Discours de Gambetta

Discours de Gambetta à la réunion des Comités républicains à Bordeaux (le 26 juin 1871) :

 "Il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du pôle républicain.

 Il ne faut pas nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, sur toutes les questions posées que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de l'intelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques uns.

 Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! c'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains : c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu.

 Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre."

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Citoyen, citoyenne,

Vous trouverez ici quelques contributions visant à participer humblement aux débats concernant la "chose publique" et la vie de la "cité".

Pourquoi ? Parce que la politique n'est pas une activité abstraite réservée à une élite, mais bien un processus démocratique aboutissant à des décisions qui influencent la vie quotidienne de chacun d'entre nous.

Participez vous aussi, et enrichissez le débat en laissant vos commentaires.

Salut et Fraternité

Dimanche 29 juillet 2007

Pourquoi nous propose-ton un service minimum dans les transports ?

Il y a bien l'argument-massue avancé par les promoteurs de la mesure : selon Matignon, "il n'y a pas de sujet interdit quand il s'agit de rendre le meilleur service aux usagers".
En réalité, comme le montre aujourd'hui l'incident de la rame de métro survenu sur la ligne 13, la plupart des retards ou annulations de service dans les transports publics sont liés non pas à des faits de grève mais à des problèmes de matériel, ou bien encore à des comportements incorrects d'une minorité de voyageurs (qui tirent les alarmes ou dégradent les rames ou les bus). Pour les premiers types d'incident, et en restant en région parisienne, il y a peu encore, les trains assurant à partir de la gare de l'Est la liaison avec Provins avaient la facheuse habitude de tomber en rade de bon matin : résultat, les passagers devaient parfois attendre plus d'une heure qu'un autre train soit disponible. Sur la ligne Bus du 393, ce sont les bus roulant au gaz qui refusent bien souvent de repartir après un arrêt ! Pour le second type d'incidents, ceux qui fréquentent, par exemple, la ligne de RER allant à Roissy-en-Brie savent bien que "certains"  (des élèves ou d'autres jeunes voulant embêter des élèves) prenant le train tirent fréquemment le signal d'alarme juste avant d'arriver à la station desservant un lycée, simplement pour que tout le monde soit en retard au premier cours du matin ... plus grave : sur la ligne du bus 182, à Vitry sur Seine, à la fin des années 90, les "incidents" étaient devenus tant fréquents que les chauffeurs ne souhaitaient plus desservir certains arrêts. Pour parler du train : évoquons les ruptures de caténaires sur les lignes TGV, les portions de lignes sur lesquelles la vitesse est limitée parce que les rails sont trop vétustes, le manque de personnel à bord des trains (parfois un seul contrôleur dans un train corail pour assurer la sécurité), etc., etc. ! Bref, arrêtons là une liste qui pourrait être longue ! Pour avoir fréquenté pendant 20 ans les transports parisiens (occasionnellement d'abord, puis quotidiennement de 1988 à 2004, avec juste une coupure pour cause de service national), pour avoir pris le train assidûment pendant plusieurs années sur des trajets Paris-Province (Paris-Blois, Paris-Tours, Paris-Saint-Maixent-L'Ecole en particulier), je peux témoigner que la plupart des annulations ou des retards sont bien liés à ce qu'on appelle de manière générique des "incidents" !
Mais, parlons statistiques : Bernard Thibault le précise, sans que la SNCF ni la RATP n'y trouvent à redire, «90% des perturbations dans les transports n'ont rien à voir avec la grève (et) sont le plus souvent liées à des incidents techniques» (source : 20 minutes, 18/07/2007) ! Par conséquent, dans les transports publics, les retards ou annulation pour faits de grève sont ultra-minoritaires. Ajoutons encore, que les paralysies totales des transports, même en cas de grève, sont l'exception ! De fait, et sans qu'il n'y ait besoin d'une loi, il y a toujours un minimum de trains, de métros, de bus qui circulent ...

Les promoteurs du service minimum travaillent sur des représentations, sur des préjugés, pas sur des faits. Ce service minimum n'est en fait qu'un prétexte qui masque un objectif bien réel : réduire autant que possible le droit de grève. C'est ce sur quoi insiste le communiqué de convergences-service public "Avec le projet sur le service minimum, voulu aujourd'hui dans les transports, évoqué pour demain dans l'éducation nationale et pourquoi pas ensuite étendu à l'ensemble du salariat, une attaque décisive contre le droit de grève est déclenchée."
En effet, lorsqu'une mesure constitue une régression sociale, et que la direction d'une entreprise publique ou un gouvernement ne souhaite pas négocier, la grève est le dernier recours possible. Or, c'est la multiplication de ces mesures de régression sociale qui a été à l'origine de plusieurs grèves importantes depuis 1995. Par le service minimum obligatoire, l'objectif est de pouvoir continuer la politique de régression sociale, mais en ne laissant plus aux salariés la possibilité de faire grève de manière efficace.
Une grève qui ne serait pas gênante pour les usagers - c'est malheureux à dire - ne sera pas prise en compte par le gouvernement ! Les salariés perdront des journées de salaire, mais puisque le service continuera à être rendu de manière plus ou moins convenable, il n'y aura plus de pression suffisante sur les décideurs. Les salariés s'épuiseront dans des mouvements qui ne déboucheront plus sur rien.
Les usagers seront peut-être satisfaits de ne pas avoir été gênés par la grève, mais sauront-ils ce qu'en fait ils auront perdu en sécurité, en qualité de service - et sur le long terme ! - parce que les salariés n'auront pas été en mesure de s'opposer à de mauvaises mesures ?

 

par Serge MAUPOUET publié dans : social
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Jeudi 19 juillet 2007

Un nouvel exemple concret illustre bien le fait que la libéralisation d'un service auparavant rendu par un monopole public conduit à une augmentation considérable des prix. Il s'agit en l'espèce du tarif des renseignements téléphoniques. La consultation du "12" coûtait 0,90€ en novembre 2005. Aujourd'hui, la consultation des numéros "118", qui ont succédé au "12" est facturée au minimum 1,20€. Soit une augmentation de plus de 30% ! Pour l'UFC-Que Choisir, "Le consommateur paie pour les centaines de millions d'euros que les nouveaux venus ont dépensé en publicité pour se faire connaître". (source : Le Monde, daté 19 juillet 2007, citation reproduite moins une faute d'orthographe !). En fait, le numéro qui reste le moins onéreux correspond au service héritier du "12", désormais accessible par le "118 711". Pourquoi est-il encore le moins cher ? Parce que ses tarifs sont encadrés du fait de la mission de service public que doit assumer France Telecom !

Conclusion : pour que le citoyen paye moins cher un service d'utilité publique, il faut revenir à un monopole public ! Et ce qui est vrai pour le téléphone est vrai pour le gaz, pour l'électricité, pour le courrier, etc.

Serge MAUPOUET

par Serge MAUPOUET publié dans : économie
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Mercredi 18 juillet 2007

Des sociétés de crédit (Swiss Life, Sofinco, AG2R, Cetelem) lancent des crédits à la consommation destinés à financer des dépenses de santé. Il s'agirait de financer des dépenses de santé restant à charge après le remboursement par la Sécurité sociale et la complémentaire : soins dentaires, optique, prothèses auditives, cures, chirurgie esthétique, et toute autre dépense lourde.Les prêts pourraient aller de 4 000 euros à ... 40 000 euros (source : Sud-Ouest, 18 juillet 2007) !
La privatisation du remboursement des soins risque donc d'être renforcée ! Le poids du remboursement repose en effet de moins en moins sur la sécurité sociale (c'est-à-dire une forme institutionnelle de solidarité), ni même sur les mutuelles (autre forme de prise en charge solidaire des frais de santé), ou encore sur les assurances ... mais directement sur le patient. Car qui va rembourser, in fine, le crédit ? Le patient ! On revient donc soixante ans en arrière : chacun va devoir financer, de plus en plus, ses propres soins sur ses deniers personnels (et éventuellement par le biais du crédit).
Or, ce système est socialement injuste : les plus riches n'auront jamais besoin de souscrire un crédit, par contre les plus pauvres tomberont dans le surendettement simplement pour avoir eu l'audace de vouloir se soigner convenablement.
On ne peut que souscrire au positionnement de l'UFC-Que Choisir, qui dénonce « un pas de plus vers la marchandisation de la santé » et qui constate que ce système de crédit ne peut se mettre en place que pour une raison évidente : « les restes [de remboursement de frais de santé] à charge [du patient] ne font qu'augmenter, même pour des gens qui ont des mutuelles ».

Serge MAUPOUET


par Serge MAUPOUET publié dans : santé
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Mercredi 11 juillet 2007

Cet article a été repris dans la lettre UFAL FLASH n° 25, du 17 juillet 2007.

Consternant !
Voilà le mot qui nous vient immédiatement à l'esprit. Consternant mais pas surprenant, car voici plus d'un an que cela était visiblement en préparation, à coup de changement de mode d'administration du vaccin, de congrès médicaux préparant les pédiatres à assouplir leur position, de conseils aux familles disant que ce n'était plus vraiment nécessaire de vacciner, etc.
Nous avions d'ailleurs informé par lettre le journal régional Sud-Ouest de ce qui se passait en Saintonge, et nous avions alors eu la confirmation orale, en nous rendant à l'accueil du journal - pour savoir si notre courrier était bien parvenu à destination - que ce que nous décelions à notre modeste niveau était véridique à plus grande échelle. Confirmation encore lorsque, contactant des amis qui résident en Alsace, ils nous avaient indiqué que là-bas, aussi, on commençait à expliquer aux familles qu'il n'était plus si nécessaire de vacciner !
"On" préparait le terrain ... Malgré le positionnement de l'Institut Pasteur - que nous avions alors fait contacter par une personne du corps médical afin d'être sûr qu'il recommandait toujours, lui, la vaccination - , malgré le positionnement clair de l'Académie nationale de médecine "Les risques accrus de tuberculose exigent de maintenir la vaccination autrement [à cause de la disparition du Monovax et du nécessaire recours à la vaccination intradermique]" (Le Monde daté 12 octobre 2005), malgré l'avis du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) préconisant "la plus grande prudence dans la démarche de suppression de la vaccination généralisée par le BCG" car "les conditions ne sont pas actuellement réunies" (Le Monde, daté 8 juillet 2006), malgré l'avis du Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF) considèrant encore en juillet 2006 que, la vaccination doit être administrée « dans les premières semaines de la vie chez les enfants à risque élevé et, lorsque cela est possible, retardée au-delà de l'âge de 6 mois chez les enfants à faible risque [toujours à cause du retrait du Monovax et du nécessairement recours à l'intradermique]", tout en restant clairement obligatoire pour l'entrée en collectivité." (Le Monde). "On" préparait le terrain ... D'ailleurs, le CSHPF esquissait déjà une évolution, puisqu'il se déclarait favorable à  une protection spécifique sur les populations les plus à risque dans l'avenir. Comme nous le montrons ci-dessous, tout le monde est à risque avec la tuberculose !
En fait, l'évolution, en France, était en cours depuis 2003 : un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH, 18 mars 2003), édité par le ministère de la santé et l'Institut de veille sanitaire, envisageait alors « l'abandon de la vaccination généralisée » par le BCG. L'auteur - le professeur Elisabeth Bouvet, du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat-Claude Bernard (Paris) - soulignait les « coûts considérables engendrés par la vaccination » obligatoire.
Jeudi 21 décembre 2007, la menace avait pris une forme plus concrète, avec la parution du rapport de la société française de santé publique (SFSP) préconisant de lever l'obligation de vacciner les enfants par le BCG (bacile Calmette-Guérin).
Et voilà, aujourd'hui, en pleines vacances d'été, bien sûr, la décision tombe. Mme Bachelot, ministre de la santé, annonce que le vaccin du BCG ne sera plus obligatoire, mais sera ciblé sur les populations à risque (entendu aujourd'hui sur France Info, mais déjà distillé la veille sur TF1 par PPDA, confirmé par Le Monde daté 12 juillet 2007). Consternant !
Consternant, car pour la tuberculose, il n'y a pas de population à risque : n'importe qui, n'importe où, n'importe quand, s'il n'est pas vacciné correctement, peut être en contact avec le bacille de Koch véhiculant la maladie et donc tomber malade. A l'école, dans le métro, en faisant ses courses, etc.
Tout le monde, tout un chacun est donc à risque ! Riche(s), pauvre(s), classe(s) moyenne(s), la tuberculose peut frapper toutes les couches de la société.
Si nous en sommes arrivés là, à cette décision qui déclasse le BCG des vaccinations obligatoires, c'est que nos dernières générations de médecins ont "oublié" ce qu'était la tuberculose, et pensent que la France n'est plus affectée que de manière tellement résiduelle qu'on peut baisser la garde. C'est aussi parce que ces mêmes générations de médecins ne maîtrisent pas bien la technique de la vaccination intradermique, qui est désormais la seule technique possible pour administrer le vaccin ! Plutôt que de former les médecins à cette technique - qui est très bien maîtrisée par les infirmières car elles connaissent précisément le geste à accomplir - on préfère ne plus vacciner !
Or la tuberculose a été et peut redevenir ici, en France, une maladie faisant des ravages : au début du XXe siècle, un décès sur huit, en France, était dû à la tuberculose. Oui, vous avez bien lu : un décès sur huit ! C'est aussi qu'on cherche à faire des économies de bouts de chandelles. Une vaccination en moins à rembourser. Oui, mais quel coût pour la collectivité si l'épidémie de tuberculose reprenait ! Surtout lorsqu'on sait qu'aujourd'hui le bacille est devenu plus résistant qu'hier aux antibiotiques (voir là aussi des articles récents du journal Le Monde), et que les nouveaux traitements ou vaccins promis mettront une dizaine d'années encore avant d'être au point (toujours cf. Le Monde) !
Nous reprenons ici un slogan d'une affiche de sensibilisation à la lutte contre la tuberculose, datée du début du XXe siècle : "La tuberculose est un péril national. La combattre est un devoir patriotique." Aujourd'hui, pour faire des économies, pour équilibrer les comptes de la sécurité sociale, pour éviter d'avoir à (re)former les médecins, et parce qu'on considère à tort que la tuberculose ne concerne que certains types de populations (en clair : les exclus, les marginaux, les migrants, les plus pauvres), on cesse de vacciner systématiquement contre la tuberculose. Alors, nous le crions aussi fort que possible : c'est consternant, c'est ridicule, c'est anti-patriotique (pour reprendre le slogan ci-dessus) et on le regrettera bientôt.
En effet, chaque année des cas de tuberculose sont toujours relevés en France. 5 374 cas en 2005 (source : Le Monde daté 12 juillet 2007). Chaque année des groupes scolaires sont touchés. Début décembre 2000, par exemple, une élève de terminale du lycée parisien Jules-Ferry avait été hospitalisée pour une tuberculose pulmonaire à un stade avancé (Le Monde, daté 29 décembre 2000). Mais ce n'est pas un cas isolé. Chaque année des jeunes garçons, des jeunes filles, qui n'étaient pas particulièrement à risque, contractent la maladie. Et ce alors que jusqu'ici on vaccinait massivement ! Alors, qu'est-ce que cela sera dès qu'on aura cessé de protéger systématiquement nos jeunes et que des générations entières ne seront plus couvertes ?

Serge MAUPOUET

par Serge MAUPOUET publié dans : santé
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Mardi 3 juillet 2007

Comment obtenir une eau du robinet de meilleure qualité et moins chère ? Par la mise en place de régies municipales ou départementales de l’eau. Pourquoi ? Parce qu’un régie municipale ou départementale dispose des mêmes compétences qu’une entreprise privée, mais qu’elle poursuit un but différent : rendre un service au public dans l’intérêt du public, et non pas vendre un service à des clients dans l’intérêt des actionnaires.

Il s’ensuit qu’une régie municipale ou départementale offre forcément un service de meilleure qualité pour un coût moindre : en effet, elle ne cherche pas à dégager des profits, mais simplement à équilibrer ses comptes d’une part et à dégager la marge nécessaire aux investissements futurs d’autre part. L’entreprise privée doit, elle équilibrer ses comptes, dégager la marge nécessaire aux investissements futurs, mais en plus dégager une marge bénéficiaire nette correspond aux profits escomptés. Or, depuis la présence parmi l’actionnariat des grandes entreprises françaises de fonds de pensions états-uniens, l’habitude a été prise de prévoir des marges bénéficiaires nettes d’environ 10 %.

Il en découle logiquement que lorsqu’une mairie délègue son service de l’eau à une entreprise privée, cela coûte au moins 10% de plus aux citoyens consommateurs que si elle avait délégué ce même service à une régie municipale. Une preuve ? Selon Sud-Ouest du samedi 2 juillet 2005 : « les opérateurs privés sont plus chers que les régies publiques (+ 0,65 € du mètre cube en moyenne, soit pour être plus partant + 4,26 francs). Rapportez vous-même ce coût supplémentaire sur le prix moyen d’1 mètre cube en 2004 : 2,91 € et vous constaterez aisément que les compagnies privées facturent dans les faits environ 20% plus cher !

En outre, pour maintenir sa marge bénéficiaire nette, en cas d’imprévus, l’entreprise privée est naturellement tentée de rogner sur les investissements nécessaires à l’entretien. En effet, elle doit préserver chaque année sa marge d’environ 10%, sinon les fonds de pension risquent de vendre massivement leur participation et de faire chuter le cours des actions de la firme. La régie municipale, elle, n’a pas d’actionnaires à satisfaire ; elle doit simplement rendre des comptes aux citoyens ou à leurs représentants. Si des investissements sont indispensables au maintien du réseau et à la sécurité des citoyens consommateurs, elle fera naturellement passer l’intérêt général avant le sien propre et mettra en œuvre le montage financier nécessaire pour réaliser ce qui doit l’être.

Voilà pour la théorie. Mais qu’en est-il dans la pratique ? Hé bien, la pratique confirme généralement la théorie. Depuis une vingtaine d’année, lorsque la droite accédait à la gestion des affaires municipales, la mode était de supprimer des régies pour les remplacer par des concessions aux entreprises privées. L’argument invoqué était de transférer des charges supportées par les municipalités aux compagnies privées. Faux argument, puisque la charge est en réalité au final transférée sur l’usager : ce que le consommateur ne donne plus à la commune, il le paye à la société privée, majoré du bénéfice qu’elle prend au passage ! Résultat ? En quinze ans, le prix de l’eau a doublé !

Les compagnies privées se dédouanent de cette hausse en affirmant qu’elles ont dû investir pour rendre l’eau distribuée conforme aux normes sanitaires de consommation. Qu’en est-il vraiment ? Prenons en exemple le respect de la directive européenne (CE 98-83), qui définit les critères de qualité des eaux destinées à la consommation humaine. Elle prévoit un abaissement de la valeur paramétrique à moins de dix microgrammes de plomb par litre avant 2013. Cela nécessite de remplacer les branchements – du compteur de l’usager jusqu’à la canalisation principale – en plomb par du polyéthylène. A Saintes, une compagnie privée détient la concession de l’eau : elle entreprend les travaux de remplacement des branchements en plomb, mais prévoit d’étaler ceux-ci jusqu’à la dernière limite, en 2013 ! Conclusion : la compagnie améliore le réseau uniquement si la loi lui en impose la contrainte, et encore prend-elle le maximum du temps imparti pour le faire. Or, respecter dans les délais les plus courts la norme serait préférable pour la santé des consommateurs. Ajoutons que la qualité de l’eau délivrée par cette compagnie privée n’est pas entièrement conforme à la réglementation : des pesticides s’y trouvent en trop grande proportion. Preuve encore meilleure des mérites d’une régie : même des mairies détenues par la droite et ayant concédé la gestion du réseau à une compagnie privée envisagent de revenir à une régie municipale ! Ainsi à Périgueux. L’eau est en concession depuis 1986, mais le maire Jean-Paul Daudou (UMP) étudie un retour en régie de l’assainissement parce qu’il pense que les investissements seraient réalisés plus régulièrement et pour un coût moindre. Il a en effet constaté que le concessionnaire privé n’investissait pas, et que la commune devait se substituer à lui ! Autant revenir à une régie qui investit réellement et ne prélève pas de profits : au final, c’est moins onéreux.

Mais encore, le prix de l’eau délivrée par une régie est-il réellement plus avantageux ? Daniel Lozano, conseiller municipal délégué à la régie des eaux de Bayonne le confirme à Sud-Ouest (samedi 2 juillet 2005) : « Nous n’avons aucune raison d’abandonner notre régie : si ce fonctionnement nous permet de fournir un service de qualité à un prix inférieur à celui des communes voisines, c’est aussi parce qu’une collectivité locale n’a pas vocation à faire de bénéfices, contrairement à une entreprise. »

Défendre et promouvoir le service public sous toutes ses formes, y compris les régies municipales en charge de l’eau, c’est donc l’intérêt bien compris du citoyen consommateur.

Serge MAUPOUET

par Serge MAUPOUET publié dans : eau
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Mardi 3 juillet 2007
 

Les délocalisations industrielles alimentent périodiquement le débat politique français. Ainsi, M. Laurent Fabius, depuis 2005, a plusieurs fois pris appui sur des délocalisations en cours pour prôner des mesures de protection afin de retenir l’activité en France. Le problème, c’est qu’il n’est pas crédible : comment un ancien ministre de l’Economie ayant servi la cause des marchés financiers et du grand patronat – par exemple avec l’introduction de l’Euro – peut-il désormais proposer des mesures antilibérales, ou des mesures protectionnistes antidélocalisations ?

Pour autant, le diagnostic de M. Fabius est juste : les délocalisations ont fait et vont faire encore beaucoup de mal. Seulement, d’une part il fallait penser à la probabilité d’une telle vague de délocalisations avant de faire entrer la Pologne , les pays baltes, et encore la Roumanie dans l’Union, et d’autre part, il fallait agir – en étant au pouvoir jusqu’en 2002 – pour freiner les délocalisations industrielles déjà en cours vers le Maghreb, la Turquie ou l’Asie orientale. Une telle réflexion n’a pas été conduite, ou bien les conséquences de ces phénomènes ont alors été considérées comme négligeables par les ténors du parti socialiste. L’argument majeur de ceux qui ne souhaitent pas freiner les délocalisations est que le mouvement est inéluctable, qu’il ne concernera que les secteurs les plus basiques, tandis que l’avance technologique des grands pays industrialisés leur permettra de garder sur leur territoire les activités à plus forte valeur ajoutée.

En fait, ce qui est nouveau n’est donc pas le phénomène « délocalisation » en lui-même, mais l’accélération, la mondialisation et les conséquences du processus. En effet, d’une part des pans entiers de l’économie française tombent en lambeau (l’industrie a été la première touchée, mais les services sont désormais menacés), d’autre part la Chine populaire est depuis 2004 économiquement plus puissante que la France , achète des entreprises françaises (branche téléviseurs de Thomson majoritairement passée sous contrôle chinois), et commence même à rivaliser avec les Etats-Unis dans le domaine informatique (achat des activités PC d’IBM par un géant chinois), enfin l’Inde qui a basé une partie de sa croissance sur l’accueil d’activités délocalisées a développé des entreprises suffisamment puissantes et fait surgir des fortunes suffisamment grandes pour qu’elles puissent s’offrir des fleurons de l’industrie française (prise de contrôle d’Arcelor par Mittal en 2006). Ce n’est qu’un début.

En réalité, les firmes transnationales occidentales – dont les françaises – scient elles-mêmes la branche qui les soutient : en délocalisant massivement en Chine populaire ou en Inde, en y transférant massivement des activités, elles permettent un développement exponentiel de firmes chinoises ou indiennes qui se cantonnent d’abord à un rôle de sous-traitance, mais deviennent ensuite des concurrentes puis des prédatrices ! Le scénario a fonctionné sans conséquences trop graves pour les firmes occidentales à Taiwan ou en Corée du Sud, mais il y a un vrai risque d’emballement avec la Chine ou l’Inde qui sont des Etats d’une autre ampleur : ces puissances disposent de dirigeants habiles, de cadres bien formés, d’habitants prêts au travail et d’une main d’œuvre inépuisable. Ce cumul est peut-être encore plus dangereux pour l’avenir que la simple perte des emplois en Europe. Trivialement, la Chine , devenue première puissance économique mondiale devant les Etats-Unis dans un délai de quinze ans, consentira-t-elle à laisser simplement des miettes du gâteau aux firmes européennes ou françaises dès lors qu’elle contrôlera la cuisine ? L’Inde n’est pas encore aussi avancée que la Chine , et on parle moins d’elle en France car les délocalisations qui s’y produisent viennent surtout des pays anglo-saxons, mais il faudrait quand même considérer avec sérieux ses capacités, en particulier parce qu’elle prendra peut-être le relais du géant chinois lorsque les conditions de production y seront devenues moins attractives par la conséquence du développement économique en cours.

Signalons enfin qu’il est souhaitable que de l’industrie ou des activités de services se créent dans les pays du Sud qui en ont cruellement besoin pour trouver à employer leur main-d’œuvre et afin de soutenir d’abord leur développement économique et d’offrir ensuite des conditions de vie acceptables à l’ensemble de leur population. Mais on ne peut admettre que cela se produise sans qu’un minimum de protection sociale ou environnementale ne soit mise en place, c’est-à-dire que le dumping social ou environnemental utilisé là-bas pour attirer les investisseurs étrangers ait pour conséquence directe la suppression d’emplois ici et la remise en cause de notre propre modèle social. La solution du problème réside dans un développement économique régit par un minimum de garanties sociales (durée hebdomadaire du travail, salaires, congés, assurances sociales, etc.)  et environnementales qui pourrait être défini par les organisations internationales ou mondiales (ONU, OMC) et applicable dans tous les pays en développement. En attendant une telle définition, il n’est pas absurde de vouloir protéger notre système social en freinant des délocalisations qui détruisent des emplois ici en apportant seulement du travail là-bas, mais rien d’autre : ni protection sociale, ni amélioration généralisée du niveau de vie.

Le débat actuel concernant les délocalisations porte essentiellement sur trois secteurs : le textile, les centraux téléphoniques, la contrefaçon (une manière de délocalisation clandestine, mais qui revient à fabriquer des produits d’aspect identiques à ceux de grandes marques mondiales dans des pays émergents). D’autres secteurs sont touchés, mais ne font pas la « une » des médias : les équipements du foyer, les équipements électriques et électroniques, les composants électroniques pour l’industrie, le back-office bancaire et l’informatique ou l’ingénierie pour les services.

Posons-nous une question simple : quelle est l’ampleur du mouvement de délocalisation en France ?

Nota bene : Les éléments donnés ci-dessous permettent de se faire une idée de la situation début 2006. Une année a passé, mais nous ne disposons pas encore des données nécessaires pour actualiser ce qui suit : nous le ferons dès qu’une nouvelle étude nous sera parvenue. Néanmoins, le tableau dressé ci-dessous est suffisamment éloquent, et la tendance suffisamment nette, pour que le constat dressé reste valable.

Selon l’Observatoire Français des conjonctures économiques, 650 000 emplois ont été délocalisés de France vers l’étranger depuis 20 ans ; et d’après l’Analyse mensuelle de la situation économique réalisée par la Société Générale , et datée de juin 2005, 6 000 emplois industriels ont encore été détruits au premier trimestre de l’année citée. Si l’on effectue une comparaison avec des estimations publiées pour le Royaume-Uni et qui projettent 700 000 emplois (rapport Désindustrialisation, délocalisations, La Documentation française, 2005) encore à délocaliser à terme, on peut avancer que la France peut elle aussi encore perdre autant d’emplois par délocalisation dans le futur proche qu’elle n’en à perdu dans les 20 dernières années.

Quelle est la situation dans le domaine du textile ?

De nombreux pays en voie de développement ont créé une industrie textile en profitant de leur avantage comparatif en termes de main-d'œuvre. Ils se sont d’abord tournés vers le secteur de l'habillement, qui nécessite des investissements initiaux modérés. Puis ils ont investi dans le secteur du textile (fils, tissus, etc.) en suivant une stratégie de remontée de filière. Les pays industrialisés sont désormais sinistrés dans deux secteurs : l’habillement et le textile.

Les pays industrialisés, en effet, sont confrontés depuis le 1er janvier 2005 à la levée des quotas d'importation et des tarifs douaniers. Au sein de l'Union européenne, les produits textiles du tiers monde ne pouvaient dépasser en 2003 le seuil de 18 % du volume de celui de la zone sous peine de payer une forte surtaxe. Mais les accords de Marrakech en avril 1994, conclus sous l'égide de l'OMC ont prévu un cadre spécifique de déréglementation appelé Accords multi-fibres (AMF) qui a prévu une totale libéralisation à l’échéance de la décennie suivante. Et en effet, depuis le début de l’année le marché des pays occidentaux a été inondé de produits textiles en particulier chinois. Car la Chine devient l’usine textile du monde, et ce même aux dépens des autres pays en voie de développement comme le Bangladesh, le Mexique, la Tunisie ou encore le Maroc qui ne peuvent soutenir la concurrence avec elle.

Les pays industrialisés peuvent mettre un œuvre des clauses de sauvegarde prévues par l'OMC et destinées à atténuer les effets brutaux de la libéralisation, lesquelles permettent de limiter à 7,5 % la hausse de ses importations en provenance d'un pays tiers. Les Etats-Unis sont les premiers à avoir déclenché cette procédure dès 2003 auprès de l'OMC, afin de contrer les exportations chinoises sur quelques créneaux bien précis et totalement libéralisés (tissu en mailles, robes de chambre, soutiens-gorge).

Quelle est la situation pour les centres d’appels téléphoniques ?

Le secteur emploie 191 000 salariés en France, en croissance, pour un marché évalué a 1,5 milliard d'euros dont trois acteurs (Teleperformance, Arvato. SNT) se partagent 27 %. Malgré une forte polarisation sur l'Ile-de-Françe (32,6 %), de nombreuses collectivités locales et agents économiques de province utilisent cet essor pour tenter de redynamiser des pôles d emplois en difficultés et reconvertir des friches industrielles : Whirlpool à Amiens, Lu a Calais, Thomson à Angers ... La difficulté réside désormais dans le fait que la concurrence s’étend à des pays du Sud à faible coût de main-d’œuvre, et ce alors que les salaires représentent 65 % des coûts de fonctionnement d’un centre d’appel qui fournit des prestations par  lignes téléphoniques aux grandes entreprises et à leurs clientèles (relation client, facturation, marketing, comptabilité, vente en ligne). Les délocalisations vers les pays a bas salaires des centres d'appels se développent depuis deux ans environ : un client résidant en France peut très bien dialoguer avec une firme française par l’intermédiaire d’un employé d’un sous-traitant au Maroc sans s’en apercevoir. Le client croit appeler un service parisien, en réalité il dialogue avec Rabat ! La France échappe encore partiellement à des délocalisations massives dans le secteur grâce à la faible compétitivité de l'offre ou à l'instabilité géopolitique des pays du Sud francophones (risque islamiste au Maroc, coups d’Etats fréquents en Afrique noire). Néanmoins, le câblo-opérateur Noos confie un tiers de son activité support client à Multilingues Conseil implanté en Tunisie.

Après la mode des délocalisations, y aura-t-il des relocalisations ?

Certaines expériences de délocalisation de centraux téléphoniques au Maghreb, comme pour les Taxis bleus, s'avèrent des échecs patents et obligent aux rapatriements des opérations en France métropolitaine

Quelles solutions ? 

D’abord, mettre fin à la surévaluation de l’Euro par rapport au dollar, qui provoque un déficit de compétitivité d’environ 30% pour les entreprises localisées en France, par le simple mécanisme de l’effet de change ; ensuite modifier les missions de la Banque Centrale Européenne, afin qu’elle n’établisse plus ses taux directeurs avec pour seul objectif de maintenir une inflation basse, mais aussi au regard des intérêts de l’industrie européenne avec pour optique le maintien en France et en Europe des activités ; mais encore changer de politique commerciale : il faut une préférence commerciale pour les produits européens au sein de l’Union Européenne ; en outre, la France et l’Union Européenne doivent faire pression à l’OMC pour que la clause environnementale soit prise en compte, et que le problème de l’impact des modes de production sur l’environnement soit évoqué aussi dans les pays en développement, qui doivent aussi participer à l’effort de réduction d’émission des gaz à effet de serre : il est sinon trop facile de fermer des unités de production polluantes dans les pays développés pour les rouvrir dans les pays du Sud; enfin, il faut obtenir que le droit du travail soit discuté à l’OMC et que des règles communes garantissant une protection sociale aussi haute que possible soit adoptées, afin que les conditions de production deviennent plus équitables, et que les conditions de travail et de vie s’améliorent dans les pays du Sud.

Aucune de ces actions n’est suffisante seule, mais le cumul de toutes serait un moyen efficace pour mettre un terme aux délocalisations compétitives intempestives qui mettent à genoux notre industrie et notre modèle social.

Serge MAUPOUET

par Serge MAUPOUET publié dans : économie
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Mardi 3 juillet 2007

La croissance économique ne profite pas à tous. Le taux de pauvreté ne se réduit plus : on peut considérer que 6,9 millions de personnes sont pauvres en France. En consultant l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (publications de 2000 puis de 2006[1]) ou bien l’Observatoire des inégalités (publication du 17 octobre 2006[2]), on obtient une vision un peu différente de la situation. Comment le note bien le second Observatoire : « Définir la pauvreté est toujours une question de normes, une construction statistique. L’écart entre les seuils de 50 et 60 % [du revenu médian (voir plus bas)] le montre bien : le taux de pauvreté va du simple au double selon que l’on utilise la première ou la seconde définition. » Pour l’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale (publication de 2000), si l'on compare les taux de pauvreté en 1970 et 1996, on constate qu’ils n’ont que légèrement diminués, mais qu'en outre les jeunes sont plus fréquemment pauvres en 1996 qu'en 1970. Pour l’Observatoire des inégalités (publication de 2006), la pauvreté se serait réduite entre 1970 et le milieu des années 1990 avant de ne plus baisser. Toutefois, pour les deux sources (publications les plus récentes des deux Observatoires), il apparaît nettement que depuis 1996  la situation au minimum ne s’améliore plus, sinon même se dégrade : hausse du travail à temps partiel, difficultés accrues pour accéder au marché de l’emploi depuis 2001, augmentation du nombre de travailleurs pauvres, multiplication des familles monoparentales.  

En fait, l’INSEE a fait le constat de la persistance de la pauvreté depuis longtemps. Prenons cette étude sur la pauvreté en région Centre réalisée en 1998 ; la pauvreté y touchait  11% des citadins[3] dans les 14 agglomérations concernées par la politique de la ville et étudiées : Bourges, Vierzon, Chartres, Dreux, Châteauroux, Tours, Orléans, Pithiviers, Châteaudun, Amboise, Blois, Vendôme, Romorantin. Le recensement avait été effectué grâce aux fichiers de la CAF , en excluant les étudiants et les personnes de plus de 65 ans – ce qui est contestable, ces deux catégories étant particulièrement touchées par la pauvreté. Pour avoir une vision complète du phénomène, il aurait été nécessaire d’intégrer ces personnes, au même titre que celles qui se trouvent en situation d’exclusion. Parmi ces populations se placent les sans-abri, les marginaux se livrant à la mendicité, mais aussi ceux qui vivent chaque jour avec des revenus extrêmement faibles. 46 000 ménages vivaient dans ces villes, à la date de l’étude, avec des ressources inférieures au seuil de bas revenu, fixé à 3650 francs par mois et par unité de consommation, soit 3650 francs pour une personne seule, 5475 francs pour un coupe sans enfant, 7665 francs pour un couple avec deux enfants. Au total, cela représentait 100 000 personnes, dont 28 000 enfants de moins de 14 ans et 11% de la population urbaine étudiée. Des disparités régionales très sensibles étaient révélées : la proportion de bas revenus variait du simple au double selon que l’on se situait à Châteaudun, Vendôme ou Romorantin (9%) ou à Dreux (17%). Dans l’intervalle se plaçaient des villes comme Chartres, Tours ou Orléans (10%), ainsi que Bourges, Blois et Montargis (12 à 13%). Les ménages à bas revenus pouvaient constituer un quart de la population des quartiers défavorisés : majoritairement des personnes seules, souvent âgées de moins de 25 ans, ou des familles monoparentales (un tiers de l’ensemble à Chartres ou à Amboise). On trouve surtout des familles nombreuses en difficulté dans les populations étrangères, qui représentent un allocataire sur six. Dernier enseignement, la possession d’un travail ne protégeait déjà plus de la pauvreté. Un tiers des 46000 allocataires à bas revenus étaient des actifs, souvent des personnes travaillant en temps partiel imposé. Un couple avec un seul salaire au niveau du SMIC tombait aussi dans la pauvreté. Le constat était fait que seules alors les allocations permettaient aux familles de bénéficier des services indispensables. Evidemment, les bénéficiaires du RMI ou les actifs au chômage étaient particulièrement touchés par la pauvreté. A ce propos, on peut trouver une carte des bénéficiaires du RMI par départements au 31/12/2002 sur le site du journal Les Echos à l’adresse : http://www.lesechos.fr/regions/atlas/pop.htm?images/0414083i.gif

Avant de terminer, rappelons que la pauvreté est mesurée par rapport au revenu médian. Le revenu médian partage les Français en deux groupes égaux : 50% touchent plus que cette somme, 50% touchent moins que cette somme. Ce revenu médian était égal à 7300 francs par mois en 2000 : chiffre peu élevé, mais permettant de mener une vie correcte. Or, sont considérées comme pauvres les populations qui ont des revenus inférieurs à la moitié du revenu médian, soit 3650 francs par mois à cette date. Aujourd’hui le seuil est fixé à 645 euros (4230 francs environ : on notera au passage l’ampleur de l’impact de l’inflation consécutive au passage du Franc à l’Euro, puisqu’en 4 ans un citoyen qui a augmenté ses revenus de 16% reste toujours pauvre !).  Vivre avec moins de 645 Euros par mois relève de l'exploit dans un pays développé, dominé par la société de consommation et ses tentations incessantes. Pourtant 6,2 % de la population française doit encore se contenter de cela pour vivre. Et si l’on place le seuil non plus à 50%, mais à 60% du revenu médian, alors c’est 11,7 % de la population qui est dans la pauvreté. Par conséquent, les discours sur l'accès aux nouvelles technologies de l'information, à l'Internet pour tous, ou bien les incitations à épargner pour préparer soi-même sa retraite, etc., sont des leurres quand on voit que tant de personnes ont déjà si peu de moyens pour vivre au quotidien et élever leurs enfants dignement.

 


 

 

 

 

 

 

[1] Rapport 2005-2006 disponible à l’adresse : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000163/0000.pdf

[2] Observatoire des inégalités, La pauvreté en France, le 17 octobre 2006, avec comme tête d’article : «  La France compte 3,6 millions de pauvres selon la définition la plus restrictive de la pauvreté... »

[3] « La pauvreté touche 11% des citadins », in La Nouvelle République du Centre-Ouest, édition du Loir-et-Cher, mercredi 28 octobre 1998, reprenant les Indicateurs de l’économie du Centre, revue trimestrielle de l’INSEE Centre, n°23.

par Serge MAUPOUET publié dans : social
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Mardi 22 mai 2007

Les principes du jacobinisme sont résumés ainsi par J.-P. B. dans l’Encyclopédie française : « Egalité des chances et égalité des jouissances […], liberté du peuple, souverain maître de ses destinées, fraternité des hommes pour la paix et le bonheur universel : c’est un programme en partie utopique, mais le message court, et pour longtemps, sur les lèvres des hommes. » 

 Les Républicains se sont longtemps référés au jacobinisme, ne manquant pas de rappeler l’action des grands ancêtres, et tout particulièrement celle de Robespierre. Sous la IIIe République , le jacobinisme, adapté à l’esprit du temps, était même devenu consensuel. Clemenceau avait définitivement intégré le jacobinisme dans l’héritage national, en affirmant que la Révolution était un tout, un bloc duquel on ne pouvait soustraire tel ou tel épisode. 

Occultant l’œuvre menée pour la création d’un modèle républicain inédit et la mise en place d’une République sociale (droit au travail, droit à l’assistance, meilleure répartition des richesses, etc.) a tendance à réapparaître aujourd’hui une "légende noire" du jacobinisme : ce dernier serait réductible à la Terreur , ou serait encore synonyme de centralisme parisien étouffant la province. Telle n’est pas notre vision ! 

En effet, le citoyen du XXIe siècle devrait prendre le temps de réfléchir sur le constat erroné qu’on lui propose trop souvent, en lui montrant uniquement les excès temporaires d’une politique et non pas ses réalisations positives et durables ! En effet, si le jacobinisme a pu mener vers des attitudes extrêmes, tel n’était pas son projet ; il faut prendre ici en compte les nécessités du moment, le poids de la guerre extérieure et de la contre-révolution à l’intérieur ; il s’agissait pour les jacobins de mettre en œuvre les moyens indispensables à la victoire de la République. 

Le jacobinisme politique a toujours été une lutte pour la liberté du peuple contre la restauration aristocratique (que cette aristocratie soit issue de la naissance ou de la possession des richesses), pour la défense de la République contre les menaces des ennemis de l’intérieur ou de l’extérieur. 

Le centralisme jacobin lui-même est avant tout la prise en compte de la nécessité de bâtir un pays uni, soudé, capable d’affronter les défis, de passer outre les égoïsmes régionaux. 

Alors, pourquoi aujourd’hui des attaques renouvelées contre le jacobinisme ? Parce que celui-ci, qui se confond avec l’héritage républicain, s’oppose d’une part à la dérive européiste menant vers une utopique fédération européenne (qui n’est pas désirée par les peuples) et d’autre part à la régionalisation créatrice d’inégalités au sein même du territoire national et permettant à des notables de se tailler des « fiefs » électoraux. 

L’intérêt bien compris des citoyens est donc de renouer avec les valeurs républicaines et jacobines. De retrouver le consensus jacobin de la IIIe République qui a permis à la France de surmonter des pages parmi les plus difficiles de son histoire. Le jacobinisme, c’est la volonté de faire un pays plus uni, plus équitable, plus juste, plus égalitaire, plus libre et conscient de lui-même et donc plus apte à relever les défis du monde actuel.

Serge MAUPOUET

par Serge MAUPOUET publié dans : saintongejacobine
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Mardi 22 mai 2007
La "République nouvelle" était destinée, il y a 60 ans, à restaurer le régime républicain après le sinistre intermède du régime de Vichy. Cette république méritait le qualificatif de "nouvelle" car elle instaurait une démocratie économique et sociale jusqu'alors inédite.
Cette nouvelle ambition républicaine était issue de la Résistance, et avait trouvé une traduction concrète dans le programme novateur du CNR (Conseil National de la Résistance ), publié le 15 mars 1944. Du passé, on pouvait et on voulait alors faire table rase. Les élites avaient failli ou trahi. Jean Moulin, de Gaulle, les Quatre-vingts (1) sont restés dans l’histoire parce qu’ils ont été de trop rares exceptions ... 
 Alors, il était possible de faire du neuf et de réaliser enfin ce qui avait été jusque-là une espérance : la justice sociale par des avancées d’une ampleur exceptionnelle. Ce neuf était appelé à durer. Il a constitué notre modèle républicain pendant plus d’un demi-siècle. Ce neuf avait pour nom : suffrage universel masculin et féminin, Sécurité sociale, services publics, comités d’entreprises, retraités généralisées, droit à l’éducation et à la culture, etc. 
 Il faut noter que ce programme révolutionnaire fut réalisé en un temps très court, sans rencontrer d’opposition insurmontable, et dans un contexte financier très difficile. Le pays était en ruine au sortir du Second conflit mondial et les mesures proposées étaient coûteuses pour la collectivité, mais la volonté politique était si forte (2) et la mobilisation des travailleurs si efficace (3) qu’il fut possible de mener de  front reconstruction du pays, création de richesses (4) et mise en place des conquêtes sociales. 
 Aujourd’hui, hélas, des hommes de droite et de gauche consacrent leur travail politique à la destruction systématique de tous les acquis de cette époque. 
 Le prétexte en est double : d’une part le pays serait endetté, d’autre part la mondialisation rendrait inéluctable le sacrifice de ce qui a été bâti hier pour le bénéfice du plus grand nombre. 
 La démonstration précédente montre comment ces arguments sont fallacieux ! Hé quoi ! Au sortir du plus terrible conflit qu’ait connu l’humanité, dans une situation financière désastreuse, les Français ont pu bâtir un modèle économique et social qui a été admiré pendant des décennies, et aujourd’hui alors que le pays vit en paix et qu’il n’a jamais compté autant de contribuables assujettis à l’impôt sur la fortune, il serait impossible de continuer à financer notre modèle républicain, démocratique et social ? 
 Disons-le clairement : nos hommes politiques, de droite et de gauche, qui argumentent sur ce point se moquent des citoyens. 
 Si l’Etat est endetté — à cause d’une absurde politique fiscale, qui permet aux plus aisés d’échapper à la nécessaire solidarité nationale et de subventions données trop largement aux plus grandes entreprises qui les encaissent sans créer pour autant des emplois en France —, la France est riche. La France a les moyens de financer son modèle social, à condition de le vouloir. 
 En outre, nos élites confondent aujourd’hui les dépenses avec les investissements. Les dépenses sociales n’en sont bien souvent pas : en dépensant aujourd’hui de l’argent pour la meilleure santé des citoyens, on réalise en réalité des économies pour demain. Vacciner contre le BCG c’est éviter de devoir soigner des tuberculeux demain. Et si nous prenons cet exemple c’est bien parce que des groupes de pression tentent en ce moment de retirer ce vaccin de la liste de ceux qui sont obligatoires … Ces prétendues dépenses, dans la santé, ou bien encore dans le social, l’éducation, la formation, la recherche, etc. sont donc en réalité des investissements. 
 Quelle est la situation aujourd’hui ? La gratuité de la santé n’est plus assurée : même la consultation d’un généraliste n’est plus entièrement remboursée. Des femmes enceintes sont contraintes de subir des temps de transport extrêmement longs pour accéder à une maternité avec le risque d’accoucher, le grand jour venu, pendant le trajet. Les services des urgences ferment à leur tour, pour ne plus être en fonction que dans les  agglomérations majeures. Les services sociaux se serrent la ceinture ou bien sont réorganisés par pôles comme à l’AP-HP : un service social pour un hôpital entier n’est plus la même chose qu’une assistance sociale dans chaque service. Et ne parlons pas des hôpitaux de province qui n’ont pas d’assistance sociale … ou des établissements scolaires qui bénéficient d’une assistante sociale une demi-journée par semaine pour plus de mille élèves ! Des prestations sociales ont été déléguées au niveau départemental, conduisant à des inégalités de traitement en fonction du lieu de résidence. Il faut parcourir parfois des dizaines de kilomètres pour trouver un bureau de poste qui mérite encore cette appellation. Les trains de nuit ont été supprimés, de nombreuses lignes Corail sont sur le grill, et il faut avoir Internet pour obtenir des prix avantageux : les plus humbles sont donc contraints de payer le train au prix fort ! Avoir un téléphone fixe chez soi est devenu deux fois plus onéreux depuis la privatisation de France Télécom, se chauffer au gaz coûte de plus en plus cher avec la privatisation en cours de Gaz de France, demain ce sera la même chose pour accéder à l’électricité. Etc. 
 Le modèle démocratique français a lui aussi été considérablement éprouvé non seulement par les retouches successives de la Constitution de la Ve République , qui l’ont peu à peu dénaturée, mais encore bien plus par la confiscation du débat politique au profit de certaines élites et des groupes de médias. On l’a bien vu pendant la campagne du référendum sur la Constitution européenne. Les dirigeants des principaux partis, le gouvernement, les médias d’audience nationale ou régionale ont très majoritairement fait campagne pour le oui. 70% du temps de parole a été donné aux défenseurs du oui. Or, c’est le non qui a très majoritairement gagné. Séisme majeur, révélateur de divergences de vues radicales entre le peuple et les élites ! 
 Mais encore, l’alternance systématique droite/gauche à chaque élection nationale montre bien que les élus, depuis vingt ans, ne mènent pas une politique répondant à la volonté populaire. A ce propos, force est de constater que la leçon de 2002 n’a pas été tirée. 
 Un autre projet politique que celui de la régression systématique est possible. Les générations de l’après-guerre ont été capables de relever le défi. Aux générations actuelles de montrer qu’elles sont tout aussi capables de se mobiliser pour construire un avenir meilleur et redonner sens à la fraternité républicaine. 
 Serge MAUPOUET 
 Notes :
 (1) il s’agit des quatre-vingts parlementaires (57 députés et 23 sénateurs) qui, le 10 juillet 1940, ont refusé de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain et se sont ainsi opposés à la disparition du régime républicain.
 (2) en particulier avec la mise en œuvre du plan Monnet et les nationalisations.
 (3) Thorez avait donné la ligne à suivre, à Waziers, le 21 juillet 1945 : « Produire, c’est aujourd’hui la forme la plus élevée du devoir de classe, du devoir des Français ... »  
 (4) Le plein-emploi était assuré, et en 1951, six ans seulement après la fin de la guerre, la production industrielle battait son record historique … qui datait de 1929.
 

 

 

par Serge MAUPOUET publié dans : social
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Mardi 24 avril 2007

Oui, la laïcité sert à quelque chose ! Nous en sommes convaincus. Pour autant, cette affirmation n’est pas unanimement partagée de nos jours : pour beaucoup de nos concitoyens, la laïcité est un vague objet, un terme obscur, un héritage lointain dont on ne saisit plus ni le sens, ni la pertinence.  

A cause de la volonté actuelle de « moderniser » la société en la rapprochant du modèle anglo-saxon, et ce en rompant si besoin avec certains pans de l’héritage républicain français, mais aussi à cause de la généralisation d’un relativisme culturel ou comportemental, la laïcité a fini  par être perçue par une partie de l’opinion comme étant un obstacle à la liberté individuelle. Les manifestations de 2003 pour la défense du foulard islamique à l’école en sont une preuve, mais les intégristes de tout bord ou les mouvements sectaires n’hésitent pas non plus à se poser en victimes de la laïcité. 

C’est vrai, la laïcité interdit d’adopter certaines attitudes dans le domaine public et à l’école. Mais, c’est justement ce qui empêche d’y faire n’importe quoi ! En effet, la laïcité à la française n’est pas un principe de tolérance absolue, c’est d’une part la séparation entre la sphère publique et la sphère privée, d’autre part des limites raisonnées apportées à l’expression des croyances dans la sphère publique et à l’école, enfin une distinction nette entre le politique et le religieux.  

Alors, à quoi sert la laïcité ? Procédons par oppositions pour répondre, en illustrant par des situations scolaires. 

La laïcité, ce n’est pas une arme de guerre, c’est un instrument de paix. 

La laïcité a constitué, en 1905, une mesure de « défense républicaine » à un moment où la tension entre l'Etat et l'Eglise catholique était à son comble. Mais, plus qu'une arme dirigée contre certaines convictions, c’est un instrument qui permet la coexistence des convictions. C’est par la laïcité dans l’école publique, que les filles et garçons, sans distinction de sexe, d’origine, ou de conviction, accèdent à un enseignement transmettant une culture commune définie par des programmes scolaires nationaux. Brasser les futurs citoyens, leur inculquer les valeurs républicaines, c’est bien œuvrer à maintenir la paix civile. 

La laïcité, ce n’est pas l’affrontement, c’est la concorde. Ce n’est pas le rejet de celui qui a des conceptions différentes, même religieuses, c’est au contraire la fraternité républicaine. 

L’école publique est là pour accueillir tout les enfants ; elle se refuse à distinguer entre filles et garçons, elle se refuse à distinguer entre athées ou agnostiques, entre croyants et non-croyants, ou à distinguer entre croyants. Bien au contraire, l’école publique accepte a priori tous les enfants, sous réserve qu’a posteriori les familles respectent les règles qui régissent l’école. Elle œuvre à la concrétisation du pan de notre devise républicaine le plus délaissé : la fraternité.

La laïcité ce n’est pas la division, c’est pouvoir vivre ensemble. 

A l’école publique, tous les enfants sont scolarisés en même temps dans le même lieu. Ils sont contraints de vivre ensemble : ils n’ont pas le choix ! Chaque enfant apprend ainsi à respecter les autres, quelles que soient les cultures de chacun. C’est cette connaissance de l’altérité, acquise dès le jeune âge, qui permet ensuite aux adultes d’accepter dans la société des cultures différentes, à condition bien sûr que cette société reste unie par un ciment républicain, des valeurs communes, un attachement à la nation, toutes choses transmises aussi par l’école. 

Notons que l’acceptation de la différence ne peut exister sans sa compréhension. C’est pourquoi il est nécessaire de préserver un enseignement de philosophie en classe de Terminale, mais aussi de conserver un enseignement du fait religieux au collège et au lycée. Se priver de l’enseignement de la philosophie conduirait à une perte du sens critique, et se priver de l’enseignement du fait religieux conduirait à une méconnaissance de l’altérité. 

La laïcité, ce n’est pas le respect des communautarismes, c’est l’affirmation d’une identité nationale au-delà des clivages communautaires. 

C’est pourquoi les républicains doivent freiner la multiplication d’établissements à vocation communautaire. L’école publique doit particulièrement refuser que du prosélytisme soit effectué en ses murs. Le problème vient assez peu des professeurs (deux radiations prononcées l’an dernier au plan national), mais il peut venir parfois des parents, en particulier dans les quartiers ghettoïsés. Il faut être vigilant. 

La laïcité, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, ce n’est ni l’interdiction absolue, ni la tolérance absolue, c’est une tolérance raisonnée. 

A l’école, la circulaire Jospin de 1989 avait laissé un cours plus libre à l’expression des convictions religieuses. Le Conseil d’Etat, en 1989, avait en effet interprété la loi et les engagements internationaux de la France dans un sens excluant l’interdiction générale et absolue des signes religieux dans les établissements scolaires. On a vu à quels excès ces positionnements ont mené : les affaires de foulards, le développement de l’absentéisme le samedi matin, mais aussi l’organisation de fêtes dans certains établissements publics, pour célébrer la fin du ramadan, etc. 

M. Jacques Chirac, Président de la République , a finalement recadré la laïcité (une des rares actions positives à porter à son crédit). La loi de 2004 sur la laïcité à l’école a été perçue par certains comme une loi d’exclusion, alors qu'elle réaffirmait en réalité de grand principes. En effet, si elle a finalement conduit à mettre de côté quelques centaines de jeunes gens qui refusaient avec obstination de respecter les principes républicains, elle a par contre libéré des milliers de jeunes filles de l’oppression du communautarisme et de la vigilance exacerbée de certains « grands frères » à l’esprit échauffé par la propagande de l’intégrisme islamique. Ces jeunes filles trouvent désormais un espace de liberté à l’école, lieu où elles peuvent se dévoiler parce que c’est une obligation légale ! Ici, une exclusion marginale a permis une liberté de pensée retrouvée pour le plus grand nombre. Tolérance des signes religieux uniquement discrets, exclusion des signes ostensibles manifestant une volonté de prosélytisme, c’est un retour vers notre tradition laïque ! 

La laïcité ce n’est pas imposer une pensée, c’est permettre le libre examen de toute question à la lumière de la raison. La laïcité, c’est ce qui libère de l’endoctrinement. 

Citons deux passages du Discours au congrès radical de 1903 de Ferdinand Buisson (alors président de la Ligue des Droits de l’Homme).  

"Le premier devoir d’une République est de faire des républicains […] Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain si petit, et si humble qu’il soit, un enfant, un adolescent, une jeune fille ; il faut prendre l’homme le plus inculte, le travailleur le plus accablé par l’excès du travail, et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit, temporel ou spirituel. (Nouveaux applaudissements). […] Il n’y a pas d’éducation libérale là où l’on ne met pas l’intelligence en face d’affirmations diverses, d’opinions contraires, en présence du pour et du contre, en lui disant : Compare et choisis toi-même !"
(Bravos et applaudissements).
 
 

La laïcité ce sont des principes établis démocratiquement par la loi et qui font désormais partie du socle républicain ! En conséquence, être laïque, aujourd’hui comme hier, c’est être républicain. Pour autant, la laïcité à la française, ce n’est pas de l’antireligiosité, mais simplement un anticléricalisme interdisant l’intrusion du religieux en politique. 

La laïcité, c’est une neutralité métaphysique (point de vue de Christian Eyschen, de la Libre Pensée ) ; en France c’est même un athéisme républicain (point de vue de Pierre Chaunu, professeur émérite à l'université Paris-Sorbonne et membre de l'Institut). La République ne reconnaît aucun Dieu. Cet athéisme républicain interdit au président de la République d’évoquer le nom de Dieu en public, ou d’afficher ses convictions religieuses lorsqu’il exerce ses fonctions. Mais cet athéisme républicain n’a rien de commun avec les athéismes soviétiques, cubains ou chinois qui n’hésitaient pas à persécuter les religions. Non, il s’agit d’un athéisme marquant une attitude de neutralité. 

La laïcité à la française, ne peut donc être confondue avec la laïcité à l’anglo-saxonne qui tolère, elle, une certaine immixtion du religieux dans le