Discours de Gambetta

Discours de Gambetta à la réunion des Comités républicains à Bordeaux (le 26 juin 1871) :

 "Il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du pôle républicain.

 Il ne faut pas nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, sur toutes les questions posées que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de l'intelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques uns.

 Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! c'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains : c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu.

 Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre."

Recherche

Bienvenue !

Citoyen, citoyenne,

Vous trouverez ici quelques contributions visant à participer humblement aux débats concernant la "chose publique" et la vie de la "cité".

Pourquoi ? Parce que la politique n'est pas une activité abstraite réservée à une élite, mais bien un processus démocratique aboutissant à des décisions qui influencent la vie quotidienne de chacun d'entre nous.

Participez vous aussi, et enrichissez le débat en laissant vos commentaires.

Salut et Fraternité

Dimanche 11 mai 2008

F. DE LASA (FSU) vient de publier dans  l'InfosU.17 n°166 du 25 avril 2008, un excellent article, très clair et fort bien documenté sur la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques). Le bulletin n'est pas encore disponible en ligne, mais j'ajouterai le lien dès que cela sera le cas (pour le moment, on ne trouve encore sur le site de la FSU 17 que le bulletin n°164).
La RGPP a été initiée par le gouvernement en juillet 2007, et est supposée satisfaire à 3 exigences :
- la qualité du service rendu
- l'intérêt des fonctionnaires
- la rationalisation de la dépense publique
On se doute dès le départ, au vu de l'expérience sarkosyste en cours depuis un an, que le troisième objectif est en réalité le premier ... Dire "RGPP", comme dire "LOLF", signifie en fait dire "rigueur", mais avec le double mérite de ne pas prononcer le mot qui fâche d'une part, et d'être sûr que les citoyens ne comprennent pas avec précision le contenu du (des) sigle(s) d'autre part. Enfin, pour quoi sait décoder le verbiage néo-libéral (et maintenant, nous avons tous au moins un an d'entraînement intensif), la RGPP s'inscrit dans une politique générale visant démenteler la fonction publique en supprimant 160 000 emplois de fonctionnaires en 4 ans à partir de 2009, et en offrant aux citoyens la possibilité de choisir, pour n'importe quel service, soit le service public, soit un prestataire privé. Voyez, par exemple, ce qui se passe dans la santé, où l'on place les hôpitaux et les cliniques sur le même plan ... tout ceci relève d'une même logique qui sous-tend aussi la RGPP.
Les annonces liées à la RGPP se sont déjà multipliées, 91 mesures en décembre 2007, 166 mesures en avril 2008, et vont continuer : on attend encore une centaine de mesures pour juin 2008.

J'aimerais ici insister sur deux points que F. DE LASA souligne : l'accentuation des déséquilibres entre collectivités locales d'une part, et le renforcement de l'échelon régional dans l'organisation nouvelle de l'administration de l'Etat d'autre part.
Citons F. DE LASA sur les transferts aux collectivités territoriales : "C'est [...] en transférant aux collectivités territoriales (sans leur en fournir les moyens financiers) ses missions non régaliennes (santé, transport, éducation, formation professionnelle, aide sociale, insertion ...) que l'Etat programme des économies. Mais les collectivités ne disposant pas toutes des mêmes moyens, c'est l'égalité d'accès et de traitement des usagers sur tout le territoire qui est remis en cause." La lecture de ce passage ne manque pas de me réjouir : voilà des années que je crie, dans un certain désert, que l'excès de décentralisation est la matrice de nombreuses inégalités  ... et le lire enfin chez autrui est une véritable satisfaction. Ainsi, il est aisé de constater que l'action sociale dévolue aux départements fait désormais que les droits sociaux des citoyens ne sont plus véritablement les mêmes d'un département à l'autre.

Mais F. DE LASA poursuit sur le renforcement de l'Etat au niveau régional : "Avec la décentralisation menée par le gouvernement Raffarin en 2003 se dessinait déjà la rôle stratégique de l'échelon régional mais alors, la résistance efficace des départements qui tenaient à leurs prérogatives avait largement contribué à laisser ce projet en suspens. Le CMPP (Comité sur la Modernisation des Politiques Publiques) devrait cette fois y mettre bon ordre en faisant passer plus de trente directions régionales à moins de dix, et en plaçant les préfets de département sous l'autorité des préfets de région."
Déjà, Le Monde signalait en décembre qu'une des évolutions prévues dans le cadre de la RGPP serait de "renforcer la présence de l'Etat dans les régions. L'idée est d'aller au bout de la logique de décentralisation et de tirer les conséquences du fait que l'Etat local, trop émietté, a vu ses compétences se déliter au fil des ans face aux exécutifs régionaux, voire départementaux. En conséquence, et pour peser davantage, les directions et services régionaux de l'Etat devraient être invités à se rapprocher ou à fusionner, leur nombre étant susceptible de passer de trente-cinq à une dizaine par région. Parallèlement, les préfets de département seront soumis hiérarchiquement au préfet de région, et un comité de direction régional plus resserré institué auprès de ce dernier."
F. DE LASA semble considérer que "Ce changement est très inquiétant, qui confère au préfet de Région des pouvoirs excessifs sans qu'il ait à rendre de comptes à quiconque sinon au ministre de l'Intérieur." Il me semble qu'on ne peut que partager cette appréciation, vu les caractéristiques générales de la politique menée depuis l'année dernière, tant sur le plan sécuritaire que sur celui d'une dérive bonapartiste du pouvoir ...
Pour une argumentation plus complète sur le sujet, je vous renvoie, par exemple, aux blogs suivants :
- Michel Sorin, avec ce lien http://mrc53.over-blog.com/article-18903328.html
-  "L'action républicaine", avec ce lien http://action-republicaine.over-blog.com/article-18901561.html
Rappelons à nos aimables lecteurs qu'une pétition contre la RGPP est disponible en ligne : http://service-public-notre-richesse.fr/.

par Serge MAUPOUET publié dans : vie démocratique
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 9 mai 2008

Suivant une brève de Combat républicain, numéro 117, daté du jeudi 1er mai 2008, "L'indice mondial des prix alimentaires, établi par la FAO (Nations Unies), indique que la forte hausse actuelle est sans précédent depuis 1978". En fait, on peut penser que les rédacteurs ont jeté un oeil sur Le Monde Economie du mardi 29 avril 2008 consacré au "Six crises qui bousculent l'ordre économique mondial". En page III, on y trouve un article intitulé "La plus forte hausse des prix alimentaires depuis 1978" ...

Combat républicain, sans donner sa source, mais laquelle est certainement celle que nous venons d'indiquer, reprend les données suivantes :
- hausse du prix du blé : doublement du prix entre mars 2007 et mars 2008;
- hausse du prix du maïs : doublement du prix sur deux ans;
- hausse du prix du riz : augmentation d'un quart en quelques mois (en fait, depuis la fin 2006);

La brève se termine ainsi : "Mais où va tout cet argent ? Toutes les caisses ne doivent pas être vides ..."

On ne peut que partager cette remarque de bon sens, et supputer la part de spéculation dans cette hausse si forte survenue en si peu de temps. En effet, la population mondiale n'a pas subitement augmenté : au contraire, sa croissance est moins rapide qu'on aurait pu le croire il y a dix ou quinze ans. D'ailleurs Le Monde Economie, par la plume d'Antoine REVERCHON, évoque bien la spéculation comme facteur contribuant à la hausse des prix : "La perspective d'une hausse durable des prix alimentaires attire les fonds spéculatifs fuyant les placements immobiliers et financiers devenus incertains, ce qui renforce la volatilité des cours."

Néanmoins, la brève de Combat républicain n'évoque pas de pistes pour résoudre le problème.
En réalité, le problème est assez simple à poser et pas si difficile à résoudre. 
Si la hausse est due à la spéculation, elle-même causée par l'anticipation d'une pénurie alimentaire devant aller en s'aggravant, il faut casser la spéculation.
Pour casser la spéculation, il faut agir sur deux leviers : d'une part augmenter la production (on dispose des moyens techniques pour le faire à l'échelle mondiale, sauf à subir des aléas climatiques graves qui détruiraient les cultures avant récolte) et d'autre part empêcher ou limiter le stockage des denrées alimentaires dans une visée spéculative (soit par des mesures coercitives forcément lourdes à mettre en place et difficiles à appliquer, soit en persuadant les spéculateurs qu'ils n'ont pas raison d'attendre pour vendre, c'est-à-dire qu'ils vendront moins cher demain qu'aujourd'hui).

Je ne suis pas un spécialiste de la question, mais je crois qu'il est possible de tracer quelques pistes relevant du bon sens. Si de véritables spécialistes passent sur ce blog, je les invite à laisser des commentaires pertinents qui me permettront de compléter ou de rectifier avantageusement les propos ci-dessous ...
Pour augmenter la production, on peut tabler sur une seconde révolution verte, plus respectueuse des écosystèmes que la première, mais permettant de généraliser de meilleurs rendements, on peut remettre en culture des terres qui ne l'étaient plus - l'Union Européenne a levé temporairement l'obligation de mettre en jachère 10% de la surface agricole utile -, on peut lever les quotas de production - l'Union Européenne a augmenté ses quotas laitiers -, mais on devrait aussi mettre fin aux constructions anarchiques sur les meilleures terres arables.
En effet, en France, comme en Chine, pour ne prendre que deux exemples, les villes se sont naturellement situées près des meilleurs terroirs ... et aujourd'hui elles s'étendent au détriment des meilleures terres agricoles. Rappelez-vous qu'il y a peu, en France, on a bâti un grand parc de loisirs internationalement connu sur les meilleures terres de la Brie, et qu'on développe toujours autour de lui une ville nouvelle : une aberration ! Il faut penser à construire sur les espaces agricoles les moins productifs, en épargnant les meilleures terres ! Je vous renvoie à ce propos à l'article du Monde "ENVIRONNEMENT : Ces villes qui étouffent la campagne", édition datée du samedi 19 avril 2008, p. 19.
Il est possible, encore, de substituer des productions à d'autres : est-il bien utile que la Chine soit un des principaux producteurs de tabac ? Ne serait-il pas préférable, pour l'autosuffisance alimentaire de ce pays, que les cultures de tabac soient remplacées par des plantes destinées à l'alimentation ? Même raisonnement en France : à quoi bon continuer à produire du tabac, alors que l'on est confronté à une augmentation ahurissante des prix du blé ? En Afrique, des raisonnements similaires peuvent être menés : le Sénégal ne ferait-il pas mieux de produire plus de riz et moins d'arachides ? D'ailleurs c'est l'avis de Mamoudou Dème, directeur général de la Société d'aménagement et d'exploitation des terres de la vallée du fleuve Sénégal, cité dans "Le riz sénégalais devient rentable" in Le Monde Economie (cf. supra) : "Nous disons depuis des décennies que les importations [de riz] ne garantissent pas la sécurité [alimentarie]. On nous écoute enfin !"
Mais encore, il faut arrêter de vouloir détourner une partie de la production vers la filière des biocarburants; entre deux priorités, il faut choisir la plus absolue : nourrir les hommes me semble être cette priorité absolue. Evidemment, on ne peut pas demander au Brésil de renoncer à une filière qu'il a si durement mise en place ... mais nous ne sommes pas obligés, en Europe, de suivre cette voie à un moment où les terres doivent visiblement être employées à un meilleur usage.
Enfin des politiques de soutien aux agriculteurs, des coopérations régionales peuvent encore être mises en place.

Pour lutter contre la spéculation, il faut soit mettre en place un maximum des prix (difficile à concevoir vu le libéralisme ambiant), ou encore empêcher le stockage des denrées dans une visée spéculative (mesure coercitive difficile à exécuter), soit convaincre les spéculateurs qu'ils ont intérêt à vendre aujourd'hui au lieu d'attendre demain ... et cette prise de conscience n'interviendra que si l'on a résolu la question précédente de la production ...

Il s'agit donc de prendre des décisions politiques au niveau international. Le veut-on ?

par Serge MAUPOUET publié dans : économie
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 8 mai 2008

Emile Mayer est encore méconnu du grand public, mais de moins en moins des spécialistes de l'histoire contemporaine. Un ouvrage collectif paru à la fin de l'année 2007 en témoigne. Il aura néanmoins fallu plus de dix ans pour qu'un second ouvrage soit consacré à ce militaire républicain, politiquement proche de la gauche modérée. 
Un premier ouvrage de Jacques Schapira et Henri Lerner - ce dernier mon professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris XII-Val de Marne - lui avait en effet été consacré en 1995 (Emile Mayer, un prophète baillonné, éditions Michalon, avec une préface de Jean Lacouture). La parution d'un second ouvrage sur Emile Mayer m'a donné envie de lire le premier, ce que je n'avais pas pu faire pendant mes études. Voici, non pas un résumé, ni même un compte-rendu de l'ouvrage, mais ce que j'ai pu en tirer concernant le positionnement républicain de Mayer, que Henri Lerner propose de voir comme exemplaire d'une époque en qualifiant le personnage de "pur produit de l'esprit républicain". J'espère ne pas trahir en ces lignes ce que Henri Lerner et Jacques Schapira ont cru pouvoir indiquer sur ce point. J'invite les lecteurs de cet article à se documenter plus avant pour faire éventuellement les précisions ou rectifications qui s'imposeraient, en lisant l'ouvrage collectif plus récent paru fin 2007.

Emile MAYER passe son enfance et son adolescence à Angoulême, son père étant directeur de la poudrerie sise dans cette ville. Il est cependant issu d’une famille juive de Nancy.
Au lycée, il se contente du strict minimum, mais se forge quand même une culture littéraire et historique, se concentrant sur le monde antique, l’époque moderne, et l’épopée napoléonienne.
Après un bref détour par Nancy, il monte finalement à Paris pour passer au lycée Charlemagne son baccalauréat es-science, en prélude à la préparation de l’X. Nous sommes alors vers les derniers temps du Second Empire. Et, en complément de sa tradition familiale – sa mère étant la fille de Michel Goudchaux, deux fois ministre des Finances sous la Deuxième République – c’est particulièrement là qu’il est plongé dans une atmosphère pénétrée d’esprit républicain.
Les leçons particulières qu’il reçoit alors d’Emile Boutmy – le fondateur de l’Ecole libre des sciences politiques – lui apprennent d’une part à mettre en œuvre une méthode d’analyse, axée sur la prise en compte des faits mais cherchant à expliquer les choses, les hommes, les faits sociaux, en introduisant des éléments de psychologie, et d’autre part à adopter un état d’esprit libre, dégagé de tout système. On peut trouver ici la source du non-conformisme qui lui cause ensuite bien des soucis pour sa carrière militaire, mais qui fait la richesse de sa pensée.
Le jeune Mayer s’abstient de prendre parti pour ou contre la Commune de Paris, et, d’une manière générale, il évite ensuite, tout au long de sa vie, de trop s’engager politiquement : la carrière militaire vers laquelle son père l’a dirigé, initialement à son corps défendant, le contraint à une attitude de réserve. Néanmoins, ses convictions indéfectiblement républicaines, l’amènent à fréquenter à plusieurs reprises des figures politiques majeures de la gauche : il collabore avec Jean Jaurès de 1900 à 1904, le documentant sur tout ce qui concerne l’armée française de l’époque, puis il a l’occasion de s’entretenir fréquemment, dans les années 1930, avec Léon Blum : il est en famille avec lui suite à une alliance matrimoniale. Le gendre d’Emile Mayer n’est, en effet, autre que Paul Grunebaum-Ballin, un juriste social déjà collaborateur d'Aristide Briand lors de l’élaboration de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, appelé plus tard à présider l'office des HBM puis des HLM sous la Troisième et encore au début de la Quatrième République. La femme de Paul Grunebaum-Ballin est la cousine de la seconde femme de Léon Blum. Le salon que Mayer anime dans les années 1920 et 1930, et où Blum est venu à titre privé alors même qu'il était aux affaires, s’enrichit encore du passage d’autres politiques, comme le député Philippe Serre – secrétaire d’Etat des gouvernements Chautemps et Blum – membre de la Jeune République – parti catholique social fondé par Marc Sangnier –, et peut-être, même si cela semble moins sûrement établi, de Léo Lagrange …

Le salon du boulevard Beauséjour, que Mayer anime, est encore fréquenté par Charles de Gaulle. Le point commun entre Mayer et de Gaulle ? Ce sont deux militaires non-conformistes, qui tentent de balayer les idées toutes faites en matière de doctrine, et confrontent leurs idées sur la nécessité de préparer la guerre suivante en tenant compte de la modernisation des armements … au lieu de se contenter, comme le font les chefs militaires de l’entre-deux-guerres, de croire que le conflit prochain se gagnerait en réitérant les options du précédent. Dès les années 1920, Mayer imagine une aviation capable de mener une guerre aérochimique, ce qui permettrait, en vient-il même à penser, de se passer d'une armée de terre; dès 1932, de Gaulle plaide pour la création d’un corps de blindés. Leurs propos sont ignorés en France, se heurtant à l’impéritie du haut commandement et au pacifisme ambiant, alors qu’au même moment, en Allemagne, Guderian théorise l’action combinée de l’aviation et des chars qui permet finalement à l’Allemagne de mener avec succès la guerre-éclair en Pologne en 1939, puis en France en 1940. 

Tentons maintenant de mettre en relief, autant qu’il est possible de le cerner, ce qu’est pour Mayer l’esprit républicain.
Tout d’abord un attachement viscéral à la république parlementaire. Attachement non seulement aux institutions démocratiques – et il influence en ce sens considérablement Charles de Gaulle pendant les années 1930 – mais aussi à un ensemble de valeurs morales et civiques.
La tradition laïque lui importe particulièrement, même s’il a désapprouvé la politique combiste, la considérant comme excessive, et confondant laïcisation et anticatholicisme. Mayer souhaite, comme son gendre, Paul Brunebaum-Ballin – chargé par Aristide Briand d’étudier les modalités d’application de la loi avec Léon Parsons et Louis Méjean – une loi dépourvue d’esprit combattif, qui soit ferme sur la Séparation tout en restant respectueuse du culte.
Israélite, Mayer n’est cependant pas pratiquant, et ne donne pas d’éducation religieuse particulière à ses enfants, ceux-ci se mariant civilement le moment venu. Anatole France est même présent au mariage de sa fille aînée, Cécile, et de Paul Brunebaum-Ballin, ce qui donne à cet événement, aux dires de Michel Lerner une « figure de cérémonie républicaine ».
N’oublions pas de souligner que Mayer est une victime des contrecoups de l’affaire Dreyfus, elle-même issue de la grande vague d’antisémitisme venue d’Europe centrale et qui touche la France à la fin du XIXe siècle : militaire, comme Dreyfus, israélite, comme Dreyfus, ses supérieurs et deux ministres de la Guerre (Krantz, antidreyfusard notoire, aggravant même de manière tout à fait contestable une sanction moins forte décidée par son prédécesseur Freycinet) tirent prétexte de la parution dans une revue suisse, sous l’impulsion de Mayer, d’une note à diffusion restreinte, et ce sans autorisation préalable, pour le placer en retrait de l’armée en 1899. Il est réintégré en 1907, suite à une intervention du président de la Ligue des Droits de l’Homme, Francis de Pressensé, auprès du ministre de la Guerre du gouvernement Clemenceau, le général Picquart.
La laïcité est donc une nécessité pour la communauté israélite qui, avant l’affaire Dreyfus n’est pas traversée par un phénomène communautariste, mais souhaite au contraire sa complète intégration dans la société. L’attitude du père de Mayer à Angoulême, suite au décès de sa fille aînée, est bien révélatrice de cet état d’esprit : il obtient que soit abattu, à l’intérieur du cimetière, le mur qui sépare les sépultures catholiques des autres …
Ainsi, le sentiment d’appartenance à la France, chez Mayer, passe avant toute autre considération. Pour autant, son patriotisme ne va pas jusqu’à l’esprit de revanche contre l’Allemagne, partagé par nombre de ses contemporains. Attachement à la France par la raison, mais sans exacerbation du sentiment national : du patriotisme, mais pas de nationalisme. A l’opposé, il est capable de recevoir les propos antimilitaristes et pacifistes de Roger-Martin du Gard, avec lequel il est en relation suivie à partir de 1922, mais sans les partager.
L’esprit de tolérance va de pair, chez Emile Mayer avec l’esprit libéral, entendu dans le sens du libéralisme politique. En ce qui concerne le libéralisme économique, Mayer souhaite une politique réformiste, mais s’il a le cœur a gauche, il ne va pas jusqu’à être favorable à l’instauration du socialisme tel qu’on l’entendait à l’époque : le collectivisme lui semble une illusion. Par contre, il conçoit qu’une véritable politique républicaine doive mener à accomplir les réformes nécessaires. C’est aussi en ce sens qu’il soutient l’action du Bloc des gauches, au début du XXe siècle, même s’il investit spécifiquement le domaine du militaire en créant une revue au titre éloquent, L’Armée et la nation, avec pour objectif de réconcilier la première et la seconde, au sortir de l’affaire Dreyfus. Le général André, militaire qui a toujours mis en avant ses convictions républicaines, devenu ministre de la Guerre, lui accorde même une subvention initiale de 400 francs. Cette revue paraît jusqu’en 1908. Plus tard, dans les années 1930, Mayer publie dans des revues proches de la mouvance radicale, comme l’Œuvre ou La Lumière

Alors, que tirer de cet article né d’une circonstance ? Il permet d’attirer l’attention sur le positionnement républicain d’une personnalité – restée largement méconnue du grand public de son vivant, sauf à un moment particulier de la Grande guerre non évoqué ici, mais que l’on redécouvre aujourd’hui – et sur les caractéristiques de ce positionnement républicain : attachement à l’esprit critique, à la liberté de pensée, à la laïcité, à la tolérance, au libéralisme politique, à une politique réformiste et à la république parlementaire, à un patriotisme qui refuse le nationalisme, à un refus encore du communautarisme et ce alors que Mayer appartient à une minorité.
Il y a sans doute des réflexions à en tirer, mais je laisse cela à la méditation des lecteurs.

par Serge MAUPOUET publié dans : histoire républicaine
commentaires (0)    recommander
Samedi 26 avril 2008
La théorie libérale classique affirme que pour sortir d'une crise, il faut essentiellement agir sur 4 leviers :
- la baisse des taux d'intérêts
- la baisse du coût du travail
- la réduction du coût moyen de production
- l'innovation
Jouer sur ces 4 facteurs permettrait de redonner aux investisseurs confiance en l'avenir; le redémarrage net de l'investissement assurant le réamorçage de la machine économique.

L'Etat a un rôle dans ce schéma libéral : il doit agir pour favoriser le retour de la confiance des investisseurs.
Comment ?
En pratiquant l'orthodoxie budgétaire : en équilibrant son budget, afin de ne pas vivre pas au-dessus de ses moyens.
En assainissant la situation économique par une politique de déflation.
En mettant en place une politique de baisse des salaires : les pouvoirs publics doivent notamment réduire les salaires des fonctionnaires et des militaires de carrière, pour donner le bon exemple.
En défendant la monnaie, base de la stabilité et de la confiance, suivant en cela les préceptes du philisophe Alain : "Je conseille une monnaie de plomb et une vie rustique" !
En créant les conditions du retour à un excédent de la balance commerciale.

Une rhétorique classique accompagne cette théorie libérale :
- les salaires trop élevés nuisent à la compétitivité
- des rémunérations trop rigides empêchent les adaptations "indispensables" visant à réduire les coûts de production
- les syndicats de salariés sont une force d'opposition aux "nécessaires" adaptations
- des allocations-chômage trop généreuses empêchent les salaires de fléchir (d'où les attaques virulentes contre l'"assistanat")

Si certains d'entre vous, en lisant cet article, trouvent des points communs avec la politique actuelle menée par le gouvernement français, je les rassure : c'est logique ! Sa politique est essentiellement néo-libérale.
Mais, pour plus de clarté, je vous renvoie, à titre de comparaison, à la politique de déflation menée par M. Doumergue : à qui demandait-on, en 1934, des sacrifices ?
A. aux fonctionnaires, avec réduction de leurs effectifs à concurrence de 10% et mise à la retraite anticipée des agents en surnombre;
B. aux pensionnés civils et militaires d'ancienneté
C. aux bénéficiaires d'allocation diverses :
D. aux collectivités, avec, par exemple, une réduction de la contribution de l'Etat aux dépenses de personnels des préfectures et sous-préfectures.

Vous constaterez donc que les cibles de la politique gouvernementale actuelle sont globalement les mêmes que celles de M. Doumergue en 1934.
Je pourrai aussi vous renvoyer aux principaux décrets-lois de Laval, du 16 juillet 1935, quoique ceux-ci diffèrent en partie de la politique actuelle : en effet, d'une part, une contribution excepttionnelle touchait les revenus les plus élevés, et, d'autre part,  l'on abaissait les prix de l'électricité; alors qu'aujourd'hui on prend tant bien soin de préserver les revenus des plus riches de l'impôt, que d'augmenter les bénéfices des sociétés d'Etat (dans l'optique de pouvoir mieux les vendre ensuite ...)

Seulement, voilà : cette politique libérale permet-elle de sortir d'une crise économique ?

La réponse est non. Toutes les expériences tentées dans les années 1930, lors de la Grande crise, ont été des échecs indiscutables.

Pourquoi ?
Parce que ce n'est pas en réduisant les salaires et les pensions qu'on favorise la consommation. Au contraire, on la contracte tellement que cela approfondit la crise.
Parce que plus l'on réduit les ressources des citoyens, plus les contibutions rentrent mal : les recettes fiscales sont amenuisées par la contraction des revenus, de la production et des échanges. Il devient très difficile d'équilibrer le budget, même en réduisant drastiquement les dépenses.
Parce que la politique de déflation fait peser les sacrifices sur les plus démunis ou sur les classes moyennes.
Elle est donc source de crises sociales, qui nuisent à l'activité économique, et par conséquent réduisent encore par contrecoup les contributions prélevées sur elle par l'Etat.

En outre, nous vivons aujourd'hui une situation paradoxale : la politique libérale classique conduit à un phénomène de déflation, alors qu'aujourd'hui nous assistons, en parallèle à la mise en place de la politique néo-libérale en France, à une aggravation de la hausse des prix (celle-ci ayant débuté lors de la dévaluation masquée réalisée lors de la mise en place de l'Euro au début de ce XXIe siècle, mais étant désormais entretenue soit par des pratiques spéculatives sur les marchés des matières premières, soit par l'accroissement des marges de certains distributeurs).
En clair : bien que nos concitoyens disposent de moins en moins de ressources disponibles, ils sont confrontés à une hausse massive des prix.

La question essentielle est donc de savoir, dans les mois qui viennent, et si le phénomène paradoxal se poursuit, si le niveau de vie de nos concitoyens se maintiendra à un point acceptable pour eux, ou s'il baissera à un point tel qu'il ne sera plus acceptable pour le plus grand nombre. Dans le premier cas, tout mouvement social, même d'ampleur sera contenu. Dans le second on pourrait assister à une véritable explosion sociale, avec des risques conséquents pour notre régime démocratique et républicain fragilisé.

Comment donc sort-on donc d'une crise ?
Par une politique néo-keynésienne associée à la recherche d'une organisation plus efficace de l'outil de production, par la mise en place de nouvelles règles du jeu économique (limitant, par exemple, les dangers nés d'une spéculation excessive, ou les prêts usuriers consentis à des gens n'ayant pas de ressources suffisantes pour emprunter), par une redéfinition des fondamentaux économiques (voir à ce propos l'opinion de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix et concepteur du microcrédit, dans Le Monde 2 du samedi 20 avril 2008), par l'intervention positive de l'Etat (et non pas seulement comme un pompier ou un policier économique, mais comme un véritable acteur de développement social, industriel, de services), par une politique de redistribution des richesses qui permet même aux plus démunis de continuer à vivre décemment.

En tout cas, une chose est sûre, et il faut le répéter. On ne sort pas d'une crise par la paupérisation généralisée : je me demande pourquoi, en haut lieu, on ne semble pas prendre en compte cette simple évidence ?


par Serge MAUPOUET publié dans : économie
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Vendredi 11 avril 2008

Je viens de trouver en ligne une dépêche AFP qui me semble particulièrement intéressante. Je la reproduis ci-dessous : 

" Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a affirmé jeudi qu'il excluait un "retour" au PS mais souhaitait la création d'"un grand parti de toute la gauche" avant 2010, pour "gagner" la présidentielle de 2012.
"J'exclus le retour au Parti socialiste, mais je n'exclus pas la participation du MRC dans un grand Congrès de refondation de toute la gauche avec ceux qui voudront venir", a dit l'ancien ministre sur France 24.
Il a invité notamment les communistes à se joindre à cette démarche, estimant qu'ils pourront "mieux employer leur énergie dans un grand parti de toute la gauche que dans un parti devenu à certains égards résiduel".
Ce grand parti devrait se préparer, selon lui, par "des forums de l'unité ou peut-être des assises". Il s'agit "avant 2010 au plus tard" de créer cet "électrochoc" et "cet élan qui permettra de gagner en 2012".
Il a regretté que le PS soit "déchiré aujourd'hui par des querelles de personnes". "L'effort d'élaboration du projet doit prendre le pas sur la concurrence des égos", a-t-il dit.
Proche de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, l'ancien ministre a critiqué la récente "consultation participative" lancée par l'ex-candidate: "Je souhaite qu'elle sorte de la phase participative où elle est à nouveau entrée, pour faire une politique de l'offre et dire très clairement aux Français où elle veut les conduire".
[...]
Dépêche AFP, jeudi 10 avril 2008, 16h52.

Au-delà de certains points de rhétorique, parlons de ce qui est vraiment important dans cette dépêche :
- le PS n'avalera pas les républicains de gauche;
- l'excès de démocratie participative, excès que j'ai combattu vivement sur ce blog fin 2006 et début 2007, est dénoncé;
- l'ouverture est faite en direction des communistes : or, pendant longtemps, le parti communiste a accueilli des jacobins et des républicains de gauche;
- il s'agit de refonder avec "ceux qui voudront venir", ce qui ouvre la porte à la venue de tous les républicains de gauche qui le souhaitent !

Tout ceci me conduit à titrer "Républicains de gauche : votre destin est dans vos mains", car l'ouverture est ici clairement faite par JPC, l'orientation est donnée. Depuis l'article du Monde du 4 avril, le doute s'était répandu, on s'interrogeait (voir des articles sur ce blog et sur d'autres, et les nombreux commentaires suscités ! ) ... les républicains de gauche allaient-ils se trouver définitivement en déshérence ? Eh bien, non !
Non seulement, des républicains de gauche, il en reste ! Mais encore, la main leur est tendue, on les appelle tous à se réunir et à construire !
Les républicains de gauche vont pouvoir travailler eux-mêmes à bâtir leur destin !
Car, maintenant, tout va reposer sur le travail des militants !
Les cartes sont, en effet, désormais, dans les mains des citoyens: une ligne politique a été tracée, des perspectives sont ouvertes ... il faut savoir se rassembler pour constuire le grand parti de gauche à ossature républicaine qui est proposé !
Si les républicains de gauche laissent passer cette occasion, parions qu'il n'y aura pas de seconde chance.
Alors, au travail : débattons, mais débattons pour construire ! Débattons pour parvenir à nous réunir !
Et unissons-nous pour le renouveau républicain dans la France a tant besoin !

par Serge MAUPOUET publié dans : saintongejacobine
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 10 avril 2008

Qu'est-ce qu'être vraiment à gauche ?
Débat épineux ? Oui, si on entre dans les détails ... non si on cherche à dégager les grandes lignes.
En tout cas, ce n'est pas forcément se positionner comme le souhaiterait BHL ... et ce n'est pas non plus une adhésion à un courant de pensée particulier. Car, il n'y a pas une seule gauche, il y a bien des gauches.

Non, être à gauche, c'est surtout adopter une certaine ligne de conduite :
- avant chaque décision, choisir de faire passer l'intérêt du plus grand nombre avant l'intérêt du plus petit nombre. Prendre des décisions pour le peuple, c'est être de gauche.
- s'assurer que les décisions prises sont partagées par le peuple. Gouverner avec le peuple, c'est aussi être de gauche.

Etre à gauche, c'est se battre sur le terrain des idées, en souhaitant aller vers un idéal de progrès, et de progrès partagé :
- aller dans le sens de la proposition constructive - mais dans le respect des deux points précédents (gouverner dans l'intérêt du plus grand nombre, gouverner avec le peuple), et non pas de la réaction conservatrice; être une force de progrès démocratique et social, c'est être de gauche;

Etre à gauche, c'est être dans le combat politique et social :
- constater que la société actuelle est le résultat d'une évolution, elle-même permise par une succession de combats, dans les domaines politique et social; être dans la lutte, c'est être de gauche;

Etre à gauche, c'est aussi partager un héritage :
- se souvenir que la gauche plonge ses racines dans la Révolution française d'abord, dans celle de février 1848 ensuite, et par conséquent concevoir la Nation comme une émanation de la volonté populaire; la Nation, selon la "conception française" (cf. Renan), est en effet issue de la volonté collective de vivre ensemble en partageant une histoire, un héritage, des valeurs communes (ce dernier point n'étant pas des moindres);
- les républicains de gauche précisent qu'il est nécessaire d'admettre la Nation comme constituant une protection pour le plus grand nombre, et comme étant un espace d'épanouissement démocratique particulièrement pertinent; c'est en outre agir pour faire en sorte que l'Etat national ne soit pas un outil de contrainte aux mains du plus petit nombre, mais bien un outil de développement pour tous; agir prioritairement dans le cadre de la Nation, au bénéfice des citoyens, c'est être de gauche. Et cela n'empêche pas d'avoir un esprit tolérant, ouvert à l'universel, etc. A mon sens, cette conviction qu'il est nécesaire de continuer à agir prioritairement à l'échelon national, devrait aussi être un des fondements de la gauche : on voit bien, en effet, et chaque jour un peu plus, que c'est par l'affaiblissement de la Nation comme échelon protecteur, que les forces de la conservation, de la régression sociale, qui peuvent être dominantes à des échelons supranationaux, font des progrès en France même.

Ce qui manque à la gauche de gouvernement, ce qui explique qu'elle perde périodiquement les élections, notamment présidentielles et législatives, - alors même qu'elle devrait être en position de les gagner, comme en 2007 - c'est qu'elle n'apparaît plus vraiment à gauche, parce qu'elle ne respecte pas une certaine ligne de conduite, parce qu'elle n'agit assez pour un progrès partagé au bénéfice du plus grand nombre, parce qu'elle oublie d'être dans le combat social, et qu'elle renonce à assumer une partie de son héritage.

Il est important de savoir qui on est, pour savoir où l'on va, et encore plus lorsqu'il s'agit de susciter l'adhésion ...

par Serge MAUPOUET publié dans : vie démocratique
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mercredi 9 avril 2008

La mise en place du CESU - "chèque emploi-service universel", permettant une participation financière de l'employeur à la garde des enfants de 0 à 3 ans - à l'été 2006, puis du CESU 3-6 ans à la fin 2007 a entraîné une privatisation et une marchandisation de l'action sociale des fonctionnaires.

Avant de préciser ces deux points, un petit rappel de la présentation faite du CESU sur le site de l'URSSAF :
"Le Chèque emploi service universel préfinancé (titres Chèque emploi service universel) [est un titre] qui sert à payer un prestataire de services à la personne ou bien un salarié. Il est préidentifié au nom du bénéficiaire, à valeur prédéfinie, diffusé par des organismes cofinanceurs et émis par les organismes habilités par l'Agence nationale des services à la personne.
Les cofinanceurs (employeur, mutuelle, assurance, caisse de retraite, conseil général ou tout autre organisme habilité) mettent ainsi à la disposition des bénéficiaires (salariés, assurés, adhérents) des titres de paiement destinés au règlement des prestations. Les carnets de CESU cofinancé sont accompagnés de volets sociaux nécessaires à la déclaration des salariés en cas d'emploi direct."


Alors, en quoi pouvons-nous dire que le CESU correspond à une privatisation et à une marchanidsation de l'action sociale ?

Il y a privatisation, puisque la délivrance des CESU est faite par une entreprise privée, choisie suite à un appel d'offres, mais sans qu'il n'y ait eu de discussion au CIAS (Comité Interministériel de l'Action Sociale).

Il y a marchandisation, non seulement parce que la délivrance du titre a un coût pour l'employeur - et si l'employeur est l'Etat, un coût pour le contribuable - et un coût aussi pour l'organisme ou la collectivité territoriale qui encaisse le titre, mais encore parce que la délivrance du titre est source de profit pour la société privée chargée de cette opération.

En outre, le CESU est une prestation dont la distribution est inégalitaire : en effet, puisque l'encaissement du titre a un coût pour l'organisme et/ou la collectivité qui l'encaisse, ledit organisme et/ou ladite collectivité sont susceptibles de ne pas accepter de paiement avec ce titre CESU ! Ainsi, à Saintes, l'acceptation du CESU par la crèche familiale a été actée par la municipalité sortante, mais celle-ci avait bien signifié aux représentants des parents que cela entraînait un coût pour la collectivité.

Mais encore, le titre CESU est accordé sans plafond de ressources pour son montant minimal, à savoir 200€ annuel. Même les salaires les plus élevés peuvent donc prétendre à cette prestation. On peut se demander quelle est ici la légitimité d'une telle "prestation sociale" accordée même aux plus aisés. En théorie, et en dehors des allocations familiales qui, puisqu'elle ont pour but premier d'encourager la natalité, sont légitimement accordées à tous, une prestation sociale, qui veut garder un caractère social, doit dépendre des revenus des bénéficiaires, et doit par conséquent comporter un plafond. Mais, ici, on voit bien que mettre un plafond reviendrait à réduire le marché de l'entreprise privée qui délivre les CESU ...

Enfin, cette prestation individuelle n'est qu'un palliatif au véritable problème à résoudre pour faciliter l'accueil d'enfants en crèches ou en haltes-garderies, à savoir les investissements nécessaires pour augmenter le nombre de places disponibles.

Sources :
- http://www.cesu.urssaf.fr/cesweb/ces1.jsp;jsessionid=DxpxG...KL6 
- "Vers la marchandisation des prestations sociales" in supplément à l'Université Syndicaliste n° 665 du 5 avril 2008, p. 15
Cet article reste une ébauche, appelée à évoluer. En fait, cela faisait longtemps que j'avais envie de rédiger quelque chose sur ce sujet, et l'US m'a apporté quelques éléments complétant ceux qui étaient à ma disposition, d'où la mise en ligne de ce jour, mais l'article peut encore être notablement amélioré ... Vous le retrouverez bientôt avec des compléments.

par Serge MAUPOUET publié dans : social
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 8 avril 2008

On peut lire dans Le Monde daté du mardi 8 avril 2008, p. 10, un article intitulé "Institutions, la réforme sera soumise aux députés le 20 mai - Les principales mesures de l'avant-projet de loi constitutionnelle".

Parmi la liste des mesures, une me semble particulièrement dangereuse, celle qui permettrait au chef de l'Etat de "prendre la parole devant le Parlement réuni en Congrès ou l'une ou l'autre de ses assemblées." Etant précisé que "Son allocution peut donner lieu, hors sa présence, à un débat qui n'est suivi d'aucun vote" (art. 7).

Pourquoi cette mesure est-elle dangereuse ? Parce qu'elle porte atteinte au principe essentiel de la Séparation des pouvoirs, et qu'elle marque une dérive vers une forme de césarisme.

Pour en apporter la preuve simple, je ne vais pas chercher des références universitaires complexes. Non. Je vais me contenter de prendre un petit texte tout simple, très clair, et aussi neutre idéologiquement que possible.
Je prends donc en main un manuel destiné aux enseignants d'éducation civique : la neutralité du propos découle du fait qu'il s'agit d'un texte à la fois formatif et informatif, destiné à un public large, instruit, mais qu'il s'agit aussi d'un texte supposé servir de base à des cours dispensés à des élèves de 3e, dont les parents sont de toute origine sociale et idéologique (Aide à la mise en oeuvre des programmes, Education civique, collège 3e, SCEREN-CRDP de l'Académie de Versailles,  2003).

Citons ce texte :
"La Ve République est un régime plus complexe [que la IVe République]. Le principe de la séparation des pouvoirs est une des bases de sa Constitution puisqu'il fait partie des cinq principes de la loi constitutionnelle de juin 1958. On peut rendre lisible ce principe grâce à un exemple précis : le Président de la République ne peut pas entrer au Parlement; il communique par des messages. Cependant on peut constater que la séparation n'est pas totale, mais plutôt équilibrée. [suivent des exemples montrant en quoi il existe un équilibre]"
Aide à la mise en oeuvre des programmes, Education civique, collège 3e, SCEREN-CRDP de l'Académie de Versailles,  2003, p.130

Voilà, c'est clair, c'est net. Quel est l'élément cité comme exemple de garantie de la séparation des pouvoirs ? Le fait que le Président de la République, chef de l'Etat, chef de l'exécutif, ne peut pas venir en personne faire pression sur l'Assemblée Nationale ou le Sénat, assemblées formant le Parlement, lequel détient le pouvoir législatif. Cette interdiction est indispensable au bon fonctionnement des institutions, car la séparation des pouvoirs n'est pas totale, elle est équilibrée. Toucher à cet équilibre, c'est faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Laisser le Président venir à l'Assemblée pour y prononcer un discours, c'est déséquilibrer les institutions, déjà semi-présidentielles, et les faire pencher vers un renforcement du présidentialisme, du bonapartisme, et finalement du césarisme.

Par conséquent, lorsque je lis dans la même édition du Monde, même page, dans l'article "Laurent Fabius veut incarner la "compétence tranquille"" que M. Fabius suggère "que le président de la République puisse -sous certaines conditions - s'exprimer devant le Parlement, à l'instar du message sur l'état de l'Union du président des Etats-Unis", je suis inquiet.

J'espère que vous l'êtes aussi ... légitimement !

par Serge MAUPOUET publié dans : vie démocratique
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 8 avril 2008

Les 3 fausses "bonnes idées" en école primaire sont la suppression du samedi matin, les heures de soutien pour les élèves les plus en difficultés, les stages de remise à niveau pendant les vacances. Mais le cumul des 3 fausses "bonnes idées" conduit directement à une aberration !

La suppression du samedi, contrairement à ce que pensent beaucoup de nos concitoyens, va augmenter la fatigue des écoliers. En effet, les pédagogues savent bien que le samedi matin était un temps d'enseignement profitable : les élèves savaient que la journée, réduite à une demi-journée, n'était pas lourde pour eux, qu'elle débouchait sur la liberté du week-end; et par conséquent, ils arrivaient dans de bonnes dispositions. Par contre, des études, bien connues des enseignants (parce que présentées à bon nombre d'entre eux lors de leur formation en IUFM), ont démontré que lorsqu'il n'y avait pas cours le samedi matin, une part non négligeable des enfants libérés soit passaient leur mâtinée au supermarché le plus proche en compagnie de leurs parents, soit partaient plus souvent en week-end, participaient plus à des fêtes de famille, ce qui aurait été profitable s'ils n'en étaient revenus d'autant plus fatigués. C'est-à-dire que, paradoxalement, travaillant le samedi matin, les enfants étaient moins fatigués en revenant le lundi matin que s'ils avaient été libérés.
Ce qui est advenu dans les études menées jusqu'à aujourd'hui, est appelé à se répéter de manière systématique à partir de l'année prochaine : avec la suppression du samedi matin travaillé, les écoliers auront non seulement perdu deux heures de cours par semaine, mais ils seront moins disponibles pour les apprentissages.
Certains parents trouveront peut-être à redire sur ce premier point que je développe, mais je les invite à être attentifs aux activités qu'eux-mêmes ou que d'autres parents qu'ils peuvent connaître, proposeront à partir de septembre à leurs enfants sur ce temps libéré. Nous pourrons alors en rediscuter ici à l'automne prochain ...

Les heures d'école supprimées pour tout le monde vont être "redonnées" à quelques-uns, choisis par les enseignants, pour participer à des cours de soutien. Il s'agira de séquences de remédiation, organisées de manière variable selon les académies, les départements, les circonscriptions. En Saintonge, il semblerait que l'on se dirige soit vers une demi-heure de plus chaque jour à la fin des cours (hypothèse la moins probable), soit vers une demi-heure de plus chaque jour sur la pause du midi (hypothèse la plus probable). Première incohérence : les deux heures supprimées le samedi pour tous, ne sont redonnées en semaine qu'à quelques-uns. Deuxième incohérence : ce sont les élèves les plus fragiles qui doivent participer à ces séquences de remédiation, et qui vont par conséquent avoir des journées plus chargées, plus fatigantes que les autres élèves. Les bons élèves se reposeront - s'il s'agit de la pause du midi - ou rentreront chez eux - si le créneau choisi se positionne à la fin de la journée, tandis que les élèves les plus en difficulté auront une pause du midi rognée, ou bien devront rester en plus le soir. Aucun compte n'est ici tenu du rythme biologique des enfants. Il ne viendrait à l'idée de personne de rajouter encore un temps de travail à un adulte en plus de la journée de travail que l'on demanderait à d'autres. Mais, pour les enfants, cela est possible ! Quel bénéfice sera retiré de ces séquences placées à des moments où les enfants, ayant déjà affronté une demi-journée ou une journée entière de cours, seraient demandeurs d'un temps de repos, et non pas d'une fatigue intellectuelle supplémentaire ? A mon avis : aucun.
A ceux qui ne seraient pas en accord avec ce développement, je propose un test : prenez vous-mêmes des élèves en état de fatigue intellectuelle avancée, et essayez de leur faire apprendre ou réviser quelque chose à ce moment-là. Le résultat ne sera pas éloigné de zéro. Vous aurez passé du temps, vos élèves auront passé du temps, mais ils n'auront rien appris ou retenu du plus. Apprendre quelque chose demande, en effet, un certain état de fraîcheur.
Enfin quoi, cela ne relève-t-il pas de l'incohérence, sinon même de l'absurde, pour le gouvernement en place, que de dénoncer la longueur des journées d'école tout en augmentant cette longueur pour les élèves les plus en difficulté !

Les stages de remise à niveau pendant les vacances sont organisés à partir des vacances de printemps 2008, à raison de trois heures par jour sur cinq jours. Les enfants sont choisis par les enseignants, l'accord des familles doit être obtenu, et il s'agit d'organiser des activités d'apprentissage sous une forme ludique et agréable. Soit. Mais voilà, le lieu d'accueil n'est pas forcément l'école de l'élève, l'enseignant n'est pas - sauf exception - son enseignant habituel, et surtout les vacances sont normalement échelonnées dans l'année de manière à instaurer 2 semaines de repos toutes les 5 à 7 semaines de travail ! Deux semaines de repos car c'est le temps nécessaire à un enfant pour se reposer, se ressourcer, repartir du bon pied ! Or, on va supprimer une semaine de repos aux enfants en difficulté ! Donc, ces enfants-là vont reprendre plus fatigués que les autres ! Ils vont donc reperdre très rapidement l'éventuel bénéfice tiré du stage ... puisque pour apprendre, il faut être en capacité de se concentrer intellectuellement. Et un enfant fatigué - comme un adulte fatigué - n'est pas en mesure de se concentrer suffisamment.

Vous cumulez maintenant les trois fausses "bonnes idées", et vous arrivez à une aberration :
- on supprime deux heures hebdomadaires pour tous;
- on supprime la classe du samedi matin qui était un temps d'apprentissage profitable;
- on sait que beaucoup d'enfants, avec un week-end de deux jours pleins vont, paradoxalement, revenir plus fatigués le lundi suivant que s'ils avaient eu cours le samedi matin;
- on redonne les deux heures hebdomadaires supprimées seulement à quelques-uns, à ceux qui sont le plus en difficulté, mais à des moments où les enfants ne seront pas disponibles intellectuellement pour apprendre, en stigmatisant éventuellement les enfants qui devront rester en classe alors que les autres seront déjà chez eux !
- on propose des stages de remise à niveau pendant les vacances, sur des temps de vie qui devraient être consacrés à la récupération, au ressourcement, au repos intellectuel; on propose ces stages à nouveau aux enfants les plus en difficultés, peut-être même à ceux qui auront déjà eu du temps en plus pour des heures de soutien, et donc seraient déjà ceux qui auraient eu le plus besoin de véritables vacances !

Bref : on marche sur la tête, c'est ubuesque !

par Serge MAUPOUET publié dans : éducation
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Dimanche 6 avril 2008

Deux éléments motivent cet article : 
1 - Concernant le débat qui traversait la gauche républicaine depuis l'article du Monde du 04 avril, une réponse vient d'être donnée, en ligne, sur le blog de Jean-Pierre CHEVENEMENT. Elle se décompose en deux temps.

- Premier temps, une affirmation claire à propos de l'hypothétique fusion du MRC dans le PS évoquée par un article du Monde publié le 04 avril 2008, et qui dément cet article :
"Pour que les choses soient dites clairement, nous [= le MRC] ne sommes pas prêts à adhérer au PS. Tout s'est passé en effet comme si celui-ci avait mené à notre égard – consciemment ou non – une véritable campagne d'éradication au lendemain du 21 avril 2002, cherchant à nous transformer en bouc émissaire commode d'un échec dont son candidat était en fait le principal responsable. Nous n'admettons pas d'avoir été ainsi « criminalisés » pour avoir porté un projet différent sur l'Europe, la politique industrielle, la République ou l'indépendance de notre politique étrangère. Bref nous entendons non seulement nous faire respecter mais conduire des débats de fond sans lesquels il n'y aura pas de refondation républicaine de la gauche. Le MRC se place dans cette perspective de refondation exclusivement. Il n'entend donc pas acquiescer à une version de l'Histoire qui n'a pas d'autre objet que de soustraire à la critique une orientation social-libérale qu'il a toujours combattue. Pas plus qu'hier nous n'accepterons de servir de caution."
Extrait du Projet de texte d'orientation soumis par Jean-Pierre Chevènement à la réflexion du Conseil National du MRC, dimanche 6 avril 2008.
 
Donc, l'affaire semble réglée de ce point de vue. Le MRC ne fusionnera pas avec le PS. Une très bonne nouvelle !
Le démenti qui a circulé dès vendredi soir dans la Fédération MRC du Nord était donc fondé.

- Deuxième temps :
"L'objectif d'un grand parti de toute la gauche doit être clairement affirmé. Seule une nouvelle structure pourra accueillir la masse des sympathisants aujourd'hui sans repères et l'élan des nouvelles générations. Une Fédération ou une confédération pourrait sans doute constituer une étape intermédiaire mais en réalité le temps presse : seule la création d'un grand parti de toute la gauche, déjà relayée par certains responsables socialistes, faisant écho à nos propres propositions, peut créer l'électrochoc nécessaire. Ce nouveau parti devra rassembler largement et sans sectarisme toutes les sensibilités."
Extrait du Projet de texte d'orientation soumis par Jean-Pierre Chevènement à la réflexion du Conseil National du MRC, dimanche 6 avril 2008.

En première approche, je me contente de penser qu'une fédération ou une confédération semble tout à fait envisageable, et même à très court terme, avec un mérite concernant cette combinaison : les républicains de gauche ne seraient pas ainsi totalement dilués. Au contraire, les républicains de gauche, s'ils étaient les premiers à s'unir, à se fédérer, pourraient se trouver considérablement renforcés.
Pour le parti unique de la gauche, si la proposition est séduisante pour résister au grand parti de droite qu'est désormais l'UMP, il faut évidemment savoir sur quelle base la création se ferait : car, si c'est pour former "un grand PS", autant dire que cela n'aurait aucune utilité pour les républicains de gauche ! Ils seraient encore plus dilués que par une simple fusion dans le PS ...
Par conséquent, ce projet n'est intéressant que s'il s'agit de réunir la gauche sur une base commune la plus large possible, sans unilatéralisme de la part du parti actuellement dominant, pour une refondation prenant en compte le logiciel républicain. Vu l'émiettement actuel des gauches, la tâche paraît cependant rude.
Mon sentiment premier est donc qu'il faut déjà travailler à réunir, à fédérer ou à confédérer tous les républicains de gauche ! Et il faut agir vite.

N'en sachant pas plus, pour l'heure, je me contente de ce petit écrit, et je vous renvoie à l'intégralité du texte : http://www.chevenement.fr/Un-contenu-et-un-chemin-pour-la-creation-d-un-grand-parti-de-toute-la-gauche_a595.html

2 - Sur ce même blog de Jean-Pierre CHEVENEMENT, que je consultais pour savoir si des indications nouvelles concernant l'hypothétique - et désormais démentie - fusion MRC-PS étaient en ligne, j'ai trouvé le nouveau projet du MRC, que je vous invite à consulter, sans en faire ici un commentaire. Chacun pourra ainsi se faire librement sa propre idée : http://www.chevenement.fr/Un-projet-republicain-plus-que-jamais-d-actualite_a596.html

 

par Serge MAUPOUET publié dans : saintongejacobine
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander

Jacobins

Un instituteur ...

"Nous allons nous entretenir aujourd'hui d'une époque [à laquelle] nous devons tout ce que nous avons : je veux parler de la Révolution de 1789 [...]
Je pense ne surprendre personne ici en déclarant que moi, enfant du peuple comme vous tous, je suis un admirateur de cette Révolution, qui a tout fait pour la classe à laquelle nous appartenons. Partisan résolu des principes ineffaçables contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, je ferai tout mon possible pour arriver à les faire connaître, ces principes devant former le catéchisme de tout républicain [...]
[La République] a fait de grands efforts pour rendre les lois plus justes, et pour que les charges soient également réparties entre tous les citoyens. Elle a surtout cherché à améliorer le sort du peuple, de l'ouvrier, de ce qu'on a l'habitude d'appeler le petit."
Conférence populaire prononcée par l'instituteur d'une commune du Loir-et-Cher (167 habitants) en 1899, publié par J. OZOUF, Nous les maîtres d'école, Paris 1967.

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus