Références

"Nous allons nous entretenir aujourd'hui d'une époque [à laquelle] nous devons tout ce que nous avons : je veux parler de la Révolution de 1789 [...]
Je pense ne surprendre personne ici en déclarant que moi, enfant du peuple comme vous tous, je suis un admirateur de cette Révolution, qui a tout fait pour la classe à laquelle nous appartenons. Partisan résolu des principes ineffaçables contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, je ferai tout mon possible pour arriver à les faire connaître, ces principes devant former le catéchisme de tout républicain [...]
[La République] a fait de grands efforts pour rendre les lois plus justes, et pour que les charges soient également réparties entre tous les citoyens. Elle a surtout cherché à améliorer le sort du peuple, de l'ouvrier, de ce qu'on a l'habitude d'appeler le petit."
Conférence populaire prononcée par l'instituteur d'une commune du Loir-et-Cher (167 habitants) en 1899, publié par J. OZOUF, Nous les maîtres d'école, Paris 1967.

Recherche

Bienvenue !

Citoyen, citoyenne,

Vous trouverez ici quelques contributions visant à participer humblement aux débats concernant la "chose publique" et la vie de la "cité".

Pourquoi ? Parce que la politique n'est pas une activité abstraite réservée à une élite, mais bien un processus démocratique aboutissant à des décisions qui influencent la vie quotidienne de chacun d'entre nous.

Participez vous aussi, et enrichissez le débat en laissant vos commentaires.

Salut et Fraternité

Samedi 17 mai 2008

En attendant la mise en ligne d'un article plus personnel sur la politique éducative - article que je prévois mais dont la rédaction a été différée à cause d'une panne informatique qui m'a pris mon temps libre depuis 48 heures - je me contente de reproduire ici l' "appel à la mobilisation pour une politique éducative ambitieuse", signé par Ceméa, Confédération Étudiante, CRAP-Cahiers pédagogiques, FCPE, Ferc-CGT, FIDL, Les Francas, FSU, GFEN. ICEM-Pédagogie Freinet, Jeunesse au Plein Air, Ligue de l'Enseignement, Sgen-CFDT, Sud Éducation, Sud Étudiant, Unef, UNL, Unsa Éducation.

Le budget 2008 qui sera appliqué à la prochaine rentrée est contesté par les élèves, les parents d'élèves, les personnels, les étudiants, les associations éducatives complémentaires de l'enseignement public et tous les partenaires de l'École. Les mobilisations vont croissantes et portent l'exigence de moyens pour la réussite et la démocratisation du système éducatif.

Les 11 200 suppressions de postes entraîneront des classes surchargées, rendant impossible le suivi individuel des élèves. Dans le second degré cela va conduire à des disparitions de formations et d'options et la fin de dispositifs pédagogiques et de soutien innovants.

Conjuguée aux retraits de moyens, la mise en place précipitée, sans réflexion préalable et sans concertation suffisante, du bac pro 3 ans dans les LP, suscite des inquiétudes légitimes quant à la prise en charge des élèves en enseignement professionnel en particulier ceux qui sont en difficulté.

Dans le premier degré les projets de programmes traduisent une vision passéiste et rétrograde de l'École, ainsi qu'un recul pédagogique et didactique. Ils remettent en cause les cycles et s'accompagnent d'une apparente volonté d'externaliser l'aide aux élèves en difficulté en rejetant la responsabilité de l'échec scolaire sur les familles.

Ce budget de rigueur et les suppressions de postes concernent tous les secteurs comme l'Éducation nationale mais aussi l'Enseignement Agricole Public et tous les personnels, se traduisant par une aggravation des conditions de travail et un fonctionnement plus difficile pour notre système scolaire.

Les annonces budgétaires pour les prochaines années confirment que cette politique de régression en lien avec la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) pourrait s'installer dans la durée.

La transformation de l'École implique une toute autre dynamique pour le système éducatif et pour les métiers de l'éducation.

Pour obtenir des budgets ambitieux qui permettent une transformation de l'École,
Pour mettre en œuvre une autre politique éducative mettant la réussite de tous les élèves au centre de ses préoccupations,

Les organisations signataires appellent à poursuivre et amplifier les mobilisations en cours :

• en organisant localement, dès la rentrée des vacances de printemps, des rencontres entre parents, lycéens, personnels de l'éducation et responsables des associations éducatives complémentaires de l'enseignement public pour mieux les informer.

• en développant dans la durée des actions s'opposant aux conséquences du désastreux budget 2008 :

— par une journée nationale d'actions diversifiées le 15 mai,

— par l'organisation samedi 24 d'une grande journée de mobilisations, de rencontres avec la population et de manifestations dans tous les départements.

par Serge MAUPOUET publié dans : éducation
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 15 mai 2008

Sur son blog, Christine Tasin signale l'existence d'un site sur lequel on peut adresser un message aux électeurs irlandais qui vont devoir se prononcer sur le traité constitutionnel européen.
Je la cite ci-dessous :
"Je vous conseille d'aller sur le site
http://www.irish-friends-vote-no-for-me.org/index.php?set_language=fr&cccpage=sign_petition pour écrire aux électeurs irlandais qui détiennent notre ultime chance de faire échouer cette Europe dont nous ne voulons pas."
Initiative peut-être modeste, mais ne faut-il pas tout mettre en oeuvre, maintenant que nous avons été privés de vote ici, en France ?
Voir l'article complet :
http://christinetasin.over-blog.fr/article-19541984.html

Je vous renvoie bien sûr aux autres articles disponibles sur mon propre blog concernant ce traité :
- De la signature à la ratification, un parcours donc l'issue n'est pas encore certaine :
http://saintongejacobine.over-blog.com/article-15940934.html
- Traité de Lisbonne et souveraineté populaire : http://saintongejacobine.over-blog.com/article-15940780.html

 

par Serge MAUPOUET publié dans : Europe
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 12 mai 2008

J'avais évoqué le fait, dans un précédent article, qu' "on s'attendait bien, à Saintes, à une valse des postes d'enseignants, et à des fermetures ponctuelles de classes dans le primaire, mais c'est une véritable valdingue qui est organisée; c'est l'impression que l'on éprouve si l'on s'en tient à la lecture des mesures du dernier CDEN (Charente-Maritime, 25 mars 2008)".

Ce que je ne savais pas, au moment où j'écrivais ces lignes, c'est qu'en fait les décisions du CDEN étaient en partie caduques à peine présentées ! Dès le lendemain du CDEN tenu le 25 mars, des négociations ont été menées par l'administration avec certaines municipalités, et des changements sont intervenus, sans que les organisations représentées au CDEN ne le sachent (ou en tout cas, au moins quelques-unes n'étaient pas au courant ...) ! Sud-Ouest s'était d'ailleurs fait l'écho de tractations en cours pour la commune de Saintes, avec des informations qui ne correspondaient pas avec les informations transmises le 25 mars ... Il y avait donc anguille sous roche.

Fort heureusement, le SNUIPP 17 a eu la bonté de mettre en ligne sur son site un tableau intitulé "ajustement au 29 avril 2008 des mesures CDEN du 25 mars 2008" : pour être complet, signalons que la FCPE départementale avait aussi eu vent de certains retouches grâce à l'UNSA.. Enfin, quoiqu'il en soit, il faut se féliciter de l'existence de syndicats, car c'est grâce à eux qu'on peut dénicher quelques infos sûres ... suivre l'évolution des choses  n'est, en effet, pas simple ...

Donc, initialement, suite au CDEN du 25 mars, j'avais pu écrire "Faisons en effet le bilan des festivités pour la rentrée de septembre sur Saintes intra-muros :
- côté positif : 1 ouverture de classe à l'école élémentaire Léo Lagrange;
- côté négatif : 1 fermeture à l'école élémentaire Jean Jaurès, 1 fermeture à l'école élémentaire Pelletan, 1 fermeture à l'école élémentaire Pasteur, 1 femeture à l'école maternelle Emile Combes. Comme la coupe n'est pas tout à fait pleine, 1 fermeture conditionnelle peut survenir à l'école maternelle Saint Eutrope
."
Mais, au final, la fermeture de Pasteur ne se fait plus ...

Je m'étais posé, ensuite, comme question (en utilisant les données du 25 mars)  : "Mais qu'en est-il au niveau du département ?
- côté positif : 13 ouvertures, 12 ouvertures conditionnelles;
- côté négatif : 26 fermetures, 21 fermetures conditionnelles
."

Désormais, il faut rectifier ainsi :
- côté positif : 16 ouvertures, 11 ouvertures conditionnelles
- côté négatif : 25 fermetures, 19 fermetures conditionnelles

Résultat, la valdingue n'est pas que sur Saintes ... mais, effectivement, il faut constater une légère amélioration, ou, du moins, une dégradation moins nette de la situation par rapport au projet initial. Ce qui a apparemment joué, entre le 25 mars et le 29 avril, c'est la capacité de mobilisation de certains élus, qui ont défendu des postes pour leurs écoles.

Des élus siègent en effet en CDEN, comme le rappelle cette présentation de la composition d'un CDEN :
"Le Conseil départemental de l'éducation nationale (C.D.E.N.)
Composition
Les C.D.E.N. sont composés de représentants :
- des collectivités locales ;
- des personnels des établissements d'enseignement et de formation ;
- des usagers (parents d'élèves, associations, etc.)
Missions
Le conseil peut être consulté sur toute question relative à l'organisation et au fonctionnement du service public d'enseignement dans le département."


Pour la petite histoire, je vous rappelle, comme je l'avais fait dans mon précédent article ici corrigé, que l'annonce des mesures de carte scolaire avait été reportée par le Ministère de l'Education Nationale après les municipales ... d'où la date tardive du 25 mars; on comprend pourquoi lorsqu'on connaît les chiffres. Mais on comprend aussi le pourquoi des rectifications lorsqu'on sait que le CDEN du 25 mars s'était tenu sans certains élus (un premier CDEN ayant été boycotté par les organisations syndicales, le 25 était une seconde convocation, à lequel tous les élus n'ont pas pu venir). Certains absents auront apparemment voulu renégocier avec l'administration. Ceux qui se sont mobilisés ont donc obtenu quelques ajustements. Comme quoi, la mobilisation paye toujours, qu'on soit syndicaliste, représentant de parents ou élu !

Sources :
pour les mesures de carte scolaire : http://17.snuipp.fr/IMG/pdf/CDEN_25_mars_2008.pdf
pour la "petite histoire" : communiqué de presse FCPE du 20 mars 2008
pour la composition d'un CDEN : http://www.education.gouv.fr/cid228/les-structures-de-consultation.html

par Serge MAUPOUET publié dans : éducation
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 11 mai 2008

F. DE LASA (FSU) vient de publier dans  l'InfosU.17 n°166 du 25 avril 2008, un excellent article, très clair et fort bien documenté sur la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques). Le bulletin n'est pas encore disponible en ligne, mais j'ajouterai le lien dès que cela sera le cas (pour le moment, on ne trouve encore sur le site de la FSU 17 que le bulletin n°164).
La RGPP a été initiée par le gouvernement en juillet 2007, et est supposée satisfaire à 3 exigences :
- la qualité du service rendu
- l'intérêt des fonctionnaires
- la rationalisation de la dépense publique
On se doute dès le départ, au vu de l'expérience sarkosyste en cours depuis un an, que le troisième objectif est en réalité le premier ... Dire "RGPP", comme dire "LOLF", signifie en fait dire "rigueur", mais avec le double mérite de ne pas prononcer le mot qui fâche d'une part, et d'être sûr que les citoyens ne comprennent pas avec précision le contenu du (des) sigle(s) d'autre part. Enfin, pour quoi sait décoder le verbiage néo-libéral (et maintenant, nous avons tous au moins un an d'entraînement intensif), la RGPP s'inscrit dans une politique générale visant démenteler la fonction publique en supprimant 160 000 emplois de fonctionnaires en 4 ans à partir de 2009, et en offrant aux citoyens la possibilité de choisir, pour n'importe quel service, soit le service public, soit un prestataire privé. Voyez, par exemple, ce qui se passe dans la santé, où l'on place les hôpitaux et les cliniques sur le même plan ... tout ceci relève d'une même logique qui sous-tend aussi la RGPP.
Les annonces liées à la RGPP se sont déjà multipliées, 91 mesures en décembre 2007, 166 mesures en avril 2008, et vont continuer : on attend encore une centaine de mesures pour juin 2008.

J'aimerais ici insister sur deux points que F. DE LASA souligne : l'accentuation des déséquilibres entre collectivités locales d'une part, et le renforcement de l'échelon régional dans l'organisation nouvelle de l'administration de l'Etat d'autre part.
Citons F. DE LASA sur les transferts aux collectivités territoriales : "C'est [...] en transférant aux collectivités territoriales (sans leur en fournir les moyens financiers) ses missions non régaliennes (santé, transport, éducation, formation professionnelle, aide sociale, insertion ...) que l'Etat programme des économies. Mais les collectivités ne disposant pas toutes des mêmes moyens, c'est l'égalité d'accès et de traitement des usagers sur tout le territoire qui est remis en cause." La lecture de ce passage ne manque pas de me réjouir : voilà des années que je crie, dans un certain désert, que l'excès de décentralisation est la matrice de nombreuses inégalités  ... et le lire enfin chez autrui est une véritable satisfaction. Ainsi, il est aisé de constater que l'action sociale dévolue aux départements fait désormais que les droits sociaux des citoyens ne sont plus véritablement les mêmes d'un département à l'autre.

Mais F. DE LASA poursuit sur le renforcement de l'Etat au niveau régional : "Avec la décentralisation menée par le gouvernement Raffarin en 2003 se dessinait déjà la rôle stratégique de l'échelon régional mais alors, la résistance efficace des départements qui tenaient à leurs prérogatives avait largement contribué à laisser ce projet en suspens. Le CMPP (Comité sur la Modernisation des Politiques Publiques) devrait cette fois y mettre bon ordre en faisant passer plus de trente directions régionales à moins de dix, et en plaçant les préfets de département sous l'autorité des préfets de région."
Déjà, Le Monde signalait en décembre qu'une des évolutions prévues dans le cadre de la RGPP serait de "renforcer la présence de l'Etat dans les régions. L'idée est d'aller au bout de la logique de décentralisation et de tirer les conséquences du fait que l'Etat local, trop émietté, a vu ses compétences se déliter au fil des ans face aux exécutifs régionaux, voire départementaux. En conséquence, et pour peser davantage, les directions et services régionaux de l'Etat devraient être invités à se rapprocher ou à fusionner, leur nombre étant susceptible de passer de trente-cinq à une dizaine par région. Parallèlement, les préfets de département seront soumis hiérarchiquement au préfet de région, et un comité de direction régional plus resserré institué auprès de ce dernier."
F. DE LASA semble considérer que "Ce changement est très inquiétant, qui confère au préfet de Région des pouvoirs excessifs sans qu'il ait à rendre de comptes à quiconque sinon au ministre de l'Intérieur." Il me semble qu'on ne peut que partager cette appréciation, vu les caractéristiques générales de la politique menée depuis l'année dernière, tant sur le plan sécuritaire que sur celui d'une dérive bonapartiste du pouvoir ...
Pour une argumentation plus complète sur le sujet, je vous renvoie, par exemple, aux blogs suivants :
- Michel Sorin, avec ce lien http://mrc53.over-blog.com/article-18903328.html
-  "L'action républicaine", avec ce lien http://action-republicaine.over-blog.com/article-18901561.html
Rappelons à nos aimables lecteurs qu'une pétition contre la RGPP est disponible en ligne : http://service-public-notre-richesse.fr/.

par Serge MAUPOUET publié dans : vie démocratique
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 11 mai 2008
Je glisse ce texte sur ce blog, en complément du débat organisé ici même et sur d'autres blogs, sur la pertinence de construire un grand parti de toute la gauche. L'allocution de Georges SARRE mérite en effet d'être lue, connue et méditée. Je retiens particulièrement la finale : "Voilà chers camarades, les deux bouts de la ficelle que nous devons tenir : être nous-mêmes, ne nous travestir en rien ; et en même temps jouer collectif, tendre la main, voir grand." Le texte est consultable sur le site internet national du MRC.

Allocution de Georges SARRE, premier Secrétaire du MRC lors du Conseil National du MRC / 4 mai 2008 :
"Chers amis, chers camarades,

Dans le texte d’orientation qu’il nous a présenté lors de notre précédent Conseil National, Jean-Pierre Chevènement écrit : « la France, l’Europe et le monde sont devant une crise systémique sans précédent, qui prend racine dans la dictature des marchés financiers ».

L’actualité confirme hélas, jusqu’à la nausée, cette affirmation.

Voici un petit résumé d’informations révélées ces dernières semaines, et qui pourraient constituer le journal du capitalisme financier, en ce jour du 4 mai 2008 ! Imaginez, vous écoutez la radio, et vous entendez :

« Mesdames, Messieurs, bonjour ;

Les entreprises du CAC 40 en 2007 ont réalisé 97 Milliards d’Euros de bénéfices, dont 12,6 milliards pour Total

« sans transition », - comme dirait l’autre - le litre de sans-plomb atteint 1 Euro 38, et grève lourdement le pouvoir d’achat des ménages

Autre information : la rémunération moyenne hors stock-options pour chacun des patrons des entreprises du CAC 40 en 2007 a « raisonnablement augmenté », selon nos confrères de Challenges, puisqu’elle s’établit à 2,26 Millions d’Euros, soit 188 SMIC par mois pour chacun

Sans transition - bien sûr - le consensuel Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale a rendu son rapport : la France compte 200.000 travailleurs pauvres de plus qu’en 2003, soit 1 Million 700 mille travailleurs percevant moins de 817 Euros par mois... et 3,5 Millions d’allocataires des minima sociaux...

Au chapitre international enfin, après le cri d’alerte de Jacques DIOUF, président de la FAO, l’Organisation des Nations Unies a réuni 27 de ses représentants à Berne. Ils ont décidé de créer une cellule de crise pour « nourrir les affamés », jugeant que « les prochaines semaines sont critiques. [En effet] pour deux milliards de personnes, les prix alimentaires élevés sont maintenant une question de combat quotidien, de sacrifice et même de survie".

Chers camarades, ces informations sont insoutenables.

Elles appellent une révolution. Pas une révolution de palais dans les états majors politiques. Pas une émeute de rue. Pas une éructation de tribune ! Non, une véritable révolution, consciente, construite, patiente, déterminée, pour changer la donne au plan mondial, européen et national.

C’est dans ce contexte que la proposition de construire - ou plutôt d’essayer de construire - un grand parti de toute la gauche en France, prend tout son sens.

L’acuité des enjeux sociaux, l’évidence de l’impasse dans laquelle arrive le capitalisme financier mondial édifié depuis trente ans, la fin de cycle socio-économique que nous vivons, facilite en effet le rapprochement des diverses familles de pensée de la gauche, et je dirais plus largement progressistes.

Certains des diagnostics que nous posions il y a dix ou vingt ans s’imposent aujourd’hui comme des évidences.

Pour autant, le défi est loin d’être relevé. La force du néo-libéralisme mondialisé est d’avoir en grande partie « lobotomisé » les cerveaux des cadres et des militants de gauche, en utilisant, souvent, comme tenue de camouflage de la régression sociale et démocratique, les oripeaux d’un pseudo réalisme, voire d’un humanisme internationaliste dévoyé.

Il faut donc commencer par - et je devrais dire, en ce qui nous concerne, continuer de - mener, inlassablement, la bataille des idées, la bataille des consciences.

Il faut aussi ne pas nier que, au-delà du combat frontal que nous devons mener, avec tous nos camarades progressistes, contre le capitalisme financier mondialisé, nous portons une vision particulière de la société. Une vision républicaine que certains ne partagent pas. Un ordre républicain, fait d’égalité de droits et de devoirs, de laïcité digne de ce nom, d’instruction publique valeureuse, de morale collective, de patriotisme internationaliste !

Ah, ce message est loin d’être entendu par tous. Ce que nous vous proposons, chers amis et camarades, à travers la création de ce « grand parti de toute la gauche », ce n’est pas de diluer notre spécificité dans un agglomérat de sensibilités inaudibles. C’est d’enclencher une dynamique susceptible de ramener à la politique les masses silencieuses, c’est d’ouvrir la voie d’un parti du peuple, et de proposer la modèle républicain non pas comme caution du social-libéralisme ancien, non pas comme « faire valoir » d’intérêts électoraux bien compris, mais comme axe d’une politique nouvelle, d’une alternative, d’une vraie alternative, enfin !

Je vous demande de partir au combat avec les idées claires : il est hors de question de perdre ni notre unité, ni la spécificité de notre orientation, ni la vigueur de son expression. Et d’ailleurs, je crois que nous pourrions aller plus loin sur certains aspects de notre texte d’orientation : je propose en particulier, au plan européen, que nous réclamions de revenir sur la primauté du droit communautaire sur le droit national ! J’entends que nous affirmions, aussi, à défaut d’une directive sur les services publics, que la France doit pouvoir faire jouer une clause d’opting out, c’est-à-dire refuser d’appliquer le droit européen pour préserver ses services publics ! Je revendique, que nous puissions suggérer, d’étudier, en tant que de besoin, les scenarii d’un retour aux monnaies nationales, quand les disparités de croissance, d’inflation, de commerce extérieur, rendent l’Euro particulièrement fragile, en même temps que son niveau nous pénalise gravement.

Voilà chers camarades, les deux bouts de la ficelle que nous devons tenir : être nous-mêmes, ne nous travestir en rien ; et en même temps jouer collectif, tendre la main, voir grand.

La tâche sera rude. Je m’y investirai de toutes mes forces aux côtés de Jean-Pierre CHEVENEMENT, à vos côtés, avec vous.

Je vous remercie. "

J'attends maintenant, chers lecteurs, vos commentaires aussi nombreux que possible !

par Serge MAUPOUET
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 9 mai 2008

Suivant une brève de Combat républicain, numéro 117, daté du jeudi 1er mai 2008, "L'indice mondial des prix alimentaires, établi par la FAO (Nations Unies), indique que la forte hausse actuelle est sans précédent depuis 1978". En fait, on peut penser que les rédacteurs ont jeté un oeil sur Le Monde Economie du mardi 29 avril 2008 consacré au "Six crises qui bousculent l'ordre économique mondial". En page III, on y trouve un article intitulé "La plus forte hausse des prix alimentaires depuis 1978" ...

Combat républicain, sans donner sa source, mais laquelle est certainement celle que nous venons d'indiquer, reprend les données suivantes :
- hausse du prix du blé : doublement du prix entre mars 2007 et mars 2008;
- hausse du prix du maïs : doublement du prix sur deux ans;
- hausse du prix du riz : augmentation d'un quart en quelques mois (en fait, depuis la fin 2006);

La brève se termine ainsi : "Mais où va tout cet argent ? Toutes les caisses ne doivent pas être vides ..."

On ne peut que partager cette remarque de bon sens, et supputer la part de spéculation dans cette hausse si forte survenue en si peu de temps. En effet, la population mondiale n'a pas subitement augmenté : au contraire, sa croissance est moins rapide qu'on aurait pu le croire il y a dix ou quinze ans. D'ailleurs Le Monde Economie, par la plume d'Antoine REVERCHON, évoque bien la spéculation comme facteur contribuant à la hausse des prix : "La perspective d'une hausse durable des prix alimentaires attire les fonds spéculatifs fuyant les placements immobiliers et financiers devenus incertains, ce qui renforce la volatilité des cours."

Néanmoins, la brève de Combat républicain n'évoque pas de pistes pour résoudre le problème.
En réalité, le problème est assez simple à poser et pas si difficile à résoudre. 
Si la hausse est due à la spéculation, elle-même causée par l'anticipation d'une pénurie alimentaire devant aller en s'aggravant, il faut casser la spéculation.
Pour casser la spéculation, il faut agir sur deux leviers : d'une part augmenter la production (on dispose des moyens techniques pour le faire à l'échelle mondiale, sauf à subir des aléas climatiques graves qui détruiraient les cultures avant récolte) et d'autre part empêcher ou limiter le stockage des denrées alimentaires dans une visée spéculative (soit par des mesures coercitives forcément lourdes à mettre en place et difficiles à appliquer, soit en persuadant les spéculateurs qu'ils n'ont pas raison d'attendre pour vendre, c'est-à-dire qu'ils vendront moins cher demain qu'aujourd'hui).

Je ne suis pas un spécialiste de la question, mais je crois qu'il est possible de tracer quelques pistes relevant du bon sens. Si de véritables spécialistes passent sur ce blog, je les invite à laisser des commentaires pertinents qui me permettront de compléter ou de rectifier avantageusement les propos ci-dessous ...
Pour augmenter la production, on peut tabler sur une seconde révolution verte, plus respectueuse des écosystèmes que la première, mais permettant de généraliser de meilleurs rendements, on peut remettre en culture des terres qui ne l'étaient plus - l'Union Européenne a levé temporairement l'obligation de mettre en jachère 10% de la surface agricole utile -, on peut lever les quotas de production - l'Union Européenne a augmenté ses quotas laitiers -, mais on devrait aussi mettre fin aux constructions anarchiques sur les meilleures terres arables.
En effet, en France, comme en Chine, pour ne prendre que deux exemples, les villes se sont naturellement situées près des meilleurs terroirs ... et aujourd'hui elles s'étendent au détriment des meilleures terres agricoles. Rappelez-vous qu'il y a peu, en France, on a bâti un grand parc de loisirs internationalement connu sur les meilleures terres de la Brie, et qu'on développe toujours autour de lui une ville nouvelle : une aberration ! Il faut penser à construire sur les espaces agricoles les moins productifs, en épargnant les meilleures terres ! Je vous renvoie à ce propos à l'article du Monde "ENVIRONNEMENT : Ces villes qui étouffent la campagne", édition datée du samedi 19 avril 2008, p. 19.
Il est possible, encore, de substituer des productions à d'autres : est-il bien utile que la Chine soit un des principaux producteurs de tabac ? Ne serait-il pas préférable, pour l'autosuffisance alimentaire de ce pays, que les cultures de tabac soient remplacées par des plantes destinées à l'alimentation ? Même raisonnement en France : à quoi bon continuer à produire du tabac, alors que l'on est confronté à une augmentation ahurissante des prix du blé ? En Afrique, des raisonnements similaires peuvent être menés : le Sénégal ne ferait-il pas mieux de produire plus de riz et moins d'arachides ? D'ailleurs c'est l'avis de Mamoudou Dème, directeur général de la Société d'aménagement et d'exploitation des terres de la vallée du fleuve Sénégal, cité dans "Le riz sénégalais devient rentable" in Le Monde Economie (cf. supra) : "Nous disons depuis des décennies que les importations [de riz] ne garantissent pas la sécurité [alimentarie]. On nous écoute enfin !"
Mais encore, il faut arrêter de vouloir détourner une partie de la production vers la filière des biocarburants; entre deux priorités, il faut choisir la plus absolue : nourrir les hommes me semble être cette priorité absolue. Evidemment, on ne peut pas demander au Brésil de renoncer à une filière qu'il a si durement mise en place ... mais nous ne sommes pas obligés, en Europe, de suivre cette voie à un moment où les terres doivent visiblement être employées à un meilleur usage.
Enfin des politiques de soutien aux agriculteurs, des coopérations régionales peuvent encore être mises en place.

Pour lutter contre la spéculation, il faut soit mettre en place un maximum des prix (difficile à concevoir vu le libéralisme ambiant), ou encore empêcher le stockage des denrées dans une visée spéculative (mesure coercitive difficile à exécuter), soit convaincre les spéculateurs qu'ils ont intérêt à vendre aujourd'hui au lieu d'attendre demain ... et cette prise de conscience n'interviendra que si l'on a résolu la question précédente de la production ...

Il s'agit donc de prendre des décisions politiques au niveau international. Le veut-on ?

par Serge MAUPOUET publié dans : économie
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 8 mai 2008

Emile Mayer est encore méconnu du grand public, mais de moins en moins des spécialistes de l'histoire contemporaine. Un ouvrage collectif paru à la fin de l'année 2007 en témoigne. Il aura néanmoins fallu plus de dix ans pour qu'un second ouvrage soit consacré à ce militaire républicain, politiquement proche de la gauche modérée. 
Un premier ouvrage de Jacques Schapira et Henri Lerner - ce dernier mon professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris XII-Val de Marne - lui avait en effet été consacré en 1995 (Emile Mayer, un prophète baillonné, éditions Michalon, avec une préface de Jean Lacouture). La parution d'un second ouvrage sur Emile Mayer m'a donné envie de lire le premier, ce que je n'avais pas pu faire pendant mes études. Voici, non pas un résumé, ni même un compte-rendu de l'ouvrage, mais ce que j'ai pu en tirer concernant le positionnement républicain de Mayer, que Henri Lerner propose de voir comme exemplaire d'une époque en qualifiant le personnage de "pur produit de l'esprit républicain". J'espère ne pas trahir en ces lignes ce que Henri Lerner et Jacques Schapira ont cru pouvoir indiquer sur ce point. J'invite les lecteurs de cet article à se documenter plus avant pour faire éventuellement les précisions ou rectifications qui s'imposeraient, en lisant l'ouvrage collectif plus récent paru fin 2007.

Emile MAYER passe son enfance et son adolescence à Angoulême, son père étant directeur de la poudrerie sise dans cette ville. Il est cependant issu d’une famille juive de Nancy.
Au lycée, il se contente du strict minimum, mais se forge quand même une culture littéraire et historique, se concentrant sur le monde antique, l’époque moderne, et l’épopée napoléonienne.
Après un bref détour par Nancy, il monte finalement à Paris pour passer au lycée Charlemagne son baccalauréat es-science, en prélude à la préparation de l’X. Nous sommes alors vers les derniers temps du Second Empire. Et, en complément de sa tradition familiale – sa mère étant la fille de Michel Goudchaux, deux fois ministre des Finances sous la Deuxième République – c’est particulièrement là qu’il est plongé dans une atmosphère pénétrée d’esprit républicain.
Les leçons particulières qu’il reçoit alors d’Emile Boutmy – le fondateur de l’Ecole libre des sciences politiques – lui apprennent d’une part à mettre en œuvre une méthode d’analyse, axée sur la prise en compte des faits mais cherchant à expliquer les choses, les hommes, les faits sociaux, en introduisant des éléments de psychologie, et d’autre part à adopter un état d’esprit libre, dégagé de tout système. On peut trouver ici la source du non-conformisme qui lui cause ensuite bien des soucis pour sa carrière militaire, mais qui fait la richesse de sa pensée.
Le jeune Mayer s’abstient de prendre parti pour ou contre la Commune de Paris, et, d’une manière générale, il évite ensuite, tout au long de sa vie, de trop s’engager politiquement : la carrière militaire vers laquelle son père l’a dirigé, initialement à son corps défendant, le contraint à une attitude de réserve. Néanmoins, ses convictions indéfectiblement républicaines, l’amènent à fréquenter à plusieurs reprises des figures politiques majeures de la gauche : il collabore avec Jean Jaurès de 1900 à 1904, le documentant sur tout ce qui concerne l’armée française de l’époque, puis il a l’occasion de s’entretenir fréquemment, dans les années 1930, avec Léon Blum : il est en famille avec lui suite à une alliance matrimoniale. Le gendre d’Emile Mayer n’est, en effet, autre que Paul Grunebaum-Ballin, un juriste social déjà collaborateur d'Aristide Briand lors de l’élaboration de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, appelé plus tard à présider l'office des HBM puis des HLM sous la Troisième et encore au début de la Quatrième République. La femme de Paul Grunebaum-Ballin est la cousine de la seconde femme de Léon Blum. Le salon que Mayer anime dans les années 1920 et 1930, et où Blum est venu à titre privé alors même qu'il était aux affaires, s’enrichit encore du passage d’autres politiques, comme le député Philippe Serre – secrétaire d’Etat des gouvernements Chautemps et Blum – membre de la Jeune République – parti catholique social fondé par Marc Sangnier –, et peut-être, même si cela semble moins sûrement établi, de Léo Lagrange …

Le salon du boulevard Beauséjour, que Mayer anime, est encore fréquenté par Charles de Gaulle. Le point commun entre Mayer et de Gaulle ? Ce sont deux militaires non-conformistes, qui tentent de balayer les idées toutes faites en matière de doctrine, et confrontent leurs idées sur la nécessité de préparer la guerre suivante en tenant compte de la modernisation des armements … au lieu de se contenter, comme le font les chefs militaires de l’entre-deux-guerres, de croire que le conflit prochain se gagnerait en réitérant les options du précédent. Dès les années 1920, Mayer imagine une aviation capable de mener une guerre aérochimique, ce qui permettrait, en vient-il même à penser, de se passer d'une armée de terre; dès 1932, de Gaulle plaide pour la création d’un corps de blindés. Leurs propos sont ignorés en France, se heurtant à l’impéritie du haut commandement et au pacifisme ambiant, alors qu’au même moment, en Allemagne, Guderian théorise l’action combinée de l’aviation et des chars qui permet finalement à l’Allemagne de mener avec succès la guerre-éclair en Pologne en 1939, puis en France en 1940. 

Tentons maintenant de mettre en relief, autant qu’il est possible de le cerner, ce qu’est pour Mayer l’esprit républicain.
Tout d’abord un attachement viscéral à la république parlementaire. Attachement non seulement aux institutions démocratiques – et il influence en ce sens considérablement Charles de Gaulle pendant les années 1930 – mais aussi à un ensemble de valeurs morales et civiques.
La tradition laïque lui importe particulièrement, même s’il a désapprouvé la politique combiste, la considérant comme excessive, et confondant laïcisation et anticatholicisme. Mayer souhaite, comme son gendre, Paul Brunebaum-Ballin – chargé par Aristide Briand d’étudier les modalités d’application de la loi avec Léon Parsons et Louis Méjean – une loi dépourvue d’esprit combattif, qui soit ferme sur la Séparation tout en restant respectueuse du culte.
Israélite, Mayer n’est cependant pas pratiquant, et ne donne pas d’éducation religieuse particulière à ses enfants, ceux-ci se mariant civilement le moment venu. Anatole France est même présent au mariage de sa fille aînée, Cécile, et de Paul Brunebaum-Ballin, ce qui donne à cet événement, aux dires de Michel Lerner une « figure de cérémonie républicaine ».
N’oublions pas de souligner que Mayer est une victime des contrecoups de l’affaire Dreyfus, elle-même issue de la grande vague d’antisémitisme venue d’Europe centrale et qui touche la France à la fin du XIXe siècle : militaire, comme Dreyfus, israélite, comme Dreyfus, ses supérieurs et deux ministres de la Guerre (Krantz, antidreyfusard notoire, aggravant même de manière tout à fait contestable une sanction moins forte décidée par son prédécesseur Freycinet) tirent prétexte de la parution dans une revue suisse, sous l’impulsion de Mayer, d’une note à diffusion restreinte, et ce sans autorisation préalable, pour le placer en retrait de l’armée en 1899. Il est réintégré en 1907, suite à une intervention du président de la Ligue des Droits de l’Homme, Francis de Pressensé, auprès du ministre de la Guerre du gouvernement Clemenceau, le général Picquart.
La laïcité est donc une nécessité pour la communauté israélite qui, avant l’affaire Dreyfus n’est pas traversée par un phénomène communautariste, mais souhaite au contraire sa complète intégration dans la société. L’attitude du père de Mayer à Angoulême, suite au décès de sa fille aînée, est bien révélatrice de cet état d’esprit : il obtient que soit abattu, à l’intérieur du cimetière, le mur qui sépare les sépultures catholiques des autres …
Ainsi, le sentiment d’appartenance à la France, chez Mayer, passe avant toute autre considération. Pour autant, son patriotisme ne va pas jusqu’à l’esprit de revanche contre l’Allemagne, partagé par nombre de ses contemporains. Attachement à la France par la raison, mais sans exacerbation du sentiment national : du patriotisme, mais pas de nationalisme. A l’opposé, il est capable de recevoir les propos antimilitaristes et pacifistes de Roger-Martin du Gard, avec lequel il est en relation suivie à partir de 1922, mais sans les partager.
L’esprit de tolérance va de pair, chez Emile Mayer avec l’esprit libéral, entendu dans le sens du libéralisme politique. En ce qui concerne le libéralisme économique, Mayer souhaite une politique réformiste, mais s’il a le cœur a gauche, il ne va pas jusqu’à être favorable à l’instauration du socialisme tel qu’on l’entendait à l’époque : le collectivisme lui semble une illusion. Par contre, il conçoit qu’une véritable politique républicaine doive mener à accomplir les réformes nécessaires. C’est aussi en ce sens qu’il soutient l’action du Bloc des gauches, au début du XXe siècle, même s’il investit spécifiquement le domaine du militaire en créant une revue au titre éloquent, L’Armée et la nation, avec pour objectif de réconcilier la première et la seconde, au sortir de l’affaire Dreyfus. Le général André, militaire qui a toujours mis en avant ses convictions républicaines, devenu ministre de la Guerre, lui accorde même une subvention initiale de 400 francs. Cette revue paraît jusqu’en 1908. Plus tard, dans les années 1930, Mayer publie dans des revues proches de la mouvance radicale, comme l’Œuvre ou La Lumière

Alors, que tirer de cet article né d’une circonstance ? Il permet d’attirer l’attention sur le positionnement républicain d’une personnalité – restée largement méconnue du grand public de son vivant, sauf à un moment particulier de la Grande guerre non évoqué ici, mais que l’on redécouvre aujourd’hui – et sur les caractéristiques de ce positionnement républicain : attachement à l’esprit critique, à la liberté de pensée, à la laïcité, à la tolérance, au libéralisme politique, à une politique réformiste et à la république parlementaire, à un patriotisme qui refuse le nationalisme, à un refus encore du communautarisme et ce alors que Mayer appartient à une minorité.
Il y a sans doute des réflexions à en tirer, mais je laisse cela à la méditation des lecteurs.

par Serge MAUPOUET publié dans : histoire républicaine
commentaires (0)    recommander
Samedi 26 avril 2008
La théorie libérale classique affirme que pour sortir d'une crise, il faut essentiellement agir sur 4 leviers :
- la baisse des taux d'intérêts
- la baisse du coût du travail
- la réduction du coût moyen de production
- l'innovation
Jouer sur ces 4 facteurs permettrait de redonner aux investisseurs confiance en l'avenir; le redémarrage net de l'investissement assurant le réamorçage de la machine économique.

L'Etat a un rôle dans ce schéma libéral : il doit agir pour favoriser le retour de la confiance des investisseurs.
Comment ?
En pratiquant l'orthodoxie budgétaire : en équilibrant son budget, afin de ne pas vivre pas au-dessus de ses moyens.
En assainissant la situation économique par une politique de déflation.
En mettant en place une politique de baisse des salaires : les pouvoirs publics doivent notamment réduire les salaires des fonctionnaires et des militaires de carrière, pour donner le bon exemple.
En défendant la monnaie, base de la stabilité et de la confiance, suivant en cela les préceptes du philisophe Alain : "Je conseille une monnaie de plomb et une vie rustique" !
En créant les conditions du retour à un excédent de la balance commerciale.

Une rhétorique classique accompagne cette théorie libérale :
- les salaires trop élevés nuisent à la compétitivité
- des rémunérations trop rigides empêchent les adaptations "indispensables" visant à réduire les coûts de production
- les syndicats de salariés sont une force d'opposition aux "nécessaires" adaptations
- des allocations-chômage trop généreuses empêchent les salaires de fléchir (d'où les attaques virulentes contre l'"assistanat")

Si certains d'entre vous, en lisant cet article, trouvent des points communs avec la politique actuelle menée par le gouvernement français, je les rassure : c'est logique ! Sa politique est essentiellement néo-libérale.
Mais, pour plus de clarté, je vous renvoie, à titre de comparaison, à la politique de déflation menée par M. Doumergue : à qui demandait-on, en 1934, des sacrifices ?
A. aux fonctionnaires, avec réduction de leurs effectifs à concurrence de 10% et mise à la retraite anticipée des agents en surnombre;
B. aux pensionnés civils et militaires d'ancienneté
C. aux bénéficiaires d'allocation diverses :
D. aux collectivités, avec, par exemple, une réduction de la contribution de l'Etat aux dépenses de personnels des préfectures et sous-préfectures.

Vous constaterez donc que les cibles de la politique gouvernementale actuelle sont globalement les mêmes que celles de M. Doumergue en 1934.
Je pourrai aussi vous renvoyer aux principaux décrets-lois de Laval, du 16 juillet 1935, quoique ceux-ci diffèrent en partie de la politique actuelle : en effet, d'une part, une contribution excepttionnelle touchait les revenus les plus élevés, et, d'autre part,  l'on abaissait les prix de l'électricité; alors qu'aujourd'hui on prend tant bien soin de préserver les revenus des plus riches de l'impôt, que d'augmenter les bénéfices des sociétés d'Etat (dans l'optique de pouvoir mieux les vendre ensuite ...)

Seulement, voilà : cette politique libérale permet-elle de sortir d'une crise économique ?

La réponse est non. Toutes les expériences tentées dans les années 1930, lors de la Grande crise, ont été des échecs indiscutables.

Pourquoi ?
Parce que ce n'est pas en réduisant les salaires et les pensions qu'on favorise la consommation. Au contraire, on la contracte tellement que cela approfondit la crise.
Parce que plus l'on réduit les ressources des citoyens, plus les contibutions rentrent mal : les recettes fiscales sont amenuisées par la contraction des revenus, de la production et des échanges. Il devient très difficile d'équilibrer le budget, même en réduisant drastiquement les dépenses.
Parce que la politique de déflation fait peser les sacrifices sur les plus démunis ou sur les classes moyennes.
Elle est donc source de crises sociales, qui nuisent à l'activité économique, et par conséquent réduisent encore par contrecoup les contributions prélevées sur elle par l'Etat.

En outre, nous vivons aujourd'hui une situation paradoxale : la politique libérale classique conduit à un phénomène de déflation, alors qu'aujourd'hui nous assistons, en parallèle à la mise en place de la politique néo-libérale en France, à une aggravation de la hausse des prix (celle-ci ayant débuté lors de la dévaluation masquée réalisée lors de la mise en place de l'Euro au début de ce XXIe siècle, mais étant désormais entretenue soit par des pratiques spéculatives sur les marchés des matières premières, soit par l'accroissement des marges de certains distributeurs).
En clair : bien que nos concitoyens disposent de moins en moins de ressources disponibles, ils sont confrontés à une hausse massive des prix.

La question essentielle est donc de savoir, dans les mois qui viennent, et si le phénomène paradoxal se poursuit, si le niveau de vie de nos concitoyens se maintiendra à un point acceptable pour eux, ou s'il baissera à un point tel qu'il ne sera plus acceptable pour le plus grand nombre. Dans le premier cas, tout mouvement social, même d'ampleur sera contenu. Dans le second on pourrait assister à une véritable explosion sociale, avec des risques conséquents pour notre régime démocratique et républicain fragilisé.

Comment donc sort-on donc d'une crise ?
Par une politique néo-keynésienne associée à la recherche d'une organisation plus efficace de l'outil de production, par la mise en place de nouvelles règles du jeu économique (limitant, par exemple, les dangers nés d'une spéculation excessive, ou les prêts usuriers consentis à des gens n'ayant pas de ressources suffisantes pour emprunter), par une redéfinition des fondamentaux économiques (voir à ce propos l'opinion de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix et concepteur du microcrédit, dans Le Monde 2 du samedi 20 avril 2008), par l'intervention positive de l'Etat (et non pas seulement comme un pompier ou un policier économique, mais comme un véritable acteur de développement social, industriel, de services), par une politique de redistribution des richesses qui permet même aux plus démunis de continuer à vivre décemment.

En tout cas, une chose est sûre, et il faut le répéter. On ne sort pas d'une crise par la paupérisation généralisée : je me demande pourquoi, en haut lieu, on ne semble pas prendre en compte cette simple évidence ?


par Serge MAUPOUET publié dans : économie
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Vendredi 11 avril 2008

Une actualité sociale très chargée.
Une liste de faits sociaux, une liste longue, mais partielle, simplement en tournant les pages d'un journal, ou en écoutant les infos à la radio :
- grève le 11 avril à Monoprix; grève le 10 avril à la Banque populaire, grève le 4 avril à Gandrange, grève le 27 mars à Caisse des dépôts ...; en fait, pour qui se renseigne un peu plus, il y a eu vraiment une longue liste de grèves ponctuelles depuis le début de l'année, tant dans le secteur public que dans le privé;
- mouvement lycéen en essor;
- suppression de la part du financement d'Etat pour la carte "famille nombreuse" à la SNCF;
- rapport Larcher sur la réforme hospitalière, rapport qui prévoit de condéder des missions de service public aux cliniques privées, et qui tend à aligner la gestion du public sur celle du privé;
- disposition votée au Sénat permettant "l'organisation d'enseignements par regroupements des élèves en fonction de leur sexe", et semblant remettre ainsi en cause le principe de mixité;
- nouvelle augmentation du gaz : + 5,5% pour fin avril;
- etc.

Et des cafouillages à répétition au sommet.
Même à l'UMP, on commence à être mal à l'aise à propos de certaines réformes. Ainsi pour la mise en cause de la carte "famille nombreuse", un incontournable de la politique familiale ... La communication autour de cette mesure a tourné à la cacophonie, alors que "l'affaire NKM" n'était pas encore retombée ...  Ajoutons à cela les règlements de compte post-électoraux au sein de l'UMP, qui conduisent le parti de la majorité à suspendre 89 de ses membres, lesquels se sont présentés en "dissidents" lors des municipales et cantonales ... et la cote du popularité toujours aussi basse du président ... Vraiment, si ce n'est pas encore le chaos, on s'en rapproche.

Que produira la rencontre des deux ?
Le fruit n'est pas mûr, et l'opinion reste relativement calme, peut-être écrasée par le poids et le nombre des réformes qu'on lui présente sans cesse ...
Mais il ne manque certainement pas grand chose pour qu'un puissant mouvement social se mette en place, avec le soutien tacite de la majorité de la population, lasse à la fois de la régression sociale et de l'attitude des gouvernants.

Sources :
"Les hôpitaux seront incités à mettre en commun leurs moyens", in Le Monde daté du vendredi 11 avril 2008, p. 10
"Un nouveau pas pour se rapprocher du privé", in Le Monde daté du vendredi 11 avril 2008, p. 10
"Les salariés de la CDC recevront entre 500 et 800 euros de prime", in Le Monde daté du vendredi 11 avril 2008, p. 13
"Faux pas autour de l'école mixte", in Libération du vendredi 11 avril 2008, p. 18
"Sanctions", in Libération du vendredi 11 avril 2008, p. 18
"Avec le rapport Larcher, les dérives vers la privatisation restent ouvertes", in Libération, vendredi 11 avril 2008, p. 21
"SNCF - Famille nombreuse et pas rentable", in Libération, vendredi 11 avril 2008, p. 27
"Salaires" in Libération, vendredi 11 avril 2008, p. 27
France Info, vendredi 11 avril 2008 (pour la grève à Monoprix)

par Serge MAUPOUET publié dans : vie démocratique
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 11 avril 2008

Je viens de trouver en ligne une dépêche AFP qui me semble particulièrement intéressante. Je la reproduis ci-dessous : 

" Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a affirmé jeudi qu'il excluait un "retour" au PS mais souhaitait la création d'"un grand parti de toute la gauche" avant 2010, pour "gagner" la présidentielle de 2012.
"J'exclus le retour au Parti socialiste, mais je n'exclus pas la participation du MRC dans un grand Congrès de refondation de toute la gauche avec ceux qui voudront venir", a dit l'ancien ministre sur France 24.
Il a invité notamment les communistes à se joindre à cette démarche, estimant qu'ils pourront "mieux employer leur énergie dans un grand parti de toute la gauche que dans un parti devenu à certains égards résiduel".
Ce grand parti devrait se préparer, selon lui, par "des forums de l'unité ou peut-être des assises". Il s'agit "avant 2010 au plus tard" de créer cet "électrochoc" et "cet élan qui permettra de gagner en 2012".
Il a regretté que le PS soit "déchiré aujourd'hui par des querelles de personnes". "L'effort d'élaboration du projet doit prendre le pas sur la concurrence des égos", a-t-il dit.
Proche de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, l'ancien ministre a critiqué la récente "consultation participative" lancée par l'ex-candidate: "Je souhaite qu'elle sorte de la phase participative où elle est à nouveau entrée, pour faire une politique de l'offre et dire très clairement aux Français où elle veut les conduire".
[...]
Dépêche AFP, jeudi 10 avril 2008, 16h52.

Au-delà de certains points de rhétorique, parlons de ce qui est vraiment important dans cette dépêche :
- le PS n'avalera pas les républicains de gauche;
- l'excès de démocratie participative, excès que j'ai combattu vivement sur ce blog fin 2006 et début 2007, est dénoncé;
- l'ouverture est faite en direction des communistes : or, pendant longtemps, le parti communiste a accueilli des jacobins et des républicains de gauche;
- il s'agit de refonder avec "ceux qui voudront venir", ce qui ouvre la porte à la venue de tous les républicains de gauche qui le souhaitent !

Tout ceci me conduit à titrer "Républicains de gauche : votre destin est dans vos mains", car l'ouverture est ici clairement faite par JPC, l'orientation est donnée. Depuis l'article du Monde du 4 avril, le doute s'était répandu, on s'interrogeait (voir des articles sur ce blog et sur d'autres, et les nombreux commentaires suscités ! ) ... les républicains de gauche allaient-ils se trouver définitivement en déshérence ? Eh bien, non !
Non seulement, des républicains de gauche, il en reste ! Mais encore, la main leur est tendue, on les appelle tous à se réunir et à construire !
Les républicains de gauche vont pouvoir travailler eux-mêmes à bâtir leur destin !
Car, maintenant, tout va reposer sur le travail des militants !
Les cartes sont, en effet, désormais, dans les mains des citoyens: une ligne politique a été tracée, des perspectives sont ouvertes ... il faut savoir se rassembler pour constuire le grand parti de gauche à ossature républicaine qui est proposé !
Si les républicains de gauche laissent passer cette occasion, parions qu'il n'y aura pas de seconde chance.
Alors, au travail : débattons, mais débattons pour construire ! Débattons pour parvenir à nous réunir !
Et unissons-nous pour le renouveau républicain dans la France a tant besoin !

par Serge MAUPOUET publié dans : saintongejacobine
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Jacobins

Un instituteur...

Discours de Gambetta à la réunion des Comités républicains à Bordeaux (le 26 juin 1871) :

 "Il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du pôle républicain.

 Il ne faut pas nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, sur toutes les questions posées que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de l'intelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques uns.

 Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! c'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains : c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu.

 Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre."

 

 

 

 

 

 

 

 

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus