortunes suffisamment grandes pour qu’elles puissent s’offrir des fleurons de l’industrie française (prise de contrôle d’Arcelor par Mittal en 2006). Ce n’est qu’un début.

En réalité, les firmes transnationales occidentales – dont les françaises – scient elles-mêmes la branche qui les soutient : en délocalisant massivement en Chine populaire ou en Inde, en y transférant massivement des activités, elles permettent un développement exponentiel de firmes chinoises ou indiennes qui se cantonnent d’abord à un rôle de sous-traitance, mais deviennent ensuite des concurrentes puis des prédatrices ! Le scénario a fonctionné sans conséquences trop graves pour les firmes occidentales à Taiwan ou en Corée du Sud, mais il y a un vrai risque d’emballement avec la Chine ou l’Inde qui sont des Etats d’une autre ampleur : ces puissances disposent de dirigeants habiles, de cadres bien formés, d’habitants prêts au travail et d’une main d’œuvre inépuisable. Ce cumul est peut-être encore plus dangereux pour l’avenir que la simple perte des emplois en Europe. Trivialement, la Chine , devenue première puissance économique mondiale devant les Etats-Unis dans un délai de quinze ans, consentira-t-elle à laisser simplement des miettes du gâteau aux firmes européennes ou françaises dès lors qu’elle contrôlera la cuisine ? L’Inde n’est pas encore aussi avancée que la Chine , et on parle moins d’elle en France car les délocalisations qui s’y produisent viennent surtout des pays anglo-saxons, mais il faudrait quand même considérer avec sérieux ses capacités, en particulier parce qu’elle prendra peut-être le relais du géant chinois lorsque les conditions de production y seront devenues moins attractives par la conséquence du développement économique en cours.

Signalons enfin qu’il est souhaitable que de l’industrie ou des activités de services se créent dans les pays du Sud qui en ont cruellement besoin pour trouver à employer leur main-d’œuvre et afin de soutenir d’abord leur développement économique et d’offrir ensuite des conditions de vie acceptables à l’ensemble de leur population. Mais on ne peut admettre que cela se produise sans qu’un minimum de protection sociale ou environnementale ne soit mise en place, c’est-à-dire que le dumping social ou environnemental utilisé là-bas pour attirer les investisseurs étrangers ait pour conséquence directe la suppression d’emplois ici et la remise en cause de notre propre modèle social. La solution du problème réside dans un développement économique régit par un minimum de garanties sociales (durée hebdomadaire du travail, salaires, congés, assurances sociales, etc.)  et environnementales qui pourrait être défini par les organisations internationales ou mondiales (ONU, OMC) et applicable dans tous les pays en développement. En attendant une telle définition, il n’est pas absurde de vouloir protéger notre système social en freinant des délocalisations qui détruisent des emplois ici en apportant seulement du travail là-bas, mais rien d’autre : ni protection sociale, ni amélioration généralisée du niveau de vie.

Le débat actuel concernant les délocalisations porte essentiellement sur trois secteurs : le textile, les centraux téléphoniques, la contrefaçon (une manière de délocalisation clandestine, mais qui revient à fabriquer des produits d’aspect identiques à ceux de grandes marques mondiales dans des pays émergents). D’autres secteurs sont touchés, mais ne font pas la « une » des médias : les équipements du foyer, les équipements électriques et électroniques, les composants électroniques pour l’industrie, le back-office bancaire et l’informatique ou l’ingénierie pour les services.

Posons-nous une question simple : quelle est l’ampleur du mouvement de délocalisation en France ?

Nota bene : Les éléments donnés ci-dessous permettent de se faire une idée de la situation début 2006. Une année a passé, mais nous ne disposons pas encore des données nécessaires pour actualiser ce qui suit : nous le ferons dès qu’une nouvelle étude nous sera parvenue. Néanmoins, le tableau dressé ci-dessous est suffisamment éloquent, et la tendance suffisamment nette, pour que le constat dressé reste valable.

Selon l’Observatoire Français des conjonctures économiques, 650 000 emplois ont été délocalisés de France vers l’étranger depuis 20 ans ; et d’après l’Analyse mensuelle de la situation économique réalisée par la Société Générale , et datée de juin 2005, 6 000 emplois industriels ont encore été détruits au premier trimestre de l’année citée. Si l’on effectue une comparaison avec des estimations publiées pour le Royaume-Uni et qui projettent 700 000 emplois (rapport Désindustrialisation, délocalisations, La Documentation française, 2005) encore à délocaliser à terme, on peut avancer que la France peut elle aussi encore perdre autant d’emplois par délocalisation dans le futur proche qu’elle n’en à perdu dans les 20 dernières années.

Quelle est la situation dans le domaine du textile ?

De nombreux pays en voie de développement ont créé une industrie textile en profitant de leur avantage comparatif en termes de main-d'œuvre. Ils se sont d’abord tournés vers le secteur de l'habillement, qui nécessite des investissements initiaux modérés. Puis ils ont investi dans le secteur du textile (fils, tissus, etc.) en suivant une stratégie de remontée de filière. Les pays industrialisés sont désormais sinistrés dans deux secteurs : l’habillement et le textile.

Les pays industrialisés, en effet, sont confrontés depuis le 1er janvier 2005 à la levée des quotas d'importation et des tarifs douaniers. Au sein de l'Union européenne, les produits textiles du tiers monde ne pouvaient dépasser en 2003 le seuil de 18 % du volume de celui de la zone sous peine de payer une forte surtaxe. Mais les accords de Marrakech en avril 1994, conclus sous l'égide de l'OMC ont prévu un cadre spécifique de déréglementation appelé Accords multi-fibres (AMF) qui a prévu une totale libéralisation à l’échéance de la décennie suivante. Et en effet, depuis le début de l’année le marché des pays occidentaux a été inondé de produits textiles en particulier chinois. Car la Chine devient l’usine textile du monde, et ce même aux dépens des autres pays en voie de développement comme le Bangladesh, le Mexique, la Tunisie ou encore le Maroc qui ne peuvent soutenir la concurrence avec elle.

Les pays industrialisés peuvent mettre un œuvre des clauses de sauvegarde prévues par l'OMC et destinées à atténuer les effets brutaux de la libéralisation, lesquelles permettent de limiter à 7,5 % la hausse de ses importations en provenance d'un pays tiers. Les Etats-Unis sont les premiers à avoir déclenché cette procédure dès 2003 auprès de l'OMC, afin de contrer les exportations chinoises sur quelques créneaux bien précis et totalement libéralisés (tissu en mailles, robes de chambre, soutiens-gorge).

Quelle est la situation pour les centres d’appels téléphoniques ?

Le secteur emploie 191 000 salariés en France, en croissance, pour un marché évalué a 1,5 milliard d'euros dont trois acteurs (Teleperformance, Arvato. SNT) se partagent 27 %. Malgré une forte polarisation sur l'Ile-de-Françe (32,6 %), de nombreuses collectivités locales et agents économiques de province utilisent cet essor pour tenter de redynamiser des pôles d emplois en difficultés et reconvertir des friches industrielles : Whirlpool à Amiens, Lu a Calais, Thomson à Angers ... La difficulté réside désormais dans le fait que la concurrence s’étend à des pays du Sud à faible coût de main-d’œuvre, et ce alors que les salaires représentent 65 % des coûts de fonctionnement d’un centre d’appel qui fournit des prestations par  lignes téléphoniques aux grandes entreprises et à leurs clientèles (relation client, facturation, marketing, comptabilité, vente en ligne). Les délocalisations vers les pays a bas salaires des centres d'appels se développent depuis deux ans environ : un client résidant en France peut très bien dialoguer avec une firme française par l’intermédiaire d’un employé d’un sous-traitant au Maroc sans s’en apercevoir. Le client croit appeler un service parisien, en réalité il dialogue avec Rabat ! La France échappe encore partiellement à des délocalisations massives dans le secteur grâce à la faible compétitivité de l'offre ou à l'instabilité géopolitique des pays du Sud francophones (risque islamiste au Maroc, coups d’Etats fréquents en Afrique noire). Néanmoins, le câblo-opérateur Noos confie un tiers de son activité support client à Multilingues Conseil implanté en Tunisie.

Après la mode des délocalisations, y aura-t-il des relocalisations ?

Certaines expériences de délocalisation de centraux téléphoniques au Maghreb, comme pour les Taxis bleus, s'avèrent des échecs patents et obligent aux rapatriements des opérations en France métropolitaine

Quelles solutions ? 

D’abord, mettre fin à la surévaluation de l’Euro par rapport au dollar, qui provoque un déficit de compétitivité d’environ 30% pour les entreprises localisées en France, par le simple mécanisme de l’effet de change ; ensuite modifier les missions de la Banque Centrale Européenne, afin qu’elle n’établisse plus ses taux directeurs avec pour seul objectif de maintenir une inflation basse, mais aussi au regard des intérêts de l’industrie européenne avec pour optique le maintien en France et en Europe des activités ; mais encore changer de politique commerciale : il faut une préférence commerciale pour les produits européens au sein de l’Union Européenne ; en outre, la France et l’Union Européenne doivent faire pression à l’OMC pour que la clause environnementale soit prise en compte, et que le problème de l’impact des modes de production sur l’environnement soit évoqué aussi dans les pays en développement, qui doivent aussi participer à l’effort de réduction d’émission des gaz à effet de serre : il est sinon trop facile de fermer des unités de production polluantes dans les pays développés pour les rouvrir dans les pays du Sud; enfin, il faut obtenir que le droit du travail soit discuté à l’OMC et que des règles communes garantissant une protection sociale aussi haute que possible soit adoptées, afin que les conditions de production deviennent plus équitables, et que les conditions de travail et de vie s’améliorent dans les pays du Sud.

Aucune de ces actions n’est suffisante seule, mais le cumul de toutes serait un moyen efficace pour mettre un terme aux délocalisations compétitives intempestives qui mettent à genoux notre industrie et notre modèle social.

Serge MAUPOUET

La croissance économique ne profite pas à tous. Le taux de pauvreté ne se réduit plus : on peut considérer que 6,9 millions de personnes sont pauvres en France. En consultant l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (publications de 2000 puis de 2006[1]) ou bien l’Observatoire des inégalités (publication du 17 octobre 2006[2]), on obtient une vision un peu différente de la situation. Comment le note bien le second Observatoire : « Définir la pauvreté est toujours une question de normes, une construction statistique. L’écart entre les seuils de 50 et 60 % [du revenu médian (voir plus bas)] le montre bien : le taux de pauvreté va du simple au double selon que l’on utilise la première ou la seconde définition. » Pour l’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale (publication de 2000), si l'on compare les taux de pauvreté en 1970 et 1996, on constate qu’ils n’ont que légèrement diminués, mais qu'en outre les jeunes sont plus fréquemment pauvres en 1996 qu'en 1970. Pour l’Observatoire des inégalités (publication de 2006), la pauvreté se serait réduite entre 1970 et le milieu des années 1990 avant de ne plus baisser. Toutefois, pour les deux sources (publications les plus récentes des deux Observatoires), il apparaît nettement que depuis 1996  la situation au minimum ne s’améliore plus, sinon même se dégrade : hausse du travail à temps partiel, difficultés accrues pour accéder au marché de l’emploi depuis 2001, augmentation du nombre de travailleurs pauvres, multiplication des familles monoparentales.  

En fait, l’INSEE a fait le constat de la persistance de la pauvreté depuis longtemps. Prenons cette étude sur la pauvreté en région Centre réalisée en 1998 ; la pauvreté y touchait  11% des citadins[3] dans les 14 agglomérations concernées par la politique de la ville et étudiées : Bourges, Vierzon, Chartres, Dreux, Châteauroux, Tours, Orléans, Pithiviers, Châteaudun, Amboise, Blois, Vendôme, Romorantin. Le recensement avait été effectué grâce aux fichiers de la CAF , en excluant les étudiants et les personnes de plus de 65 ans – ce qui est contestable, ces deux catégories étant particulièrement touchées par la pauvreté. Pour avoir une vision complète du phénomène, il aurait été nécessaire d’intégrer ces personnes, au même titre que celles qui se trouvent en situation d’exclusion. Parmi ces populations se placent les sans-abri, les marginaux se livrant à la mendicité, mais aussi ceux qui vivent chaque jour avec des revenus extrêmement faibles. 46 000 ménages vivaient dans ces villes, à la date de l’étude, avec des ressources inférieures au seuil de bas revenu, fixé à 3650 francs par mois et par unité de consommation, soit 3650 francs pour une personne seule, 5475 francs pour un coupe sans enfant, 7665 francs pour un couple avec deux enfants. Au total, cela représentait 100 000 personnes, dont 28 000 enfants de moins de 14 ans et 11% de la population urbaine étudiée. Des disparités régionales très sensibles étaient révélées : la proportion de bas revenus variait du simple au double selon que l’on se situait à Châteaudun, Vendôme ou Romorantin (9%) ou à Dreux (17%). Dans l’intervalle se plaçaient des villes comme Chartres, Tours ou Orléans (10%), ainsi que Bourges, Blois et Montargis (12 à 13%). Les ménages à bas revenus pouvaient constituer un quart de la population des quartiers défavorisés : majoritairement des personnes seules, souvent âgées de moins de 25 ans, ou des familles monoparentales (un tiers de l’ensemble à Chartres ou à Amboise). On trouve surtout des familles nombreuses en difficulté dans les populations étrangères, qui représentent un allocataire sur six. Dernier enseignement, la possession d’un travail ne protégeait déjà plus de la pauvreté. Un tiers des 46000 allocataires à bas revenus étaient des actifs, souvent des personnes travaillant en temps partiel imposé. Un couple avec un seul salaire au niveau du SMIC tombait aussi dans la pauvreté. Le constat était fait que seules alors les allocations permettaient aux familles de bénéficier des services indispensables. Evidemment, les bénéficiaires du RMI ou les actifs au chômage étaient particulièrement touchés par la pauvreté. A ce propos, on peut trouver une carte des bénéficiaires du RMI par départements au 31/12/2002 sur le site du journal Les Echos à l’adresse : http://www.lesechos.fr/regions/atlas/pop.htm?images/0414083i.gif

Avant de terminer, rappelons que la pauvreté est mesurée par rapport au revenu médian. Le revenu médian partage les Français en deux groupes égaux : 50% touchent plus que cette somme, 50% touchent moins que cette somme. Ce revenu médian était égal à 7300 francs par mois en 2000 : chiffre peu élevé, mais permettant de mener une vie correcte. Or, sont considérées comme pauvres les populations qui ont des revenus inférieurs à la moitié du revenu médian, soit 3650 francs par mois à cette date. Aujourd’hui le seuil est fixé à 645 euros (4230 francs environ : on notera au passage l’ampleur de l’impact de l’inflation consécutive au passage du Franc à l’Euro, puisqu’en 4 ans un citoyen qui a augmenté ses revenus de 16% reste toujours pauvre !).  Vivre avec moins de 645 Euros par mois relève de l'exploit dans un pays développé, dominé par la société de consommation et ses tentations incessantes. Pourtant 6,2 % de la population française doit encore se contenter de cela pour vivre. Et si l’on place le seuil non plus à 50%, mais à 60% du revenu médian, alors c’est 11,7 % de la population qui est dans la pauvreté. Par conséquent, les discours sur l'accès aux nouvelles technologies de l'information, à l'Internet pour tous, ou bien les incitations à épargner pour préparer soi-même sa retraite, etc., sont des leurres quand on voit que tant de personnes ont déjà si peu de moyens pour vivre au quotidien et élever leurs enfants dignement.

 


 

 

 

 

 

 

[1] Rapport 2005-2006 disponible à l’adresse : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000163/0000.pdf

[2] Observatoire des inégalités, La pauvreté en France, le 17 octobre 2006, avec comme tête d’article : «  La France compte 3,6 millions de pauvres selon la définition la plus restrictive de la pauvreté... »

[3] « La pauvreté touche 11% des citadins », in La Nouvelle République du Centre-Ouest, édition du Loir-et-Cher, mercredi 28 octobre 1998, reprenant les Indicateurs de l’économie du Centre, revue trimestrielle de l’INSEE Centre, n°23.

Les principes du jacobinisme sont résumés ainsi par J.-P. B. dans l’Encyclopédie française : « Egalité des chances et égalité des jouissances […], liberté du peuple, souverain maître de ses destinées, fraternité des hommes pour la paix et le bonheur universel : c’est un programme en partie utopique, mais le message court, et pour longtemps, sur les lèvres des hommes. » 

 Les Républicains se sont longtemps référés au jacobinisme, ne manquant pas de rappeler l’action des grands ancêtres, et tout particulièrement celle de Robespierre. Sous la IIIe République , le jacobinisme, adapté à l’esprit du temps, était même devenu consensuel. Clemenceau avait définitivement intégré le jacobinisme dans l’héritage national, en affirmant que la Révolution était un tout, un bloc duquel on ne pouvait soustraire tel ou tel épisode. 

Occultant l’œuvre menée pour la création d’un modèle républicain inédit et la mise en place d’une République sociale (droit au travail, droit à l’assistance, meilleure répartition des richesses, etc.) a tendance à réapparaître aujourd’hui une "légende noire" du jacobinisme : ce dernier serait réductible à la Terreur , ou serait encore synonyme de centralisme parisien étouffant la province. Telle n’est pas notre vision ! 

En effet, le citoyen du XXIe siècle devrait prendre le temps de réfléchir sur le constat erroné qu’on lui propose trop souvent, en lui montrant uniquement les excès temporaires d’une politique et non pas ses réalisations positives et durables ! En effet, si le jacobinisme a pu mener vers des attitudes extrêmes, tel n’était pas son projet ; il faut prendre ici en compte les nécessités du moment, le poids de la guerre extérieure et de la contre-révolution à l’intérieur ; il s’agissait pour les jacobins de mettre en œuvre les moyens indispensables à la victoire de la République. 

Le jacobinisme politique a toujours été une lutte pour la liberté du peuple contre la restauration aristocratique (que cette aristocratie soit issue de la naissance ou de la possession des richesses), pour la défense de la République contre les menaces des ennemis de l’intérieur ou de l’extérieur. 

Le centralisme jacobin lui-même est avant tout la prise en compte de la nécessité de bâtir un pays uni, soudé, capable d’affronter les défis, de passer outre les égoïsmes régionaux. Il est respectueux de l'autonomie municipale.

Alors, pourquoi aujourd’hui des attaques renouvelées contre le jacobinisme ? Parce que celui-ci, qui se confond avec l’héritage républicain, s’oppose d’une part à la dérive européiste menant vers une utopique fédération européenne (qui n’est pas désirée par les peuples) et d’autre part à la régionalisation créatrice d’inégalités au sein même du territoire national et permettant à des notables de se tailler des « fiefs » électoraux. 

L’intérêt bien compris des citoyens est donc de renouer avec les valeurs républicaines et jacobines. De retrouver le consensus jacobin de la IIIe République qui a permis à la France de surmonter des pages parmi les plus difficiles de son histoire. Le jacobinisme, c’est la volonté de faire un pays plus uni, plus équitable, plus juste, plus égalitaire, plus libre et conscient de lui-même et donc plus apte à relever les défis du monde actuel.

La "République nouvelle" était destinée, il y a 60 ans, à restaurer le régime républicain après le sinistre intermède du régime de Vichy. Cette république méritait le qualificatif de "nouvelle" car elle instaurait une démocratie économique et sociale jusqu'alors inédite.
Cette nouvelle ambition républicaine était issue de la Résistance, et avait trouvé une traduction concrète dans le programme novateur du CNR (Conseil National de la Résistance ), publié le 15 mars 1944. Du passé, on pouvait et on voulait alors faire table rase. Les élites avaient failli ou trahi. Jean Moulin, de Gaulle, les Quatre-vingts (1) sont restés dans l’histoire parce qu’ils ont été de trop rares exceptions ... 
 Alors, il était possible de faire du neuf et de réaliser enfin ce qui avait été jusque-là une espérance : la justice sociale par des avancées d’une ampleur exceptionnelle. Ce neuf était appelé à durer. Il a constitué notre modèle républicain pendant plus d’un demi-siècle. Ce neuf avait pour nom : suffrage universel masculin et féminin, Sécurité sociale, services publics, comités d’entreprises, retraités généralisées, droit à l’éducation et à la culture, etc. 
 Il faut noter que ce programme révolutionnaire fut réalisé en un temps très court, sans rencontrer d’opposition insurmontable, et dans un contexte financier très difficile. Le pays était en ruine au sortir du Second conflit mondial et les mesures proposées étaient coûteuses pour la collectivité, mais la volonté politique était si forte (2) et la mobilisation des travailleurs si efficace (3) qu’il fut possible de mener de  front reconstruction du pays, création de richesses (4) et mise en place des conquêtes sociales. 
 Aujourd’hui, hélas, des hommes de droite et de gauche consacrent leur travail politique à la destruction systématique de tous les acquis de cette époque. 
 Le prétexte en est double : d’une part le pays serait endetté, d’autre part la mondialisation rendrait inéluctable le sacrifice de ce qui a été bâti hier pour le bénéfice du plus grand nombre. 
 La démonstration précédente montre comment ces arguments sont fallacieux ! Hé quoi ! Au sortir du plus terrible conflit qu’ait connu l’humanité, dans une situation financière désastreuse, les Français ont pu bâtir un modèle économique et social qui a été admiré pendant des décennies, et aujourd’hui alors que le pays vit en paix et qu’il n’a jamais compté autant de contribuables assujettis à l’impôt sur la fortune, il serait impossible de continuer à financer notre modèle républicain, démocratique et social ? 
 Disons-le clairement : nos hommes politiques, de droite et de gauche, qui argumentent sur ce point se moquent des citoyens. 
 Si l’Etat est endetté — à cause d’une absurde politique fiscale, qui permet aux plus aisés d’échapper à la nécessaire solidarité nationale et de subventions données trop largement aux plus grandes entreprises qui les encaissent sans créer pour autant des emplois en France —, la France est riche. La France a les moyens de financer son modèle social, à condition de le vouloir. 
 En outre, nos élites confondent aujourd’hui les dépenses avec les investissements. Les dépenses sociales n’en sont bien souvent pas : en dépensant aujourd’hui de l’argent pour la meilleure santé des citoyens, on réalise en réalité des économies pour demain. Vacciner contre le BCG c’est éviter de devoir soigner des tuberculeux demain. Et si nous prenons cet exemple c’est bien parce que des groupes de pression tentent en ce moment de retirer ce vaccin de la liste de ceux qui sont obligatoires … Ces prétendues dépenses, dans la santé, ou bien encore dans le social, l’éducation, la formation, la recherche, etc. sont donc en réalité des investissements. 
 Quelle est la situation aujourd’hui ? La gratuité de la santé n’est plus assurée : même la consultation d’un généraliste n’est plus entièrement remboursée. Des femmes enceintes sont contraintes de subir des temps de transport extrêmement longs pour accéder à une maternité avec le risque d’accoucher, le grand jour venu, pendant le trajet. Les services des urgences ferment à leur tour, pour ne plus être en fonction que dans les  agglomérations majeures. Les services sociaux se serrent la ceinture ou bien sont réorganisés par pôles comme à l’AP-HP : un service social pour un hôpital entier n’est plus la même chose qu’une assistance sociale dans chaque service. Et ne parlons pas des hôpitaux de province qui n’ont pas d’assistance sociale … ou des établissements scolaires qui bénéficient d’une assistante sociale une demi-journée par semaine pour plus de mille élèves ! Des prestations sociales ont été déléguées au niveau départemental, conduisant à des inégalités de traitement en fonction du lieu de résidence. Il faut parcourir parfois des dizaines de kilomètres pour trouver un bureau de poste qui mérite encore cette appellation. Les trains de nuit ont été supprimés, de nombreuses lignes Corail sont sur le grill, et il faut avoir Internet pour obtenir des prix avantageux : les plus humbles sont donc contraints de payer le train au prix fort ! Avoir un téléphone fixe chez soi est devenu deux fois plus onéreux depuis la privatisation de France Télécom, se chauffer au gaz coûte de plus en plus cher avec la privatisation en cours de Gaz de France, demain ce sera la même chose pour accéder à l’électricité. Etc. 
 Le modèle démocratique français a lui aussi été considérablement éprouvé non seulement par les retouches successives de la Constitution de la Ve République , qui l’ont peu à peu dénaturée, mais encore bien plus par la confiscation du débat politique au profit de certaines élites et des groupes de médias. On l’a bien vu pendant la campagne du référendum sur la Constitution européenne. Les dirigeants des principaux partis, le gouvernement, les médias d’audience nationale ou régionale ont très majoritairement fait campagne pour le oui. 70% du temps de parole a été donné aux défenseurs du oui. Or, c’est le non qui a très majoritairement gagné. Séisme majeur, révélateur de divergences de vues radicales entre le peuple et les élites ! 
 Mais encore, l’alternance systématique droite/gauche à chaque élection nationale montre bien que les élus, depuis vingt ans, ne mènent pas une politique répondant à la volonté populaire. A ce propos, force est de constater que la leçon de 2002 n’a pas été tirée. 
 Un autre projet politique que celui de la régression systématique est possible. Les générations de l’après-guerre ont été capables de relever le défi. Aux générations actuelles de montrer qu’elles sont tout aussi capables de se mobiliser pour construire un avenir meilleur et redonner sens à la fraternité républicaine. 
 Serge MAUPOUET 
 Notes :
 (1) il s’agit des quatre-vingts parlementaires (57 députés et 23 sénateurs) qui, le 10 juillet 1940, ont refusé de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain et se sont ainsi opposés à la disparition du régime républicain.
 (2) en particulier avec la mise en œuvre du plan Monnet et les nationalisations.
 (3) Thorez avait donné la ligne à suivre, à Waziers, le 21 juillet 1945 : « Produire, c’est aujourd’hui la forme la plus élevée du devoir de classe, du devoir des Français ... »  
 (4) Le plein-emploi était assuré, et en 1951, six ans seulement après la fin de la guerre, la production industrielle battait son record historique … qui datait de 1929.
 

 

 

Oui, la laïcité sert à quelque chose ! Nous en sommes convaincus. Pour autant, cette affirmation n’est pas unanimement partagée de nos jours : pour beaucoup de nos concitoyens, la laïcité est un vague objet, un terme obscur, un héritage lointain dont on ne saisit plus ni le sens, ni la pertinence.  

A cause de la volonté actuelle de « moderniser » la société en la rapprochant du modèle anglo-saxon, et ce en rompant si besoin avec certains pans de l’héritage républicain français, mais aussi à cause de la généralisation d’un relativisme culturel ou comportemental, la laïcité a fini  par être perçue par une partie de l’opinion comme étant un obstacle à la liberté individuelle. Les manifestations de 2003 pour la défense du foulard islamique à l’école en sont une preuve, mais les intégristes de tout bord ou les mouvements sectaires n’hésitent pas non plus à se poser en victimes de la laïcité. 

C’est vrai, la laïcité interdit d’adopter certaines attitudes dans le domaine public et à l’école. Mais, c’est justement ce qui empêche d’y faire n’importe quoi ! En effet, la laïcité à la française n’est pas un principe de tolérance absolue, c’est d’une part la séparation entre la sphère publique et la sphère privée, d’autre part des limites raisonnées apportées à l’expression des croyances dans la sphère publique et à l’école, enfin une distinction nette entre le politique et le religieux.  

Alors, à quoi sert la laïcité ? Procédons par oppositions pour répondre, en illustrant par des situations scolaires. 

La laïcité, ce n’est pas une arme de guerre, c’est un instrument de paix. 

La laïcité a constitué, en 1905, une mesure de « défense républicaine » à un moment où la tension entre l'Etat et l'Eglise catholique était à son comble. Mais, plus qu'une arme dirigée contre certaines convictions, c’est un instrument qui permet la coexistence des convictions. C’est par la laïcité dans l’école publique, que les filles et garçons, sans distinction de sexe, d’origine, ou de conviction, accèdent à un enseignement transmettant une culture commune définie par des programmes scolaires nationaux. Brasser les futurs citoyens, leur inculquer les valeurs républicaines, c’est bien œuvrer à maintenir la paix civile. 

La laïcité, ce n’est pas l’affrontement, c’est la concorde. Ce n’est pas le rejet de celui qui a des conceptions différentes, même religieuses, c’est au contraire la fraternité républicaine. 

L’école publique est là pour accueillir tout les enfants ; elle se refuse à distinguer entre filles et garçons, elle se refuse à distinguer entre athées ou agnostiques, entre croyants et non-croyants, ou à distinguer entre croyants. Bien au contraire, l’école publique accepte a priori tous les enfants, sous réserve qu’a posteriori les familles respectent les règles qui régissent l’école. Elle œuvre à la concrétisation du pan de notre devise républicaine le plus délaissé : la fraternité.

La laïcité ce n’est pas la division, c’est pouvoir vivre ensemble. 

A l’école publique, tous les enfants sont scolarisés en même temps dans le même lieu. Ils sont contraints de vivre ensemble : ils n’ont pas le choix ! Chaque enfant apprend ainsi à respecter les autres, quelles que soient les cultures de chacun. C’est cette connaissance de l’altérité, acquise dès le jeune âge, qui permet ensuite aux adultes d’accepter dans la société des cultures différentes, à condition bien sûr que cette société reste unie par un ciment républicain, des valeurs communes, un attachement à la nation, toutes choses transmises aussi par l’école. 

Notons que l’acceptation de la différence ne peut exister sans sa compréhension. C’est pourquoi il est nécessaire de préserver un enseignement de philosophie en classe de Terminale, mais aussi de conserver un enseignement du fait religieux au collège et au lycée. Se priver de l’enseignement de la philosophie conduirait à une perte du sens critique, et se priver de l’enseignement du fait religieux conduirait à une méconnaissance de l’altérité. 

La laïcité, ce n’est pas le respect des communautarismes, c’est l’affirmation d’une identité nationale au-delà des clivages communautaires. 

C’est pourquoi les républicains doivent freiner la multiplication d’établissements à vocation communautaire. L’école publique doit particulièrement refuser que du prosélytisme soit effectué en ses murs. Le problème vient assez peu des professeurs (deux radiations prononcées l’an dernier au plan national), mais il peut venir parfois des parents, en particulier dans les quartiers ghettoïsés. Il faut être vigilant. 

La laïcité, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, ce n’est ni l’interdiction absolue, ni la tolérance absolue, c’est une tolérance raisonnée. 

A l’école, la circulaire Jospin de 1989 avait laissé un cours plus libre à l’expression des convictions religieuses. Le Conseil d’Etat, en 1989, avait en effet interprété la loi et les engagements internationaux de la France dans un sens excluant l’interdiction générale et absolue des signes religieux dans les établissements scolaires. On a vu à quels excès ces positionnements ont mené : les affaires de foulards, le développement de l’absentéisme le samedi matin, mais aussi l’organisation de fêtes dans certains établissements publics, pour célébrer la fin du ramadan, etc. 

M. Jacques Chirac, Président de la République , a finalement recadré la laïcité (une des rares actions positives à porter à son crédit). La loi de 2004 sur la laïcité à l’école a été perçue par certains comme une loi d’exclusion, alors qu'elle réaffirmait en réalité de grand principes. En effet, si elle a finalement conduit à mettre de côté quelques centaines de jeunes gens qui refusaient avec obstination de respecter les principes républicains, elle a par contre libéré des milliers de jeunes filles de l’oppression du communautarisme et de la vigilance exacerbée de certains « grands frères » à l’esprit échauffé par la propagande de l’intégrisme islamique. Ces jeunes filles trouvent désormais un espace de liberté à l’école, lieu où elles peuvent se dévoiler parce que c’est une obligation légale ! Ici, une exclusion marginale a permis une liberté de pensée retrouvée pour le plus grand nombre. Tolérance des signes religieux uniquement discrets, exclusion des signes ostensibles manifestant une volonté de prosélytisme, c’est un retour vers notre tradition laïque ! 

La laïcité ce n’est pas imposer une pensée, c’est permettre le libre examen de toute question à la lumière de la raison. La laïcité, c’est ce qui libère de l’endoctrinement. 

Citons deux passages du Discours au congrès radical de 1903 de Ferdinand Buisson (alors président de la Ligue des Droits de l’Homme).  

"Le premier devoir d’une République est de faire des républicains […] Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain si petit, et si humble qu’il soit, un enfant, un adolescent, une jeune fille ; il faut prendre l’homme le plus inculte, le travailleur le plus accablé par l’excès du travail, et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit, temporel ou spirituel. (Nouveaux applaudissements). […] Il n’y a pas d’éducation libérale là où l’on ne met pas l’intelligence en face d’affirmations diverses, d’opinions contraires, en présence du pour et du contre, en lui disant : Compare et choisis toi-même !"
(Bravos et applaudissements).
 
 

La laïcité ce sont des principes établis démocratiquement par la loi et qui font désormais partie du socle républicain ! En conséquence, être laïque, aujourd’hui comme hier, c’est être républicain. Pour autant, la laïcité à la française, ce n’est pas de l’antireligiosité, mais simplement un anticléricalisme interdisant l’intrusion du religieux en politique. 

La laïcité, c’est une neutralité métaphysique (point de vue de Christian Eyschen, de la Libre Pensée ) ; en France c’est même un athéisme républicain (point de vue de Pierre Chaunu, professeur émérite à l'université Paris-Sorbonne et membre de l'Institut). La République ne reconnaît aucun Dieu. Cet athéisme républicain interdit au président de la République d’évoquer le nom de Dieu en public, ou d’afficher ses convictions religieuses lorsqu’il exerce ses fonctions. Mais cet athéisme républicain n’a rien de commun avec les athéismes soviétiques, cubains ou chinois qui n’hésitaient pas à persécuter les religions. Non, il s’agit d’un athéisme marquant une attitude de neutralité. 

La laïcité à la française, ne peut donc être confondue avec la laïcité à l’anglo-saxonne qui tolère, elle, une certaine immixtion du religieux dans le politique, et qui choisit de respecter également toutes les expressions spirituelles, même intégristes ou sectaires. C’est parce que certains courants de pensée ont voulu rapprocher la conception française de l’anglo-saxonne, que la crise du foulard islamique à l’école a pu voir le jour. C’est aussi un retour vers la laïcité à la française, par la loi, qui a permis d’y mettre un terme ! On voit bien ici que la laïcité réaffirmée a été plus qu’utile ! 

En somme, la laïcité sert avant tout à maintenir la paix dans la société, à assurer la cohésion des citoyens, à permettre de former les futurs citoyens dans des établissements scolaires publics qui enseignent sous les lumières de la raison, et non pas sous le poids d’une tradition religieuse qui risquerait de faire passer la raison derrière une vérité révélée. 

C’est parce que la laïcité n’existait pas, qu’il a fallu l’inventer. C’est véritablement par la loi du 9 décembre 1905 qu’elle a été instaurée. Cette loi instaure un équilibre. Toute tentative de toucher à cet équilibre séculaire risquerait d’avoir des conséquences importantes pour l’ensemble de la société française. Il nous semble utile de contribuer à faire prendre conscience de l’importance de cette loi qui constitue un aspect majeur de l’idéologie républicaine, ainsi que de sensibiliser à la nécessité de la conservation de l’héritage de la Séparation. 

Serge MAUPOUET

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